‹ Histoire ancienne de l'Orient [Texto impreso]Chapitre 58 sur 98 · NOUVELLES CAMPAGNES CONTRE L'ÉLYMAIDE · texte numérisé non relu

NOUVELLES CAMPAGNES CONTRE L'ÉLYMAIDE

prémices à mes dieux; quant aux archers, aux officiers de Tarmée et aux autres chefs que j'avais arrachés au pays d'Élam, j'en fis la part de ma royauté; je répartis les autres, comme des troupeaux de moutons, entre mes préfets, mes grands et tout mon camp. »

On emporte les dieux * .

Telle est la relation officielle de cette guerre d'Élam la plus terrible de toutes celles qu'Assurbanipal ait entreprises. A côté du texte cunéiforme, de vastes tableaux, analogues à ceux qui se déploient sur les pylônes des temples de l'Egypte et offrent de même des centaines de personnages dans leurs compositions, nous font assister à toutes les péripéties de ce grand drame, retracé delà manière la plus saisissante. On voit d'abord la bataille qui décida du sort de la contrée, bataille

' D'après un bas-relief de Nimroud.

livrée à peu de distance de Suse. Les guerriers élamites, malgré leur énergique résistance, sont taillés en pièces et précipités dans FEulaeus dont les flots engloutissent un grand nombre d'entre eux. Dans le tableau suivant, Assurbanipal , profitant de sa victoire, marche droit vers Suse. On dislingue ensuite la ville (désignée par son nom) avec ses remparts crénelés et ses maisons aux toits plats, au milieu d'une forêt de palmiers. Le monarque assyrien a fait arrêter son char non loin des portes, et deux de ses officiers présentent au peuple, Ummanaldas, que dans sa volonté souveraine il impose au pays, à la place du roi qui a osé le combattre. Alors, tandis que TEulaeus roule encore au pied des murailles les cadavres des derniers défenseurs de Findépendance nationale, le peuple de la capitale, affolé de terreur et espérant fléchir à force d'avilissement un vainqueur irrité, sort en foule, hommes, femmes et enfants, avec des harpes, des flûtes et des tambourins, et salue de ses chants et de ses danses le nouveau chef installé par les étrangers. Pendant ce temps, et à quelques pas de la scène de fête, les chefs de Farmée vaincue expient, dans les tortures, le crime d'avoir osé défendre leur roi et leur pays; l'un est écorché vivant, les autres ont les oreilles coupées, les yeux crevés, la barbe et les ongles arrachés. Ces compositions aux figures très nombreuses, traitées avec une extrême finesse, n'ont pas plus de perspective que les tableaux historiques égyptiens; mais on ne saurait se lasser d'y admirer la vie et le mouvement qui régnent dans tous les groupes^ la vérité des types, l'heureuse naïveté des attitudes.

Cependant la proie qu'il importait le plus à Assurbanipal de capturer et de rapporter comme trophée à Ninive, lui avait encore échappé. Ummanaldas^ pendant qu'on ravageait la plaine, avait fait le mort dans la montagne; aussitôt que les terribles pillards s'en furent allés, il quitta sa retraite et vint camper sur les ruines fumantes de ses villes. Il fut atterré par Fhorrible spectacle qu'il avait sous les yeux, et il pensa pouvoir acheter la paix par une infâme lâcheté, en livrant au roi d'Assyrie, son meilleur ami et son plus fidèle allié, Nabu-bel-sumê, le petitfils de Marduk-pal-iddin. Quand ce dernier apprit cette nouvelle, il entra en désespoir : « sa vie cessa de lui être précieuse, il désira la mort et il dit à son écuyer : « Tue-moi avec le glaive. » Alors, lui et son écuyer se percèrent mutuellement avec le fer de leurs épées. » Ummanaldas fît ensevelir dans du sel le cadavre du malheureux prince, et il Fenvoya à Assurbanipal qui lui fit couper la tête et qui suspendit ce hideux tro-

NOUVELLES GAMPAGMES CONTRE L'ÉLYMAIDE

* D*aprèB un bas-relief de Koyoundjik.

phée au cou de Nabu-kat-zabat, un des principaux officiers de Salummukin, l'ancien roi de Babylone, qui avait participé à la révolte de rÉlymaïde. Un prince élamite du nom de Paé qui avait toujours été hostile à Ummanaldas, s'empressa d'accourir à Ninive offrir des gages de fidélité ; puis les districts montagneux eux-mêmes offrirent leur soumission et abandonnèrent Ummanaldas : on vit tour à tour les villes de Bit-Imbi, Mazutu, Bubë, Bit-Arrabi, Zagar, Dunnu-Samas, Tul-Humba et vingt autres, ouvrir leurs portes à des garnisons assyriennes ; la place de Salatri succomba la dernière. On saisit et on condamna à Tesclavage le plus avilissant, Ummanaldas, le dernier des héros de l'indépendance nationale des Susiens, qui serait intéressant et digne d'occuper une place d'honneur danslliistoire, s'il n'avait terni sa gloire par une ambition démesurée et des crimes infâmes. En cela, il ne se montra pas supérieur aux princes orientaux de son époque, et la triste fin du royaume d'Élam est un exemple de plus à ajouter à l'appui de cette éternelle parole : tout royaume divisé contre lui-même périra.

