EMBELLISSEMENTS DS BABYLONE SOUS NABUGHODONOSOR
La Cité royale de Bal>ylone restituée d'après M Oppert
A. Pyramide, tombeau de Bel. — B. Grand palais — C. Petit palais. — D. Jardins suspendus. — - E. Temple des grands dieux. — F. Quai de Nabonid.
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ses sujets, comme des^vies précieuses, je me consacrai avec amour à la construction de leur ville, et je fis en sorte qu'il n'y en eut point de comparable à Babylone et à Borsippa. Dans Babylone, cette ville que je chéris comme la pupille de mes yeux, je construisis un palais qui fut l'admiralion des hommes; j'en fis le siège du gouvernement du pays. II était installé sur une plate-forme élevée qui s'étendait, dans Tintérieur de Babylone, depuis le rempart Imgur-Bel, jusqu'au canal de l'Orient ou canal du Lever du soleil, et depuis la rive de TEuphrale jusqu'au faubourg Ai-ibur-sabum. Nabopolassar^ roi de Babylone, le père qui m'a engendré, avait construit ce palais en briques et y avait habité; mais les fondations s'étaient affaissées par suite d'une inondation, et le massif de briques n'était devenu qu'un immense monticule... J'ai déblayé cet amas de matériaux, recherché le cylindre [temen] de fondation, et atteint le fond des eaux. J'ai élevé contre les eaux une digue en bitume et en briques, comme une montagne; j'ai recouvert les salles d'énormes poutres de cèdre; j'ai construit des portes en cèdre recouvert de bronze... dans l'intérieur, j'ai répandu à profusion, l'argent, l'or, les briques vernissées, et des trésors immenses... » Du côté où le palais confinait aux deux enceintes de la ville, Imgur-Bel et Nivitti- Bel, il y eut un magnifique pavillon avec des portes en bois de cèdre et de lentisque, revêtues de lamelles d'or, d'argent et de bronze, surmonté de créneaux en albâtre, et flanqué de bastions capables de résister à toute attaque du dehors.
Dans la vaste enceinte du palais et sur le bord même du fleuve, Nabuchodonosor fit élever et planter, comme une montagne artificielle, les fameux jardins suspendus qui rappelaient, suivant le récit de Bérose et de Quinte-Curce, à la reine Amytis, Mède d'origine, les pittoresques aspects de son pays. C'étaient une succession de terrasses étagées les unes au-dessus des autres; un soubassement énorme portait le tout, et de vastes galeries voûtées étaient ménagées sous chacune des terrasses plantées des arbres et des fleurs les plus rares, dont on entretenait la végétation, sous le soleil tropical de la Babylonie, par un incessant arrosage pratiqué à l'aide des machines que décrit Strabon; le site de cette construction qui excita l'admiration enthousiaste de tous les voyageurs de l'antiquité, a été reconnu par M. Oppert dans le tumulus d'Amram : c'est la ruine la plus méridionale parmi les groupes de la cité royale; sa hauteur est encore aujourd'hui d'à peu près trente mètres, et elle en a cinq cents environ de côtés.
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Dans la cité royale se trouvait encore Tédifice que les inscriptions désignent comme le plus ancien sanctuaire de la ville, et dont la construction primitive remontait à Hammurabi : c'est la pyramide à degrés appelée le E-Sagil, temple du dieu Marduk. « Je pris à cœur, dit Nabuchodonosor, de restaurer le E-Sagil, et j'y consacrai tous mes soins. Je fis amener les plus grands des cèdres de la montagne du Liban; le sanctuaire E-Kua, là où demeure le dieu, fut couvert de poutres de cèdre et eut un revêtement d'or et d'argent... » Nous n'insisterons pas sur les détails archilectoniques que renferme la grande inscription de la Compagnie des Indes au sujet de toutes ces constructions, parce que le sens précis des termes techniques nous échappe encore en partie, et nous échappera probablement longtemps : ne rencontronsnous pas parfois des difficultés du même genre même en grec ou en latin?
