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CHAPITRE VIII

RÈaifBS D'ASSARHADDON ET D'ASSURBANIPAL. RUINE DE NINIVE

§ 1. — ASSARHADDON (680 A 667)

L'armée se déclara contre les meurtriers de Sennachérib et proclama un autre de ses fils, Assarhaddon (Assur-ahi-iddin). A la tête de leurs partisans, Adrammelek, qui avait pris le titre de roi, et Saresser essayèrent de résister ; obligés de quitter Ninive, ils se replièrent vers le nord-ouest. Une grande bataille se livra près de Hanirabbat, sur le haut Euphrate, et la victoire se déclara définitivement en faveur d'Assarhaddon qui força, ainsi que nous l'avons dit, ses deux frères parricides à se réfugier en Arménie. D'après Moïse de Rhorène', le roi de ce pays, probablement Argistis, les accueillit avec la plus grande bienveillance, et leur donna des terres qui restèrent longtemps l'apanage de leurs descendants.

Le nouveau roi qui gouvernait Babylone avant de monter sur le trône, fixa sa résidence d'abord à Ninive, puis à Kalah, où il se fît, vers la fin de sa carrière, bâtir un somptueux palais, principalement avec les débris de l'ancienne demeure de Teglath-pal-asar II. On ne sait pas si c'est lui-même qui s'attacha à mutiler et à détruire les monuments et les inscriptions de ce dernier prince qui n'était pas de sa race, puisqu'il appartenait à la dynastie de Belitaras, ou bien si Assarhaddon ne fit que profiter d'une destruction systématique antérieure à son avènement. Toujours est-il que l'on constate, par exemple, que des sculptures et . des inscriptions de Teglath-pal-asar II sont englobées dans la maçonnerie, recouvertes de mortier, ou retournées vers l'intérieur des murailles de façon à être intentionnellement dissimulées. Le palais d'Assarhad- . don lui-même subit plus tard aussi une destruction violente : il fut incendié. Les explorateurs anglais ont même cru pouvoir constater que

^ Uist, Arm , liv. I, p. 22, Irad. Le Vaillant de^FIorival.

r,22 ASSARllADDON ET ASSURBANIPAL. RUINE DE NINIVE

le vestibule fut détruit avant que rédifice fut complètement achevé : ça et là on retrouvait de grandes plaques de marbre lisse et toutes préparées pour recevoir des inscriptions qu'on n'eut jamais le temps d'y graver. Dans d'autres salles, les inscriptions qu'on a relevées étaient calcinées par le feu, et souvent tombaient en poussière au fur et à mesure qu'on les exhumait. Qui pourra jamais dire les drames sanglants, les révolutions de palais, les violences de toules sortes dont la vieiUe ville nemrodite fut le théâtre ?

Ce n'est que dans les dernières années de son règne, qui dura treize ans, qu'Assarhaddon fit construire son palais de Kalah, car dans les inscriptions qu'on y a trouvées, il y énumère ses conquêtes et il y prend des titres qu'il ne put se donner qu'à la suite des expéditions lointaines que nous allons raconter. On y lit, par exemple : « Palais d'Assarhaddon, roi grand, roi puissant, roi des légions, roi du pays d'Assur, vicaire des dieux à Babylone, roi des pays de Sumer et d'Accad, roi des rois d'Egypte, de Syrie, de Patros (la Thébaïde) et de Kus (l'Ethiopie)... 11 marcha dans l'adoration des dieux Assur, Sin, Samas, Nabu, Marduk, Istar de Ninive, Istar d'Arbèles, les grands dieux, ses maîtres ; il étendit son empire depuis le lever jusqu'au coucher du soleil, et il imposa aux diverses nations des tributs sans nombre. » Afin de prévenir les révoltes intérieures pendant qu'il dirigeait lui-même ses armées, Assarhaddon institua son fils atné, Assurbanipal, comme chef du gouvernement, et il lui construisit une magnifique résidence dans la ville de Tarbisi, sur la rive gauche du Tigre, un peu en amont de Ninive. Lui-même habitait souvent Babylone, qu'il pouvait ainsi mieux surveiller ; il y commença des travaux gigantesques qui devaient en faire la première ville du monde et qui ne purent être achevés que plus tard, sous Nabopolassar et Nabuchodonosor ; c'est ainsi qu'il rebâtit le temple E-Sagil en l'honneur de Marduk, et releva les deux enceintes concentriques de la ville, qui portaient les noms d'Imgur-Bel et de Nivit-Bcl : les textes qui relatent toutes ces constructions contiennent des détails architectoniques difficiles à comprendre encore aujourd'hui.