Assurbanipal triomphait de toutes parts et ses armées revenaient victorieuses de l'Orient comme de l'Occident. Mais l'empire avait des frontières si vastes et les nations qu'il absorbait dans son sein étaient si peu homogènes^ que le génie et l'activité du roi d'Assyrie ne pouvaient suffire à faire régner la paix partout à la fois. Depuis la mort d'Assarhaddon, les Arabes du désert étaient en insurrection; ils avaient repris, presque sans effort, leur vie indépendante, et le temps avait jusquici manqué à Assurbanipal pour les forcer de nouveau à reconnaître la puissance d'Assur et à payer tribut. Les guerres d'Élam terminées, le roi d'Assyrie résolut d'entreprendre une grande expédition dans le désert de Syrie et d'Arabie, et de renouveler dans ces régions les exploits de son père. Ce fut le but de sa neuvième campagne qui commença en 629 et dura peut-être plus d'une année.

Au temps de la révolte de Salummukin, le roi des Arabes, Uayteh,fils de Hazaêl, avait fait alliance avec le roi de Babylone et lui avait envoyé des secours en hommes et en argent; d'autres chefs arabes, Abiyatefa et Aimu, filsdeTehri, avaient suivi son exemple, et, à son instigation, rejeté le joug assyrien. A la faveur des guerres de la Susiane, Uayteh était resté impuni, et il en avait profité pour agrandir démesurément seâ

États et se créer un vaste empire qui ne comprenait plus seulement le Hedjâz, domaine héréditaire de ses ancêtres, mais la majeure partie de la péninsule arabique, le Nedjd, le Djebel-Somer , le Djauf, le désert de Syrie, et même toute la rive occidentale de TËuphratc, dans son cours inférieur , formant ce qu'on appelle aujourd'hui TIrak-Araby. 11 s'était aussi allié avec toutes les tribus nomades ou sédentaires cantonnées dans la partie occidentale et septentrionale du désert de Syrie, les gens du Hauran, les Nabatéens, les Moabites, les Ammonites, les Madianites, les Édomites, les Amalécites. D'autre part, les populations de la Syrie qui, depuis Texpédi.

tion d'Egypte , n'avaient pas revu les armées d'Assur, vivaient égale.

ment à l'état presque indépendant, négligeant de porter à Ninive le tribut annuel; il était donc grand temps que la présence des légions assyriennes allât réveiller le »sentiment de la peur chez ces peuples du désert et de la Syrie, toujours portés à croire descendu dans la tombe le tyran qui cessait un instant de les rançonner ou de les battre.

Il est difficile de se rendre un compte exact des marches d' Assurbanipal à travers les déserts de Syrie et d'Arabie, parce que ridentifi-

* Diaprés un bas-relief de Nimroud.

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cation des noms de lieux cités dans les textes cunéiformes est très conjecturale. Si Ton s'en rapporle à certaines assonnances, il faudrait croire que le roi d'Assyrie commença par conquérir le Hauran qu'il traversa, puisqu'il pilla tour à tour toutes les tribus cantonnées à l'Orient et au sud de la mer Morte. Les inscriptions nous disent, en effet, que le conquérant^ dirigeant sa marche contre Uayteh qui tenait le désert de Syrie, prit successivement les villes d'Azarel, de Hirata-Kazaia, d'Udumè, passa dans le voisinage de labrud, entra dans la ville de Bit-Ammon, ravagea le territoire des villes de Haurina, de Muaba, de Sarri, de Hai^gê, de Subiti. Toujours battu, mais d'après la tactique qui réussit encore aux Arabes de nos jours^ s'enfuyant et revenant sans cesse harceler l'ennemi, Uayteh finit par être acculé au pays des Nabatéens et obligé de se rendre ; il fut chargé de chaînes, conduit h Ninive, confondu avec une meute de chiens, et, dit l'inscription, lié à l'une des portes principales de la grande ville. Ce n'est peut-être pas sans raison que des savants modernes ont reconnu dans la ville de Hirata, XdiHira^ voisine du bas Euphrate et célèbre dans l'histoire des Arabes au commencement de l'ère chrétienne ; dans labrud, la ville de Yatbur, en plein désert, au sud-ouest de Babylone, non loin de Hira; dans Udume, le pays d'Édom au sud de la mer Morte, plutôt que le royaume de Dumadont il a déjà été parlé; dans Bit-Ammon, la capitale des Ammonites qui habitaient à l'orient du Jourdain ; dans Ilaurina, le Hauran; dans Muaba, la terre de Moab, sur la mer Morte ; mais si ces identifications sont admises, il faut reconnaître qu'on est dans l'impossibilité de se rendre compte des mouvements de l'armée assyrienne qui aurait ainsi accompli à travers le désert, des courses folles aussi étrangères à ses habitudes que matériellement difficiles à exécuter.