La construction des murailles avait eu pour résultat de réunir à la ville de Babylone proprement dite, dans une même enceinte, la première Babel, antérieure même à Nemrod, la ville qui avait vu la confusion des langues et à laquelle le souvenir s'en attachait : Borsippa, située h quelque distance sur la rive occidentale de TEuphrate et qui, jusqu'alors, avait possédé une existence séparée. C'est là que Nabuchodonosor restaura la Tour de Babel, convertie depuis un temps immémorial en un monceau de décombres, et le grand temple de Bel, appelé par les Babyloniens E-Zida, dont la fondation remontait à Hammurabi, comme celle du E-Sagil. Hérodote, qui vit le temple de Bel tel que l'avait arrangé le grand conquérant chaldéen, le décrit en ces termes : « C'est un carré régulier qui a deux stades en tous sens (deux cent soixante-dix mètres). On voit au milieu une tour massive, qui a un stade (cent trente-cinq mètres), tant en longueur qu'en largeur; sur celte tour s'en élève une autre, et sur cette seconde, encore une autre, et ainsi de suite, de sorte que l'on en compte jusqu'à huit. » Le soubassement avait soixantequinze pieds de haut, et au-dessus, chacun des étages, vingt-cinq pieds; de sorte que le tout faisait une hauteur de deux cent cinquante pieds. Des fouilles pratiquées par M. Henry Rawlinson ont permis de constater que les sept étages, couronnés par le sanctuaire du dieu, avaient, comme ceux de la zigurat du palais assyrien de Khorsabad, des revêtements aux couleurs des sept corps sidéraux, mais disposés dans un autre ordre, c'est-à-dire, en commençant par le bas, noir (Saturne), blanc (Vénus), pourpre (Jupiter), bleu (Mercure), vermillon (Mars), argent (la Lune),
et or (le Soleil). Cet ordre, en partant du sommet, est celui des jours de
la semaine.
a Dans la tour supérieure, continue Hérodote est une chapelle; dans cette chapelle un lit bien garni, et près de ce lit une table d'or. On n'y voit point de statues, personne n'y passe la nuit, qu'une femme du pays que le dieu désigne. Les prêtres chaldéens disent aussi, mais ils ne me paraissent pas dignes de foi, que le dieu parcourt le temple et se repose sur le lit, de la même manière qu'à Thèbes, en Egypte, selon les Égyptiens. Car là aussi, une femme passe la nuit dans le temple de Jupiter- Thébain, et l'on assure que ni l'une ni l'autre de ces femmes n'a commerce avec des mortels.
« Dans ce temple, il y a une autre chapelle, en bas, où l'on voit une grande statue d'or qui représente Jupiter (Bel-Marduk) assis. Près de cette statue est encore une table d'or. On voit, hors de cette chapelle, un autel d'or, et un autre autel très grand, sur lequel on immole du bétail. Les Chaldéens brûlent aussi, sur ce grand autel, tous les ans, à la fête du dieu, mille talents pesant d'encens. »
Tous ces détails se trouvent conBrmés par le prophète Daniel, dont le livre contient encore d'intéressants renseignements sur le culte de Bel dans ce sanctuaire dont l'antique Tour de Babel, le plus vieux monument du monde, avait fourni le noyau. Suivant l'écrivain sacré, soixante-dix prêtres étaient attachés au service du temple, et tous les jours on offrait au dieu douze grandes mesures de farine du plus pur froment, quarante moutons et six grands vases de vin. Il y avait aussi dans ce temple, probablement dans le sanctuaire inférieur, un grand serpent que les Babyloniens adoraient comme l'image vivante de Bel, et que Daniel lui-même tua sous les yeux du roi.
« Borsippa, dit l'inscription de la Compagnie des Indes, est la ville de ceux qui exaltent le dieu; je l'ai ornée. Au milieu d'elle j'ai fait construire le E'ziday la maison éternelle. J'en ai complété la magnificence avec de l'or, de l'argent, d'autres métaux, des pierres, des briques vernissées, des charpentes de pin maritime et de cèdre. J'ai recouvert d'or la charpente du lieu de repos de Nabu. Les traverses de la porte des oracles ont été plaquées d'argent.
« J'ai incrusté d'ivoire les montants, le seuil et le linteau du lieu de repos. J'ai recouvert d'argent les montants en cèdre do la porte de la chambre des femmes. J'ai bâti splendidement l'entrée du lieu de repos et le portique tournant du temple en briques de différentes couleurs...