Une fois maître du pouvoir, la préoccupation constante d'Assarhaddon fut de maintenir l'ordre en Mésopotamie et de recouvrer les provinces perdues par son père. Dans la basse Chaldée, un fils de Mardukpal-iddin, qui porte le nom de Nabu-zir-napisti-esir, s'était proclamé indépendant ; même il s'était, avec l'appui des Susiens, emparé de la ville d'Ur que défendit mal son gouverneur, Ningal-iddin, et de tout le

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pays qui forme le rivage du golfe Persique. Mais au bruit de rapproche de Tarmée assyrienne, le prince chaldéen s'enfuit lâchement et demanda un asile à son allié Ummanaldas, roi d'Élam qui, loin de le lui accorder pour ne pas provoquer le courroux du monarque ninivite, le fil mettre à mort. Nabu-zir-napisti-ezir laissait un frère, Nahid-Marduk, qui, en désespoir de cause, et se voyant trahi parle roi de Suse, se jeta dans les bras de TÂssyrien. Il alla spontanément à Ninive embrasser les pieds d'Assarhaddon, qui lui pardonna et lui donna à gouverner, à titre de vassal, le Mat-Tamâim ou « pays de la mer, » c'est-à-dire la basse région appelée aussi Bit-Yakin, qui avait été de temps immémorial le patrimoine de sa famille.

La Mésopotamie pacifiée, Âssarhaddon partit pour TOccident, où les rois de Sidon, de Kundi et de Sizu s'étaient révoltés. Sidon fut emportée d'assaut et rasée, et son roi Âbdimilkut ne trouva même pas un refuge assuré sur ses vaisseaux. « J'attaquai la ville de Sidon, située au milieu de la mer; je mis à mort tous ses habitants; j'en détruisis les murs et les maisons dont je jetai les matériaux dans les flots ; j'en renversai les temples. Le^roi Abdimilkut, pour se soustraire à mapuissance, c'était enfui au milieu de la mer comme un poisson ; du milieu de la mer je l'ai arraché. Je m'emparai de ses trésors, de l'or, de l'argent, des pierres précieuses, de l'ambre, du santal, de l'ébène, des étoffes de laine et de lin, et de tout le contenu de son palais. Je transportai en Assyrie des hommes et des femmes en nombre énorme, ainsi que des ' bœufs, des moutons et des bêtes de charge. Je disséminai dans de lointaines contrées les habitants de la côte de Syrie, et au milieu du pays des Hittites je bâtis une ville que je nommai Dur-Assur-ahi-iddin (forteresse d' Assarhaddon). J'y plaçai les hommes que mon bras avait vaincus dans les montagnes qui se trouvent du côté de la mer du soleil levant, et je leur imposai un de mes lieutenants comme gouverneur. »

De Sidon, le roi d'Assyrie remonta vers le nord pour châtier les alliés d'Abdimilkut, Sanduarri, roi de Kundi, et la ville de Sisu. Il fallut faire la guerre de partisans dans les montagnes du Tau rus et traquer le pays jusqu'en ses derniers recoins. Assarhaddon en vint à bout : Sanduarri fut fait prisonnier comme Abdimilkut; l'un et l'autre furent sur-lechamp décapités, et leurs têtes furent exposées en trophées aux yeux de tout le camp et des prisonniers. La ville d'Arzani, dans le district de Muçur, subit également la colore du vainqueur qui pénétra dans les montagnes où le Sarus et le Pyramusdes géographes classiques vont