D'autres rois arabes, parmi lesquels nous citerons Samaïel, Abiyateet Aïmu, qui étaient venus précédemment au secoursde Salummukin assiégé dans Babylone, essayèrent aussi de s'opposer à la marche d'Assurbanipal ; mais leurs flèches se brisaient sans effet contre les boucliers des Assyriens qui avançaient toujours comme un rempart qui se meut. Les Arabes comprirent que pour lutter efficacement, il leur fallait cesser de faire cette guen'e de partisans qui, en éparpillant leurs forces, les rendait impuissantes contre des légions qui combattaient en masses compactes et serrées. Le pays de Nabatu (laNabatène) devint le rendezvous d'une coalition générale. Natnu, roi des Nabatéens, Uayteh, fils de Bir-Dadda et parent de celui qui avait succombé dans la campagne pré-

cédente, Âbiyate et une foule d'autres chefs de tribus nomades s'y rencontrèrent, et Assurbanipal fut obligé de s'enfoncer de plus en plus dans le désert pour les atteindre et les réduire. C'était au mois de juin, au plus fort des chaleurs de l'été, et l'armée assyrienne souffrit horriblement de la soif et des privations de toutes sortes, a Au mois de Sivan (mai-juin), le mois de Sin, l'ainé des fils de Bel, le 25*^ jour, en la fête de la grande déesse de Babylone, je suis parti de la ville de Hadata pour aller camper à Laribda, forteresse de pierre, bâtie au milieu des lacs. Mon armée avait besoin d'eau pour boire, car elle avait marché dan3 des plaines arides, à travers des chemins difficiles. Plus loin, elle arriva à Hurarina, non loin de Yarki et de AzaUa, dans la région de Mas, terre de soif et pays lointain, où l'on ne rencontre môme plus les animaux du désert et où l'oiseau du ciel ne peut faire son nid. J'ai mis en déroute Isammih qui adore Atarsamaïn, ainsi que l'armée des Nabatéens. J'ai pris des hommes, des bêtes de charge, des chameaux et mi butin considérable. Mon armée s'avança encore l'espace de huit parasauges (environ quarante-six kilomètres), puis elle revint sans être inquiétée dans la ville d'Azallu où elle trouva de l'eau en abondance. J'ai ensuite quitté Azallu pour me diriger vers Kuraziti, à six parasanges; dans ce lieu aride et difficile, j'ai assiégé le serviteur d'Atarsamaïn et le lieutenant de Uayteh, fils de Bir-Dadda, roi des Arabes. Je me suis emparé de ses dieux, de sa mère, de ses femmes, de son épouse, de ses enfants, des gens de son pays, des bêles de somme, chameaux et moutons, je les ai consacrés au service d'Assur et d'Istar, mes seigneurs, et je leur ai fait prendre la route de Damas. Dans le moiâ d' Abu '(juilletaoût), mois de la fille de Sin, et des archers, le 3" jour, en la fête de Marduk, le roi des dieux, je quittai Damas et je m'avançai à ladistance de six parasanges^ vers la ville de Hulhuliti;jepris Kurkuruna au milieu de hautes montagnes, ainsi que le lieutenant d' Abiyate, fils de Tehari, du pays de Kidra (Gedar). Je l'ai battu et spolié de tout, et même, grâce à Tappui d'Assur et d'Istar, mes seigneurs, j'ai fait prisonniers dans la mêlée, Abiyate et Aïmu, les fils de Tehari, et je les ai chargés de chaînes et envoyés en Assyrie avec les dépouilles de leur pays. » Restait encore Uayteh avec son contingent de nomades : assiégés dans une forteresse, sans subsistances et sans moyens de ravitaillement, ses soldats se virent réduits à manger de la chair humaine. Alors seulement ils mirent bas les armes; Uayteh fut fait prisonnier, mais il eut la vie sauve; Aïmu fut écorché vif. La campagne se termina par la prise de la ville d'Usu

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dont on ignore encore l'emplacement; les habitants en furent exterminés ou déportés, et Assurbanipal fit main basse sur tout ce qu'il put emporter en Assyrie.

A travers les obscurités et les diflicultés de traduction du texte que nous venons d'analyser, il est aisé de se rendre compte qu' Assurbanipal guerroya surtout dans le désert de Syrie et qu'il pénétra à peine dans

Frondeurt asaïriens '.

la péninsule arabique, si même il y mil le pied. 11 poussa de ce côté les limites de ses conquêtes beaucoup moins loin que son père Assarhaddon et que, plus tard, Nabuchodonosor. Il dut, appelé sur d'autres points, renoncer à la suzeraineté sur ce pays, comme à la suzeraineté sur l'Egypte et sur les peuples del'Asie-Mineure. Ce n'était pas, sans doute, sans espoir de retour, et il espérait bien voler de nouveau de victoire en victoire jusqu'à Thèbes et jusqu'à Sardes; il comptait sans des événements imprévus qui l'empêchërenl de réaliser ses projets. Sa campagne dans le désert de Syrie est la dernière, et il est permis de croire qu'elle ne fut pas aussi fructueuse que le dit le texte officiel : les