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J'ai construit le temple solidement. Pour étonner les hommes, j*ai refait et renouvelé la merveille de Borsippa, le temple des sept sphères du monde ; j'en ai élevé le faîte en briques, que j'ai revêtues de cuivre. J'ai plaqué de zones alternatives de marbre et d'autres pierres le sanctuaire du dieu... »
Dans l'inscription dite du Baril de Phillips et dans celle qui fut trouvée au milieu des ruines de la Tour, il y a aussi quelques détails de construction qui concordent avec ceux-ci, et quelques autres qui sont nouveaux : « Je n'en ai pas changé remplacement; je n'en ai pas altéré les fondations. Dans le mois du salut, au jour heureux, j'ai percé par des arcades la brique crue des massifs et la brique cuite des revêtements. J'ai ajusté les rampes circulaires; j'ai inscrit mon nom dans la frise des arcades. J'ai mis la main à reconstruire le E-Zida et à en élever le fatte, comme jadis il dut être ; je l'ai refondu et bâti, comme il dut être dans les temps lointains; j'en ai élevé le sommet. »
On sait qu'il n'existe pas une seule brique sur les ruines de la capitale de la Chaldéc, qui ne porte une inscription de plusieurs lignes estampées sur le plat qui devait être recouvert de bitume et engagé dans la maçonnerie. Sauf de rares exceptions, c'est toujours le nom de Nabuchodonosor qu'on y lit; la légende est ainsi conçue : « Je suis Nabuchodonosor, roi de Babylone, reconstructeur du E-Sagil et du E-Zida, fils atné de Nabopolassar. » C'est par miUions que se calculerait le nombre des briques portant cette formule que Ton pourrait recueillir à Babylone, et ce chiffre fabuleux d<)nne à peine une idée des constructions gigantesques que fit entreprendre le grand roi, plus fier ajuste titre de ses travaux en grande partie utiles, que de ses plus éclatantes victoires. Des inscriptions assez nombreuses, parmi lesquelles il en est deux au moins d'une étendue considérable, racontent en détail l'édification des principaux monuments de Babylone et fournissent le récit circonstancié des prières, des cérémonies religieuses et des sacrifices auxquels la dédicace de ces édifices donnait lieu.
Nabuchodonosor s'intitule u le roi de justice, le pasteur fidèle qui gouverne l'humanité et dirige les serviteurs des dieux Bel, Samas et Marduk, l'homme pieux, qui connaît la sagesse, sanctifie sa vie, ne cesse pas un instant d'adorer les dieux, le favori de Marduk qui l'appela à la royauté dès le sein de sa mère, le restaurateur du E-Sagil et du E-Zida. » Pour attirer sur lui les bénédictions célestes, il accomplit de grands sacrifices propitiatoires, immole des bœufs et des moutons, des
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oiseaux et des poissons ; il dépose sur la table d'offrande des sanctuaires, du miel, de la crème, du lait, de l'huile pure, du vin blanc; il verse du vin de différents pays, à grands flots, dans la coupe du dieu Marduk et de la déesse Zarpanil. Dès le commencemeul de son règne, il travaille sans relâche à rembellissement des sanctuaires; celui de Zarpanil fut tout tapissé d'or; la porte en Tut revêtue de lamelles d'or ; elles temples E-Sagil et E-Zida, leurs parois intérieures, leurs seuils, les portes et leurs linteaux furent si richement ornés qu'ils brillaient comme la lumière du jour. « Le E-Tcmen, la pyramide de Babylone, je l'ai bâti
Briqae de cod ucUoq deï mur de B b; one eilampée
\sbucbo do aoM r.