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prendre leur source : là se trouvaient alors les districts de Hupusna et de Gimirra (les Cimmériens d'Hérodote) qui saccagèrent un peu plus tard la Lydie. Le roi Teuspa essaya vainement de résister à Tenvahisseur qui étendit ses ravages jusqu'en Gilicie, puis, plus loin au nord, dans les pays de Duha et de Tubal (les Tibarériens) jusque sur les bords de la mer Noire. Vingt et une places fortes, sans compter les bourgades, furent pillées et brûlées. Ce fut ensuite le tour des cantons de Masnaki (les Mosynœques), de Tul-Assur et des villes de Pilanu et de Mehanu. Ces dernières opérations ramenèrent Assarhaddon dans le Naïri, sur la frontière du royaume de Van qui avait pris une si énorme extension que le roi d'Assyrie osa à peine l'inquiéter. Il rentra dans sa capitale, satisfait de sa grande et fructueuse tournée, comme un corsaire après une bonne prise : Ninive était un nid de pirates pour ces écumeurs de plaines.

Vers Tan 676, il se produisit du côté de la Chaldée un mouvement qui eut pu mettre de nouveau ce pays en feu, s'il n'eût été réprimé dès sou apparition. Le district de Bit-Dakkur, en Chaldée, avait reconnu pour roi un certain Samas-ibni qui parait même avoir fait un hardi coup de main contre Babylone dont il pilla la campagne; Assarhaddon accourut, fit restituer aux Babyloniens tout ce qui leur avait été ravi, et plaça comme vice-roi à Babylone, Nabusallim, fils de Balasa. De là, il partit plus au sud, sur les confins du désert d'Arabie où des nomades turbulents ne cessaient d'inquiéter la frontière. Le centre d'oii rayonnaient ces pillards était la ville d'Adumu, la capitale du royaume de Duma, assez loin au sud du Pallacopas'. Sennachérib avait déjà pris cette ville et rétabli la sécurité dans ces contrées : Assarhaddon, forcé de recommencer l'expédition de son père, ruina la ville et en transporta les habitants en Assyrie. A peine était-il rentré à Ninive que la reine du pays d'Adumu, voyant son royaume complètement ruiné, envoya au monarque assyrien un ambassadeur avec des présents considérables pour implorer sa clémence, fléchir son courroux et réclamer les dieux nationaux qui avaient été emmenés en captivité. Assarhaddon n'accueillit sa demande qu'à de certaines conditions, notamment le remplacement de la souveraine indigène par une des femmes de son propre palais : « Je fus favorable à sa requête, dit-il, je restaurai les

1 Ce ne saurait être Edom, la capitale de ridumée, comme Tont cru certains auteurs. Cf; E, Budge, History of Esarhaddon^ p. 55.

statues de ses dieux qui s'étaient détériorées en roule, je fis inscrire sur ces images la louange d'Assur et la gloire de mon nom ; puis, je me les fis apporter et je les lui rendis. Je nommai au trône d'Arabie^ Tabuya, une des femmes de mon harem. En outre, à cause des dieux que* je restituai à ce pays, j'augmentai le tribut qu'on payait à mon père, et je lui imposai soixanle-cinq chameaux de plus que ce qu'il fournissait déjà. » Un autre roi arabe de la même contrée, probablement du pays de Hagar, nommé Hazaêl étant venu à mourir, Assarhaddon mit son fils lalu sur le trône, et il profila en même temps de ce changement pour augmenter la rançon annuelle, de dix mines d'or, mille pierres précieuses, cinquante chameaux et une quantité d'autres produits du désert.

Ces succès faciles et ces richesses extraordinaires d'une contrée presque inconnue excitèrent l'inassouvissable convoitise du monarque assyrien qui résolut de tenter une aventure lointaine, dans le sud, par delà le désert d'Arabie. Jusque-là, il n'avait pas fait autre chose que rétablir et maintenir la paix dans l'empire que lui avaient transmis ses ancêtres; mais dès que la tranquillité sembla partout assurée, Assarhaddon voulut porter plus loin que ne l'avait jamais fait roi d'Assyrie, la gloire d'Assur et la puissance de Ninivè. L'occasion était en effet favorable pour une marche à travers l'Arabie. En prenant Adumu pour base d'opérations, rien, sinon les sables du désert, ne pouvait empêcher les légions d'Assur d'atteindre le Hedjaz et le Yémen. Les relations avec ces derniers pays étaient alors plus faciles et plus fréquentes qu'on pourrait le croire au premier abord. Les populations qui l'habitaient et dont nous raconterons l'histoire ailleurs, s'étaient faites les intermédiaires du commerce de l'Inde et de la Phénicie, de sorte que les marchés de tout l'Orient, aussi bien en Egypte qu'en Syrie et même en Assyrie, étaient remplis des marchands qui ont rendu célèbres les richesses dont Ophir n'était que Tentrepôt.