< D'après un bu-relief de Kofoundjik.

habitants du désert ont toujours été misérables et sans grandes ressources ; il n*y avait rien à en tirer. Quoi qu'il en soit, et comme le remarque M. Maspéro, « Âssurbanipal n'en resla pas moins le souverain le plus puissant du monde oriental. Presque le dernier de sa race, il fut celui dont la domination s'étendit le plus, et dépassa tous ses prédécesseurs en activité, en courage, en énergie, en cruauté, comme si FAssyrie, se sentant près de sa ruine, avait voulu réunir en un seul homme toutes les qualités qui avaient fait sa grandeur et tous les défauts qui ont souillé sa gloire*. »

Les affaires de Lydie et la domination sur File de Cypre avaient fait connaître des Grecs Assurbanipal. Tout concorde à montrer en lui le Sardanapale guerrier et conquérant dont parlent plusieurs historiens classiques, en le distinguant soigneusement du Sardanapale voluptueux et efféminé entre les mains duquel la légende faisait périr le premier empire de Ninive. A propos de ce prince, les historiens grecs de Tépoque alexandrine ont commis deux erreurs assez curieuses pour être notées, et qui tiennent. Tune et l'autre, bien manifestement à des confusions dans la lecture d'inscriptions assyriennes, preuve qu'il y avait alors parmi les Hellènes quelques savants qui étudiaient l'écriture cunéiforme et ses monuments, ce qu'aucun ne fît pour les hiéroglyphes de l'Egypte.

Strabon, d'après Glitarque, raconte que dans une inscription existant à Tarse, où l'on peut en effet admettre que ce prince ait passé dans le cours de ses expéditions et ait laissé un monument de sa gloire, Sardanapale se disait « fils d'Anakyndaraxarès. » Mais ce prétendu nom patronymique n'est autre que le titre inscrit, presque toujours, à la suite dunom des monarques assyriens, a moi, auguste, roi d'Assyrie, » AnaAu nadu sar Assufy d'où un lecteur inexpérimenté a fait A.nakyndaraxare , qu'il a pris pour un nom d'homme. D'autres écrivains disent que Sardanapale était surnommé Gonosconcoléros ; ici encore c'est une formule qui a été regardée par erreur comme un nom propre. A la fin des contrats d'intérêt privé, on rencohtre souvent cette phrase : kunuk kunuki liris « qu'il le confirme par l'apposition de son cachet. » Cette formule non comprise par les Grecs, a été regardée comme un nom d'homme et

^ Maspéro, Eist. anc. de VOnent, éd. de 1878, p. 438.

est devenue le roi Conosconcoleros. Beaucoup des erreurs que les historiens grecs, surtout ceux de Tâge alexandrin, ont commises au sujet de rhistoire des monarques assyriens, doivent tenir à de fausses lectures de ce genre.

C'est Assurbanipal qui termina le magnifique palais de Ninive, commencé par Sennachérib; les sculptures de la partie qu'il en fit élever sont les œuvres les plus fines et les plus achevées que nous connaissions jusqu'à présent de l'art assyrien. Il raconte lui-même comment il fit terminer ces grandes constructions qui portèrent Ninive à son plus haut degré de splendeur. « Dans ces jours-là, dit-il, j'ai fait embellir avec grand luxe le Bit-riduti (maison du gouvernement), palais situé dans Ninive, la ville suprême, favorite de la déesse Belit. Ce palais avait été bâti par Sennachérib, roi d'Assyrie, mon grand-père, pour être la demeure de sa royauté, et, depuis lors, les murs s'en étaient allés en ruine, et ses chambres s'étaient écroulées de vétusté. Moi, Assurbanipal, roi grand, roi puissant, roi des légions, roi du pays d'Assur, roi des quatre régions, j'ai rebâti le Bit-riduti^ parce que j'y avais grandi, et parce que les dieux Assur, Sin, Samas, Raman, Bel, Nabu, Istar de Ninive, la déesse reine des Kilmuri, Istar d'Arbèles, la déesse reine des dieux, Adar, Nergal, Nusku, ont protégé ma dignité de prince royal et qu'ils m'ont couvert de l'ombre de leur faveur... » Le roi raconte ensuite qu'il fit démolir l'ancienne demeure de Sennachérib afin de la rebâtir sur des proportions beaucoup plus vastes, et qu'il a employé à ces constructions toute une armée de prisonniers de guerre ; les rois des Arabes eux-mêmes, devenus des esclaves du dernier rang, furent contraints de piler le mortier, de mouler les briques, et perdus dans la foule des malheureux captifs, obligés de s'atteler comme des bêtes de somme, aux cordages à l'aide desquels on transportait les plus grandes sculptures. Quand le gros œuvre fut achevé, des corporations d'artistes sculptèrent sur les parois les immenses bas-reliefs qui décorent aujourd'hui les salles du Musée Britannique; on ferma le palais « avec des portes d'un bois dont l'odeur est bonne et on les cercla d'une bordure de cuivre. » Les petits prismes cylindriques qui racontent tous ces détails sont datés du premier jour du mois de Nisan, en l'année du limmu de Samsi-dain-annr, préfet du pays d'Accad. Mais on ne peut rapporter d'une manière précise cette mention chronologique à une date antérieure à l'ère chrétienne, parce que la liste des limmu dont nous avons si souvent parlé, s'arrête brusquement vers le milieu du

