GUERRES EN PIIÉNICIE, EN ASIE-MINEURE ET EN ARMÉNIE
la dynastie des Héraclides issus de sang assyrien, au moins suivant la tradition grecque (vers 710).
Le hardi chef de mercenaires inaugura un changement complet de politique. Sardes devint un camp retranché d'où Gygës s'ëlançait sans relâche à la conquête de nouvelles provinces et faisait trembler les villes grecques delà côte ionienne. Il eut aussi l'idée de renouer des relations suivies avec les Assyriens dont il entendait constamment parler, et dont le souvenir était encore vivace dans Fesprit des Lydiens. Assurbanipal raconte que ce prince qu'il appelle Gugrju^ roi de Luddi, eut un songe dans lequel lui fut révélée la gloire du roi d'Assyrie : « Va, lui dit une voix, va embrasser les pieds d' Assurbanipal, roi d'Assyrie, et que ce soit en son nom que tu triomphes de tes ennemis ! »*A la suite de cette étrange révélation, Gygës envoya des ambassadeurs qui portèrent h Assurbanipal la relation du songe de leur maître, et mirent le royaume de Lydie sous la protection du grand roi de Ninive. Gygès, au fond, espérait en obtenir des secours d'hommes et d'argent pour Taider à se débarrasser de Gimirrai ou Cimmériens qui inquiétaient la frontière nord-est de ses États, et s'étaient avancés de l'Albanie jusque sur les rives du fleuve Halys. Malgré de brillants succès remportés sur ces barbares, le roi de Lydie n'était pas complètement rassuré à leur endroit, el comme il savait que les rois d'Assyrie eux-mêmes avaient déjà eu maille à partir avec ces bordes du nord^ il' crut faire plaisir à Assurbanipal en lui envoyant, pieds el poings liés, les chefs Cimmériens qu'il avait réussi à faire prisonniers. Bientôt il s'aperçut qu'il avait fait fausse route et que toute sa diplomatie n'était qu'une politique de dupe : le roi d'Assyrie n'avait que les chaînes de la servitude à offrir à ses alliés aussi bien qu'à ses ennemis. Assurbanipal ne s'immisça que trop dans les affaires de la Lydie; il envoya à Gygès des soldats, mais ce fut pour le subjuguer, après avoir vaincu les Cimmériens ; et quand le peu clairvoyant prince voulut se dégager de l'étreinte de son dangereux protecteur, il était trop tard, et ce fut vainement qu'il fît alliance avec Psammétik, roi d'Egypte, qui essayait de former une vaste coalition contre l'Assyrie. « Ses ambassadeurs, dit Assurbanipal, étaient venus solliciter mon amitié ; mais lui^ bientôt, retira sa parole et refusa d'accomplir la
volonté d'Assur, mon créateur; il se confia dans ses propres forces, il endurcit son cœur et envoya des forces à Psammélik, roi d'Egypte, qui voulait méconnaître ma souveraineté. Alors j'adressai à Assur et à Istar la prière suivante : « Que son cadavre tombe devant ses ennemis et
a qu'ils en dispersent les cendres! » Il arriva selon le vœu que j'avais formé : son cadavre tomba devant ses ennemis qui en emportèrent les restes. Les Gimmériens, qu'il avait un instant subjugués, grâce à l'appui de mon nom, se précipitèrent sur ses États'qu'ils balayèrent d'un bout à l'autre. »
Celle grande invasion des Cimmériens est racontée dans de pins amples détails par les historiens grecs. Ils s'avancèrent, nous disentils, en bandes nombreuses le long du Pont-Euxin, et s*emparèrent de la colonie milésienne de Sinope dont ils firent leur repaire Peu après, ils s'avancèrent dans l'intérieur de l'Asie-Mineure que Gygès essaya vainement de défendre : il périt les armes à la main, et Sardes, sa capitale, n'eut que le temps de fermer ses portes pour ne pas être surprise par le torrent envahisseur. Le chef de Scythes, Lygdamis, les conduisit jusqu'à Éphèse pour piller le temple fameux de Diane où des richesses sans nombre se trouvaient amoncelées : ne pouvant réussir à pénétrer dans le sanctuaire de la déesse, les barbares y lancèrent des brandons qui y mirent le feu, et ils se consolèrent de leur insuccès en voyant les flammes dévorer le butin qu'ils auraient voulu emporter.
Le fils de Gygès, Ardu ou Ardys, en recueillant les débris de l'armée lydienne, s'était empressé d'envoyer un messager auprès d'Assurbanipal pour lui faire hommage de son trône et le prier d'intervenir. Il fit dire au roi d'Assyrie : « Le roi qui a Dieu avec lui, c'est toi; tu as maudi, mon père, et cela a suffi pour lui porter malheur. Quant à moi^ je suis l'esclave qui te vénères; mon peuple tout entier portera ton joug. » Le fler monarque n'eut garde d'intervenir; il laissa passer l'orage sans essayer de Tarrêter. Les Cimmériens de leur côté n'osèrent pas s'aventurer dans les pays qui formaient l'empire d'Assyrie : ils longèrent, comme en s'esquivant et à la dérobée, la côte du Pont-Euxin, pour fondre ensuite sur l'extrémité occidentale de l'Asie. Le fléau de la civilisation brutale et despotique et le fléau de la barbarie sauvage se contentèrent de s'observer, pareils à deux fauves qui s'évitent longtemps avant de mesurer leurs forces. Assurbanipal se tint sur la réserve, après une démonstration en Arménie où il fît parade de la force de ses armées contre le roi de Van nommé Ahseri, probablement successeur d'Argistis ; il se vante d'avoir pris la ville d'Izirtu, d'avoir franchi les plus hauts sommets et fait un riche butin. Ahseri, battu et traqué de bourgade en bourgade, se réfugia dans la place d'Istatti, où il ne devait pas larder à succomber. Un oracle avait prédit la victoire au roi d'Assyrie, et avant l'expédition