C'est l'or d'Ophir qui tenta Assarhaddon : il se mit en marche à la tête d'une formidable armée. Après avoir traversé d'immenses espaces monotones et stériles, il atteignit la terre de Dazu. « Le pays de Bazu, dit-il, est situé bien loin en plein désert, dans un lieu de désolation et de défaillance, une terre de soif, à une distance de 140 schœnes (environ 1630 kilomètres); on y trouve des carrières de pierres précieuses; plus loin, sur une étendue de 20 schœnes, on ne rencontre dans les rocailles que des serpents et des scorpions; 20 schœnes plus

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loin encore, on arrive au mont Hazu qui est une montagne d'albfttre. C'est là que je m'arrêtai : personne de mes ancêtres n'était jamais allé jusque-là. Grâce à la protection d'Assur, j'y parvins en vainqueur, et j'y tuai huit rois arabes, savoir: Kisu, roi de la ville de Haldil; Aitbar roi de Dubiati; Mansak, roi de Magalan; Yapah, reine de Diahtan; Habisu, roi de Kadasia; Nihar, roi de Galipan, Baïlu, reine de Ihilu; Habanamru, roi de Buda. » Malgré ces succès, la chaleur excessive, rincertitude de la route, les ouragans de poussière et la Fatigue de marches incessantes et sans but précis, forcèrent le roi d'Assyrie à rebrousser chemin : il risquait de voir son armée mourir de faim, ensevelie sous les sableSi II dut renoncer à la conquête de celte merveilleuse Ophir que les récits des voyageurs plaçaient au bout du monde.

Un des rois du désert, Layale, de la ville de Yadiah avait échappé aux coups d'Assarhaddon qui avait pourtant réussi à piller son palais et à emporter ses dieux. Privé de ses divinités tutélaires, le prince arab& se crut perdu. Pour les recouvrer, il se mit, comme un pèlerin, en marche vers la Mésopotamie, et la surprise d'Assarhaddon fut sans égale lorsqu'à peine rentré dans Ninive, il reçut la visite de ce malheureux roi qui venait en suppliant, offrir sa soumission et réclamer les

objets de son culte. Le roi d'Assyrie les restitua non sans avoir inscrit sur les statues la gloire d'Assur, et il confia même à Layale le gouvernement de tout le pays de Bazu : Assarhaddon dut se contenter d'un engagement de fidélité que le roi arabe se souciait aussi peu d'observer que de promettre.

Peut-être Assarhaddon se réservait-il de recommencer la conquête de TArabie et de reprendre une œuvre que son fils essayera aussi, plus tard, de mener à bonne fin. Mais il n'en eut pas le loisir, et des révoltes multiples nécessitèrent sa présence sur d'autres théâtres. Ce fut d'abord Bel-basa, roi de la terre de Gambul, dont les sujets « demeurent comme des poissons au milieu des eaux et des marais, » et qui s'était refusé à adorer le dieu Assur : Bel-basa obligé de s'humilier, eut le rare bonheur d'obtenir son pardon et de garder son trône. Ce fut ensuite une grande expédition chez les Mèdes. Les rois Sitir-Parna (Sithrapherne) et Eparna (Hypherne) du pays de Patusarra, au sud-est de la Médie, n'avaient jamais subi le joug assyrien, et leur territoire était voisin du mont Bikni, riche en pierres précieuses. Assarhaddon les soumit, les pilla et emporta tout ce qu'ils possédaient.