règne d'Assurbanipal, en Tannée 666, avec le limmu de Tebilai. On ne peut donc attribuer que conjecturalement à Fan 655 environ avant notre ère, la construction du palais d'Assurbanipal.

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On se croirait transporté en pleine Assyrie, sous les lambris des palais ninivites, sculptés et enrichis de dorures et de peintures multicolores, quand on parcourt, au Musée Britannique, ces galeries sans fin,

D*aprè8 un bas-relief de Koyoundjik.

OÙ sont juxtaposées bout à bout les bas-reliefs recueillis sous le monticule de Koyoundjik. Les sculptures du règne d'Âssurbanipal ne sont pas recouvertes, comme celles du temps de Sargon ou des époques antérieures, de longues inscriptions qui dégradent souvent les détails et le modelé des figures; Fart s'est dégagé de Fépigraphie, et il est libre comme Fart grec qui, originairement, procède de Fart assyrien sous plus d'un rapport. Assurbanipal a raconté ses exploits presque exclusivement sur des prismes ou barillets octogonaux enfouis dans les fondations de son palais; sur les parois des murs, à côté des scènes figurées, on ne rencontre que quelques lignes qui forment la légende explicative du sujet qui se déroule en tableaux historiés sous les yeux. Ici, par exemple, est un combat acharné, et des fuyards, craignant la mort, s'enfoncent dans une forêt; la légende nous dit : «Teumman, roi d'Élam, voit dans un combat terrible la défaite de son armée. Il s'enfuit pour sauver sa vie et il s'échappe... Tammaritu, son fils atné. prend ses mains, et pour sauver sa vie ils se sauvent à travers les bois*. . » Plus loin, au-dessus d'un officier monté sur un chariot et portant comme trophée une tète humaine : « Ceci est la tête de Teumman, roi du pays d'Elam; elle a été coupée pendant la bataille, en présence de mon armée; je Fai envoyée comme un heureux présage au peuple d'Assur. » Au-dessus d'un blessé qui se traîne péniblement sur le sol : a C'est Urtaku, le beau-frère de Teumman, blessé par une flèche ; il méprise la vie, et, pour mettre fin à ses jours, il s'adresse ainsi aux Assyriens : Je me rends à merci; coupezmoi la lêle et envoyez-la au roi, votre maître, qui la recevra comme un augure favorable. » Un personnage en saisit un autre par les cheveux et le menace du glaive : Finscription nous apprend que le vaincu est Ituni, un des généraux de Teumman. Plus loin nous assistons à un épisode moins barbare : c'est une cérémonie d'hommage rendu à un souverain, et on lit : « C'est Ummanigas le fugitif, mon serviteur; il a accepté mon joug; et sur mes ordres^ un de mes lieutenants le fait entrer dans la ville de Madaktu, au milieu de fêtes solennelles, puis le place sur le trône de Teumman fait prisonnier. » A côté de la tête du roi, debout sur son char, et recevant les prisonniers et le butin pris à Fennemi, se trouve cette épitaphe : « Moi, Assurbanipal, roi des légions, roi du pays d'Assur, parla volonté des grands dieux et suivant le désir de leur cœur, j'ai fait apporter en ma présence les vêtements d'apparat et le manteau royal de Salummukin^ mon jeune frère ; j'ai fait amener ses femmes, ses généraux, ses soldats^ ses chars^ ses bagages, ses chevaux harnachés,

les femmes de son harem, ses esclaves mâles et femelles, grands et petits. »

Si les pillages de villes, les incendies et les massacres occupent la place prépondérante dans ces curieuses images, il arrive parfois pourtant, qu'on y rencontre des spectacles moins inhumains : des scènes d'adoration devant les simulacres des dieux, des sacrifices d'animaux, même des scènes de la vie privée comme des festins et des libations. Les chasses sont, après les batailles, ce qu'il y a de plus fréquent : jusqu'au bout, les rois d'Assyrie sont les vrais fils de Nemrod. Une des plus curieuses de pes luttes terribles où le char du monarque est attaqué par des lions, porte pour épigraphe cette inscription par trop orientale : (( Dans une de mes chasses, j'ai rencontré un lion, je l'ai pris par la crinière au-dessus des oreilles, en invoquant Assur et Istar, le souverain des combats, et je lui ai traversé les entrailles d'un coup de poignard : voilà l'œuvre de mes mains. » Une autre scène contientcequi suit pour explication : « J'ai pris un lion par la queue, et avec l'aide des dieux Adar et Nergal, mes protecteurs, je lui ai broyé la cervelle d'un coup de massue. »

