‹ Histoire ancienne de l'Orient [Texto impreso]Chapitre 54 sur 98 · GUERRE EN CHALDÉE · texte numérisé non relu

GUERRE EN CHALDÉE

En montant sur le trône d'Assyrie, Assurbanipal avait installé son plus jeune frère Salummukin comme roi de Babylone, avec la mission de surveiller les mouvements qui pouvaient se produire en Chaldée ou dans les pays limitrophes. Soit que Salummukin se fût mal acquitté de son rôle, et qu'il eût eu à se reprocher quelque négUgence lors de la dernière insurrection susienne, qui s'était avancée jusque sous les murs de Babylone, soit qu'il se lassât de n'être que le vassal de son frère, et qu'il se trouvât entraîné lui-même parles aspirations patriotiques des peuples qu'il avait à gouverner, toujours arriva-t-il que de graves dissentiments surgirent entre lui et le monarque ninivite. Assurbanipal se plaint amèrement de l'ingratitude de son frère comme de celle des Susiens ; il prétend l'avoir comblé d'honneurs et de richesses, et malgré cela, « Salummukin, dit-il, bien que protestant tout haut desonamitié, recueillait tout bas la haine dans son cœur; il arrêta les Babyloniens qui, fidèles sujets, se rendaient au pays d'Assur, et il leur tint des discours pleins de mauvais conseils. Alors, par fourberie, il les envoya à Ninive en ma présence, pour réclamer ma paix. Et moi, Assurbanipal, roi d'Assyrie, à qui les dieux ont fixé un heureux destin et qu'ils ont créé pour le droit et la justice, j'ai accueilli avec bonté ces enfants de Babylone, je les ai fait asseoir à une table copieuse, leur ai donné des vêtements richement tissés, et des anneaux d'or pour leurs pieds. Et tandis que ces délégués étaient en Assyrie, et qu'ils s'inclinaient prêts à exécuter mes ordres, Salummukin, ce frère infidèle; contempteur de la foi jurée, soulevait les peuples d'Accad, de Chaldée, d'Arumu et du pays de la mer, depuis la ville d'Akaba jusqu'à Bab-Salimeti. »

Cette défection inattendue du propre frère d' Assurbanipal eut, sur toutes les fractions de l'empire ninivite, l'influence la plus désas^ treuse. Tout le monde crut le moment venu d'entrer en rébellion. Il n'y eut pas jusqu'au roi de Suse lui-même, Ummanigas, à qui Assurbanipal avait sauvé la vie et qui lui devait son trône, qui ne fit alliance avec Salummukin, comme les rois des Guti, ceux de Syrie et même celui d'Egypte, Psammétik. Les portes de Sippar, de Babylone et de la citadelle de Borsippa furent fermées pour éviter une surprise; les sanctuaires dans lesquels Assurbanipal avait amoncelé For et l'argent et

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des richesses de toute nature, furent dévalisés afin de trouver les sommes nécessaires pour acheter des alliés. Bientôt toutes les forteresses se remplirent de soldats insurgés, et Salummukin attendit de pied ferme que son frère vint Tatlaquer. Au milieu de ces conjonctures, un devin,. qui dormait aux heures de la nuit, eut un songe où il lui fut fait celte révélation : « Il est écrit sur le disque {kigallu) de Sin que celui qui méditera le mal contre Assurbanipal et qui se rébellionnera contre lui mourra de mort violente, par le fer d'un poignard, et ses partisans seront détruits par Tincendie, la famine et la peste. »

Fort de cet avertissement céleste, Assurbanipal se mit en campagne : c'était la sixième année de son règne, en 661 ; il marcha contre Sippar, Babylone, Borsippa et Gutha, où Salummukin s'était renfermé et où les provisions lui manquèrent bientôt à tel point que la plus grande partie de ses soldats périt par la famine. Sur ces entrefaites, une nouvelle révolution éclata chez les Élamites : Ummanigas fut assassiné par son frère Tammaritu qui s'empara du trône. Assurbanipal espéra un instant que le nouveau prince montrerait moins d'ingratitude que son frère et reconnaîtrait les bienfaits du prince d'Assyrie. Mais Tammaritu comprit qu'aux yeux de ses sujets, le moyen le plus sûr de garder son trône était, au contraire, de se mettre à la tête de l'insurrection. Il partit avec une nombreuse armée pour prendre à dos les Assyriens qui assiégeaient les grandes places fortes chaldéennes. Seulement, il laissait en Susiane un parti de mécontents à la tète duquel se trouvait un officier peut-être de sang royal, du nom d'Indabigas. Dans son impatience de courir en Chaldée, il l'avait méprisé tout d'abord, mais bientôt Indabigas se trouva le chef d'une troupe si considérable que Tammaritu dut songer à sa propre défense avant celle de ses alliés. Une grande bataille se livra dans laquelle Tammaritu fut battu., Il ne lui restait d'autre ressource que d'aller implorer le pardon d'Assurbanipal. « Il embrassa mon pied royal, dit Assurbanipal, il se couvrit la tête de poussière, me servit de marche-pied et voulut être mon esclave. Il me supplia, par le nom d'Assur et d'Istar, de maintenir ses droits et d'aller à son secours; il se tint avec les siens devant moi, célébrant la puissance de mes dieux et Tefficacité de leur appui. Et moi, Assurbanipal, au cœur généreux, qui pardonne les fautes et oublie le mal, je fis grâce à Tammaritu et je l'installai avec toute sa famille dans mon propre palais. »

Ces derniers événements furent une véritable catastrophe pour Salummukin. Privé du secours de l'armée élamite, et voyant ses garnisons

décimées par la peste et la famine, û'osaot implorer la clémeoce de son frère, il résolut de lutter jusqu'au bout avec la fureur du désespoir. « Ses soldats, raconte le bulletin de victoire du roi d'Assyrie, mangëreot la chair de leurs fils et de leurs filles, » et quand les troupes ninivites entrèrent dans Babylone, elles furent elles-mème épouvantées de lant d'horreurs. Salummukia tomba vivant entre les mains de son frère qui le fît brûler vif, et ceux de ses soldats qui survivaient encore subirent les plus atroces supplices : « Tous ceux qui ne s'étaient pas précipités dans les llammes, qui ne s'étaient pas transpercés de leur poignard, qui

avaient pu échapper à la faim, aux privations et au feu, tous ceui, en un mol, qui avaient réussi à trouver un refuge, le glaive des grands dieux, mes maîtres, auquel on ne peut échapper, sut les atteindre et pas un ne s'esquiva; ils lombèreul tous dans mes mains. Leurs chars de guerre, leurs armes, leurs femmes, les richesses du palais royal furent apportés devant moi. Les officiers dont la bouche avait proféré le blasphème contre Assur, mon matlre, et qui avaient médité le mal contre moi, je leur arrachai la langue et je les fis mourir. Le reste des soldats qui vivaient encore, furent écorchés devant les taureaux ailés et les lions colossaux élevés par Sennachérib, mon grand-père; moimême j'en écorchai sur le tombeau de Sennachérib, et je donnai leurs

' D'après un baa-relief de KoyouDdjik.

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