Il profita ensuite des discordes qui s'étaient élevées entre diverses

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tribus mèdes pour envahir leur lerriloîre sans coup férir : c'étaient Uppis, chef de la ville de Partacca, nom qui rappelle la Parétacène classique, Zamasan, chef de la ville de PartuUa, Ramatia, chef de la ville d'Uraka-zabarna, qui, traîtres à leur patrie, amenèrent eux-mêmes à Ninive un tribut de chevaux et de pierres précieuses, et baisèrent les pieds du monarque assyrien, en sollicitant son appui contre leurs compétiteurs. Assarhaddon envoya ses officiers avec une armée : les usurpateurs furent chassés, mais, en reconnaissance de ce service signalé, les rois rétablis durent payer un impôt annuel.

Avec toutes les richesses exotiques qu'il avait rapportées à Ninive, le roi d'Assyrie fit embellir trente des principaux sanctuaires des pays d'Assur et d'Accad, dans lesquels il accumula l'or et l'argent à tel point qu'il les fît, dit-il, resplendir comme le jour. Dans Ninive même, il agrandit le Bit-Kutalli, le magasin où l'on entassait les dépouilles des peuples vaincus et les fournitures de l'armée, c'est-à-dire, a tout ce qui appartient au dieu Assur, dit-il naïvement, et dont il m'a permis de faire usage. »

Mais l'ère des batailles n'était pas fermée. La plus grande des expéditions d' Assarhaddon fut celle qu'il dirigea contre la Palestine et contre l'Egypte; elle a été racontée dans le deuxième volume de cet ouvrage et nous n'y reviendrons ici que sommairement*. Le roi égyptien Tahraka n'était que roi d'Ethiopie quand il réussit à empêcher Sennachérib de pénétrer plus loin que Péluse ; à l'époque du règne d'Assarhaddon , il était devenu maître de toute l'Egypte, et il régnait tranquillement depuis vingt ans quand l'invasion assyrienne vint le forcer à prendre de nouveau les armes. Outre le désir de venger l'échec qu'avait subi son père, Assarhaddon venait d'être provoqué par le roi d'Egypte qui, voyant son rival occupé du côté de la Médie, avait cru le moment favorable pour pousser clandestinement Baal, roi de Sidon, et les autres princes syriens, à une insurrection générale.

Le roi de Juda, Manassé, successeur d'Ézéchias, n'essaya pas de s'opposer à la marche du roi d'Assyrie; il s'humilia et paya tribut. Assarhaddon pénétra en Egypte par Péluse, battit les Éthiopiens si complètement qu'il força Tahraka à s'enfuir jusqu'à Napata, prit Memphis, puis Thèbes dont il emporta les richesses en Assyrie ; il rendit l'indépendance aux vingt petits souverains qui se partageaient autrefois

> Hht. anc. de /'Oricnf, t. II, p. 374 et suiv.

S30 ASSARHADDON ET ASSURBANIPAL. RUINE DE NINi;^

l'Egypte, el il en fil des vassaux dévoués, payant tribut, el placés sous

Prlionnler de guerre ■ .

la surveiltance des garnisons assyriennes laissées dans les principales forteresses. Assarhaddon put alors prendre le litre de roi des rois

' D'après un bas-relief de Nïmroud.

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d'Egypte el de Kus, ou d'Ethiopie ; ces événemenis se passaient en 672 avant notre ère : c'était la revanche de l'invasion de Thoutmès III en Assyrie neuf siècles auparavant.