Nous savons déjà qu'Assurbanipal fit copier et traduire par les savants de Ninive les textes anciens qui remontaient aux époques primitives de l'Assyrie et de la Chaldée, et que c'est l'ensemble de ces documents, en partie retrouvés de nos jours, qu'on a appelé la bibliothèque d'Assurbanipal ; nous reviendrons ailleurs sur cette singulière bibliothèque de briques qui renfermait des traités grammaticaux à l'usage des écoles, des lois et des règlements, des légendes mythologiques, des prières aux dieux, des poésies qui rappellent les Psaumes bibliques, des observations astronomiques, des recettes médicales, des incantations magiques, des listes géographiques de villes tributaires, et jusqu'à des énumérations d'animaux, de plantes et de minéraux. Un long règne et une surprenante activité permirent à Assurbanipal d'accomplir ces œuvres, plus utiles que ses victoires, et de se faire protecteur des sciences et des lettres autant que grand conquérant. Sous son impulsion et grâce aux travaux gigantesques qu'il exécuta, Ninive, la reine de l'Asie, prit un développement extraordinaire et une magnificence qui ne put être comparée qu'à celle qu'atteignit plus tard Babylone, sa rivale. C'est à cette époque qu'elle eut les dimensions gigantesques que lui donnent Diodore de Sicile et Strabon.

A cause de l'interruption de la liste des limmuj il n'est pas possible de

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connaître exactement la durée du règne d*Assurbanipal. Une tablette trouvée h Uruk, est datée de la vingtième année de son règne, c'est-à-dire de Tan 647 avant notre ère ; mais il est probable qu'il vécut beaucoup plus longtemps; peut-être même régna-t-il une trentaine d'années, soit jusqu'en 637.

Le dernier roi de Ninive, fils d'Assurbanipal, porte le nom d'Assuredil-ilane ; on a trouvé son nom inscrit sur des briques recueillies aux ruines d'un petit édifice à Kalah : « Moi, Assur-edil-ilane, roi des légions, roi du pays d'Assur; fils d'Assurbanipal, roi des légions, roi du pays d'Assur ; j'ai ordonné de mouler des briques pour la construction du temple E-Zida, de la ville de Kalah, dans le dessein de prolonger mes jours. » C'est là tout ce qu'on sait de ce prince, et ici s'arrêtent les renseignements que nous fournissent les documents cunéiformes relativement à l'histoire de Ninive et de l'immense empire dont elle fut la capitale. Que se passa-t-il donc, qui vint aussi brusquement interrompre la vie de ce grand corps, tout à l'heure encore assez vigoureux pour imposer ses lois à l'Egypte et à l'Asie-Mineure, à l'Arménie et àl'Élymalde? Seuls l'Écriture sainte et les historiens grecs nous renseignent sur la catastrophe qui suivit le règne d'Assurbanipal et qui fit pour jamais disparaître Ninive de la scène du monde. C'est à la fois de l'orient et du nord que vint cette terrible tempête.

Tandis que les armées d'Assurbanipal guerroyaient au loin à l'ouest ou au sud, il s'était formé, à l'est, un empire qui englobait toutes les tribus médiques et qui se sentit bientôt de taille à se mesurer avec le colosse assyrien. Une première fois, le roi des Mèdes, Phraorte, s'était avancé contre les Assyriens, en 632, mais il avait été vaincu par Assurbanipal qui ne put toutefois poursuivre sa marche dans Test et forcer les tribus médiques à l'obéissance. Le fils de Phraorte, Cyaxare, reprit, au moment de la mort d'Assurbanipal, les projets de son père; voyant que par suite du changement de règne, toutes les provinces de l'empire d'Assyrie se soulevaient à la fois, il s'apprêta à marcher lui-même directement sur Ninive. Aucun obstacle ne l'empêcha d'arriver jusqu'aux portes de la grande ville, devant laquelle il venait de mettre le siège, lorsque les Cimmériens, si longtemps contenus dans les régions septentrionales de l'Asie, se mirent en mouvement. Une de leurs armées avait déjà, nous l'avons vu, traversé l'Arménie, envahi l'Asie-Mineure et culbuté le royaume de Lydie. Un pareil succès avait enhardi les barbares, et toutes leurs tribus qui étaient restées campées dans les

steppes du nord de la mer Caspienne, plièrent leurs lentes et descendirent comme une avalanche aussi bien sur la Médie et la Perse que sur la Mésoptamie, l'Arménie, TAsie-Mineure et la Syrie.

Ce terrible fléau sauva Ninive pour un instant. Cyaxare qui venait de forcer le roi d'Assyrie à se renfermer dans sa capitale, fut obligé de lever le siège de Ninive pour courir à la défense de ses propres États. S'il ne put vaincre et refouler complètement les barbares, du moins réussit-il à détourner le courant de l'invasion et à le rejeter du côté du bassin du Tigre et de l'Euphrate et sur la Méditerranée. Quand on lit, dans les premiers chapitres de Jérémie, une description de ces hordes de barbares qui se ruèrent sur la Palestine comme sur la Mésopotamie, on croirait assister à une invasion des soldats de Gengis ou de Tamerlan^ dont les Gimmériens sont d'ailleurs les ancêtres : « J'amène sur vous une nation lointaine, une nation robuste, antique, dont vous ne connaissez point le langage, dont vous ne comprenez point les paroles. Son carquois est comme un sépulcre ouvert ; tous ses guerriers sont forts. Ils mangeront vos moissons, votre pain, vos fils et vos filles, vos troupeaux, vos vignes et vos figuiers; ils détruiront par le glaive les villes sur lesquelles vous vous confiez [Jérém.j v, 15-17)... Voici qu'un peuple vient du nord, une grande nation est sortie des confins de la terre. Ils portent l'arc et le bouclier, ils brisent et déchirent sans pitié; leur voix ressemble au bruissement des flots ; ils montent des chevaux armés eux-mêmes comme des guerriers {Jérém.^ vi, 22-23)... Voici qu'ils montent comme une nuée et leurs chars comme la tempête; leurs chevaux sont plus légers que les aigles. Malheur à nous I nous sommes ravagés... J'ai regardé le pays^ il est désert; j'ai regardé le ciel, il n'y a plus de lumière. J'ai vu les montagnes et elles tremblent, les collines et elles s'entrechoquent. J'ai regardé : il n'y a plus d'hommes ; les oiseaux du ciel eux-mêmes se sont envolés. J'ai regardé le Garmel, et il est désert; toutes ses villes sont détruites devant la face de Jéhovah et de «a fureur. (Jérém.^ iv, 13-26). » Hérodote raconte que les Scythes ou Gimmériens, maîtres de l'Asie antérieure, bouleversèrent tout et mirent à feu et à sang bourgs et cités'. Si les textes cunéiformes sont muets sur celte invasion, les explorateurs anglais ont pu néanmoins constater les traces matérielles qu'elle a laissées, non pas à Ninive qui ferma ses

' Au sujet de la durée de vingt-huit ans qu'FIérodote assigne à la domination des Gimmériens, et qui est de beaucoup exagérée. V. Fr. Lenormant, Lettres assyriologiqaes. Première lettre à M, de Saulcy, p. 83.

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portes et ne fut pas assiégée, mais (laDs les villes voisines. Les somptueux palais de Kalah furent ruinés, et toute la Mésopotamie fut dévas-

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Ruines de Niiiive

tée. Us ne s'arrêtèrent qu'aux portes de l'Égyple, à la prière du roi Psammétik qui acheta leur paix par des présents et les conjura de porter l'incendie ella ruine dans d'autres pays. Il est probable, d'ailleurs.

que leurs forces commebçaient déjà à être singulièrement affaiblies ; combattant sans ordre et sans discipline, ils s'étaient disséminés de toutes parts pour se livrer au pillage, de telle sorte qu'ils se trouvèrent tout à coup attaqués de vingt côtés à la fois, par des populations vaincues au premier moment plutôt par l'effroi que par le glaive. Un jour, Cyaxare, le roi des Mèdes invita à un banquet solennel le chef des Gimmériens et ses principaux officiers; puis, après les avoir enivrés, il les fit tous assassiner, et dès le lendemain, il fondit sur leur armée privée de ses chefs et qui s'était abandonnée au plus grand désordre. Ce fut la fin de la domination des Scythes qui ne pouvait être qu'éphémère «et que la plupart des historiens prolongent peut-être trop encore en lui accordant sept ou huit ans de durée (de 634 à 627).

Le roi d'Assyrie essayait de réparer les désastres causés par l'occupation des Gimmériens, lorsqu'il fut de nouveau attaqué par Cyaxare. Le roi des Mèdes revint sous les murs de Ninive, plus résolu que jamais à anéantir l'orgueilleuse cité qui avait fait peser sur l'Asie un joug si dur et si implacable. Cette fois, pour triompher plus sûrement, il fit alliance avec le roi d'Egypte et avec le Chaldéen, Nabopolassar, qui avait soulevé Babylone et s'y était proclamé roi indépendant (en 625). Assur-edililane, auquel les historiens grecs ont donné, on ne sait trop pourquoi, le nom d'Assaracus, lutta dans Ninive pendant deux années entières, avec le courage d'un désespéré ; puis quand il vit tout perdu, une inondation extraordinaire ayant fait écrouler une portion considérable des remparts, il s'enferma avec ses femmes et ses trésors dans son propre palais et s'y brûla plutôt que de tomber vivant entre les mains des vainqueurs. Les Mèdes et les Ghaldéens s'acharnèrent à détruire jusqu'à la racine la ville qui, pendant tant de siècles, s'était montrée si cruelle pour eux et leurs pères ; ils détournèrent le cours du Tigre à travers les rues, afin de l'inonder et de l'ensevelir sous des couches de sable, et ils ne se retirèrent que quand il n'y eut plus un pan de mur debout ni un homme en élat de pousser un cri de vengeance.