Pour reprendre le chemin de Ninive, Assarhaddon foula le pays des Philislins, longea la côte de Syrie, montra sa redoutable puissance au roi de Juda réduit à n'êlre plus qu'un de ses satrapes, et fît rentrer dans l'ordre toutes les populations chananéennes qui, pour eniployer une expression biblique, étaient devenues comme un chêne dont la feuille tombe^ et comme un verger qui n^a point d'eau. En arrivant sur les bords du Nahr el Kelb, non loin de Beyrouth, il fit sculpter son image en bas-relief, sur les rochers qui dominent le cours du fleuve, et graver au-dessous, une longue inscription qui relatait ses exploits el l'abaissement de l'Egypte. En cet endroit, se trouvait la stèle que Ramsès II avait jadis fait élever en l'honneur de ses conquêtes en Syrie, et c'est là que, par une ironie du sort, le fier Assyrien venait à son tour apprendre aux générations de la postérité la plus reculée, que TÉgypte était humiliée, et que les descendants de Ramsès II eux-mêmes avaient dû courber le front devant lui. Comme pour faire constater par les populations de la Syrie ce grand revirement de la fortune en faveur de ses armes, Assarhaddon eut l'idée de convoquer en assemblée plénière tous ses vassaux qu'on vit accourir en humbles serviteurs avec les richesses de leurs pays : <( J'appelai, dit-il, les rois des Hittites el de la partie de mon empire qui est au delà de la mer (Chypre) : Baal, roi de Tyr; Manassé, roi de Juda; Kedumuh, roi d'Édom; Mussuri, roi de Moab; Zilli-bil, roi de Gaza; Mitinti, roi d'Ascalon; Ituzu, roi d'Accaron ; Milkiasaph, roi de Gébal (Byblos) ; Matanbaal, roi d'Arvad (Aradus) ; Abibal, roi de Sumurum ; Buduel, roi de Bit-Ammon ; Ahimelek, roi d'Asdod (Azot) : ce sont là douze rois des côtes de la mer. Puis, Ikislu (^gisle), roi d'Idalium; Pitaguru (Pylhagore), roi de Citium; Kinira8(?) roi de Salamine ; Ituandar, roi de Paphos ; Irisu, roi de Soli ; Damantes, roi de Curium; Garmisu, roi de Tamissus; Damusi, roi d'Amathonte ; Unasagusu, roi de Limenium ; Buli, roi d'Aphrodisia : ce sont là dix rois de la terre de Yatnan (Chypre), située au milieu de la mer. Ce qui fait en tout vingt-deux rois du pays des Hittites sur les côtes de la mer, el du pays situé au milieu de la mer. »

Cette inscription est datée du limmu d'Atarel, de Lachir, c'est-à-dire de l'an 673. Après avoir reçu les hommages et les tributs de tous ces petits dynastes aussi serviles et souples devant le maître, que fiers et

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arrogants dès qu'ils le croyaient loin, Assarhaddon s*en retourna à Ninive. Plusieurs années de paix se succédèrent pendant lesquelles il fit construire son palais de Kalah qui surpassait tout ce que Ton avait vu jusqu'à ce jour. On y entrait par un escalier monumental aboutissant à un portique flanqué d'une triple rangée de lions ailés et de sphinx. Les porleâ étaient en ébène avec des armatures en lames d'argent et de fer poli ; des colonnes de cyprès et des poutres de cèdre sculptées par d'habiles artistes étaient aussi revêtues de feuilles de métal ouvré.

Ces constructions n'étaient pas encore achevées lorsqu'on apprit que le roi d'Ethiopie, Tahraka, avait reconquis l'Egypte, massacré les gar« nisons assyriennes et qu'il s'était rendu maître de toute la vallée du Nil jusqu'à Péluse. Les circonstances étaient d'autant plus critiques que depuis plusieurs mois déjà, Assarhaddon se sentait miné par la maladie qui devait bientôt l'emporter. Pour sauver l'empire, il se décida àabdiquer le pouvoir en faveur de son fils Assurbanipal (Assur-bani-abal), qui avait déjà pendant longtemps exercé les fonctions de régent, et avait des affaires une expérience consommée. Dans une proclamation qui est venue jusqu'à nous, portant la date du 12 avril du limmu de Marlarmi (mai 668), Assarhaddon annonça sa résolution à ses peuples; un autre document que nous verrons plus loin, renferme le récit de la cérémonie du couronnement d 'Assurbanipal. Le vieux roi se relira dans son palais de Babylone qu'il aimait à habiter, et se réserva, pour le reste de ses jours, la vice-royauté de la Chaldée. On possède au Musée Britannique le fragment d'une lettre écrite à celte époque par Assurbanipal à son père : le jeune prince donne à Assarhaddon le titre de roi de Babylone et se qualifie lui-même de roi d'Assyrie. Mais dès l'année suivante, Assarhaddon mourut. Il eut son second fils Salummukin (le Saosduchin de Plolémée) pour successeur sur le trône de Chaldée, qui demeura vassal, il est vrai, mais distinct de celui de Ninîve; cette ombre de liberté, ou plutôt cette assimilation imparfaite suffisait aux Babyloniens, maintenant assez affaiblis pour supporter un régime qui n'était que la parodie de leur ancienne indépendance nationale.

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