Get immense désastre qui changea la face de l'Asie et constitue un des plus grands événements de l'histoire du monde, n'est rappelé sur aucun monument connu. Hérodote paraît lui avoir consacré des pages qui ne nous sont pas parvenues, de sorte que la chute de Ninive n'a pas laissé la moindre trace dans les écrivains de l'antiquité classique (à part Bérose), lesquels ont confondu la prise et la ruine de Ninive avec l'abaissement momentané du premier empire assyrien en 788. Seul, le peuple

382 ASSàRIIàDDON ET ASSURBANIPÂL. RUINE DE NINIVE

hébreu, par la voix de ses prophètes, nous a transmis le souvenir de cette grande destruction, où sa foi ardente et le sentiment de ses malheurs lui montrèrent le redoutable effet des vengeances divines.

« Jéhovah est un dieu jaloux et un dieu vengeur, s'écrie le prophète Nahum ; Jéhovah fait éclater sa vengeance et le fait avec fureur.

« Jéhovah marche parmi les tempêtes et les tourbillons ; et les nuages sont la poussière de ses pieds.

« Il tance la mer et la dessèche; il fait tarir les fleuves...

« Les montagnes tremblent devant lui^ et les collines s'affaissent...

(( Qui donc subsisterait devant son indignation et résisterait à Tardeur de sa colère? Cette colère qui se répand comme l'incendie et qui brise les rochers.

tt Le destructeur vient contre toi, ô Ninive I II vient assiéger tes forteresses. Assyrien, mets des sentinelles sur le chemin^ fortifie tes reins, rassemble le plus de forces que tu pourras.

« Ce sera en vain ; car Jéhovah va punir l'insolence avec laquelle ta as traité Jacob et Israël.

a L'ennemi fera marcher ses plus vaillants hommes; ils iront à l'attaque, d'une course précipitée; ils se hâteront de monter sur la muraille et ils prépareront des machines oh ils seront à couvert.

« EnGn^ ces portes par où les peuples entraient comme des fleuves, seront ouvertes. Le temple est détruit jusqu'aux fondements. Ninive était remplie d'habitants comme une piscine remphe d'eau : ils ont pris la fuite. Elle crie : « Demeurez ; » mais personne ne détourne la tète.

« Pillez l'argent, pillez l'or; ses richesses sont infinies; sa magnificence est au-dessus de tout ce qu'on peut imaginer.

« Ninive est pillée, elle est dépouillée de tout, elle est déchirée, les cœurs sèchent d'qjBfroi, les genoux tremblent, les reins sont pénétrés de douleur, tous les visages sont noirs et défigurés.

« Où est maintenant ce repaire de lions? Où sont ces viandis de lionceaux? Où est cette caverne où se retiraient le lion, la lionne et leurs petits, sans que personne les y vint troubler?

« Je viens à toi^ dit le dieu des armées ; je mettrai le feu à tes chars de guerre et je les réduirai en fumée ; l'épée dévorera tes jeunes Uons ; je te mettrai hors d^état d'enlever la proie de dessus terre, et on n'entendra plus la voix insolente des ambassadeurs que tu envoyais.

u Malheur à la ville satiguinaire I toute pleine de mensonge et de rapines, et qui n'a jamais cessé de piller.

« On entend le claquement des fouets, le bruit sourd des roues, les piaffements des chevaux; on entend les chars de guerre qui roulent.

« Les cavaliers bondissent, les épées brillent, les hallebardes étincellent. Des foules de guerriers tombent blessés à mort; partout des monceaux de cadavres; des plaines sans fin sont couvertes de corps morts et on marche par-dessus.

« 0 roi d'Assur! tes généraux se sont endormis, tes princes ont été ensevelis dans le sommeil, ton peuple a été dispersé dans les montagnes, et il n'y a personne pour le rassembler.

« Il n'y a point de remède à ta blessure, ta plaie est mortelle ; tous ceux qui ont appris ce qui t'est arrivé ont applaudi à tes maux, car sur qui n'as-tu pas exercé ta cruauté? »

La malédiction des prophètes s'accomplit à la lettre. Deux siècles seulement après celte terrible catastrophe, Xénophon, qui traversa ces lieux à la tête des Dix Mille, ne prononce même pas le nom de Niniva, non plus que les historiens d'Alexandre. Une colonie du nom de Ninus fut établie par les Romains sur ses décombres ; les Sassanides la détruisirent. A dater de ce moment, le souvenir de Ninive fut entièrement oublié sur les lieux mêmes oh elle avait existé. La ville qui se bâtit, au moyen âge, sur la rive droite du Tigre, en face de l'emplacement de la cité royale de Sennachérib et d'Assrubanipal, reçut des Arabes le nom de Mossoul. C'est de nos jours seulement que la capitale de l'Assyrie devait être retrouvée, toute en ruines, sous le sable où elle était ensevelie depuis 2460 ans.

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