au milieu des pompes et des réjouissances j ar achevé la construction de Babylone la v lie sa nte du grand d eu Marduk et d Imgur-Bel, sa grande ence nte j ai élabl au seuil des grandes portes de gigantesques taureaux ailés en bronze ainsi que des dragons colossaux; j'ai creusé tout autour un fossé jusqu'au niveau des eaux, j'ai donné aux murailles de briques un revêtement en bitume... Pour fortiiîer le E-Sagil et empêcher l'ennemi, avec son armée de désordre, d'approcher de Babylone, ce dont aucun roi précédent ne s'était préoccupé, j'ai élevé comme une montagne une forteresse à l'orient de la ville et je l'ai entourée d'un fossé et d'une grande levée de terre... »
Les inscriptions cunéiformes de Nabuchodonosor nous fournissent encore de très précieux détails sur l'adminislralioa intérieure de ce
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souverain, sur les dépouilles enlevées aux populations conquises, qui lui servirent k construire tous les édifices dont s'enorgueillissait la grande cité chaldéenne. Elles énumërent les temples anciens qu'il restaura et les nouveaux qu'il éleva, non seulement à Babylone et à Borsippa, mais à Cutha et dans nombre d'autres villes de la Chaldée; car toutes avaient énormément souffert sous les derniers monarques assyriens, qui avaient châtié avec tant de rudesse leur tentative d'indépendance, et toutes se relevèrent de leurs ruines en même temps que la capitale, sous Nabuchodonosor.
Voici d'abord les renseignements que contient à ce sujet l'inscription de la Compagnie des Indes.
« J'ai bâti à Babylone, en l'honneur de la Souveraine Sublime (Zarpanit), la mère qui m'a enfanté, le Temple de la déesse de la cime des montagnesy qui est le cœur de Babylone. » Des ruines considérables de ce temple existent au lieu appelé El-Kolaïah, près de Hillah. On y a trouvé, dans les décombres, une inscription dédicatoire portant le nom de Nabuchodonosor.
« J'ai fait construire dans Babylone, en bitume et en briques, selon les règles de l'art, en l'honneur du dieu Nabu, le régent suprême qui confère le sceptre de la justice pour administrer les légions des hommes, le Temple de celui qui confère le sceptre^ son temple.
« J'ai bâti, dans Babylone, au dieu Sin, qui inspire mon jugement, le Temple de la grande lumière^ sa maison.
€ J'ai bâti dans Babylone, en bitume et en briques, en l'honneur du dieu Simas, qui inspire à mon cœur le sentiment de la justice, le Temple du juge du monde ^ son temple. » C'est cet édifice qui occupait l'emplacement où s'élève aujourd'hui, dans la ville de Hillah, la mosquée encore appelée Mosquée du Soleil.
« J'ai bâti en forme d'équerre, en bitume et en briques, à Babylone, en l'honneur du dieu Raman, qui verse l'abondance dans mon pays, le Temple du dispensateur des orages^ son temple.
« J'ai construit à Babylone, en bitume et en briques, comme un massif, en l'honneur de la Grande Déesse (Nana), qui réjouit et qui soutient mon âme, le Temple des profondeurs et le Temple des hautes montagnes^ ses temples.
« J'ai bâti, en entrant dans le mur de Babylone, en forme d'équerre, en l'honneur de la souveraine de la maison du ciel, la reine qui a pitié de moi, le temple 'Kikupan^ son temple.
' D'après un bas-relief de Nimrourl.
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« J'ai bâti à Borsippa un lemple au dieu Adar, qui brise les armes de mes ennemis.
(( J'ai bâti à Borsippa, en Thonneur de la grande déesse (Nana), qui agrée mon cantique, le Grand temple, le Temple de la vie et le Temple de Pâme vivante^ ses trois merveilles. » Ces trois temples, qui faisaient allusion au caractère lunaire de la déesse Nana et aux phases de Tastre croissant, plein et décroissant, étaient placés sur un même massif, dont les décombres forment ce qu'on appelle aujourd'hui le Tell Ibrahim-el- Khalil, auprès du Birs Nimroud.
« J'ai construit à Borsippa, en massif, le temple du dieu Raman qui fait éclater dans mon pays la foudre prophétique. »
Les renseignements de l'inscription dite du Baril de Phillips se rapportent à d'autres édifices sacrés.
« Le 8 du mois d'Ulul, je dédiai le portique du dieu Nergal et du dieu Nibhaz, des dieux du temple . . . . , à Cutha; j'accomphs l'oracle du grand dieu; j'ajoutai un nouveau portique à celui de la façade. » Cutha, située au nord de Babylone, avait été comprise, comme Borsippa, dans l'immense enceinte de la muraille extérieure. Le dieu spécial de cette ville était Nergal, et nous apprenons, dans un des renseignements mythologiques contenu dans les tablettes de la bibliothèque d'Assurbanipal, qu'il y était adoré sous la figure d'un lion.
« J'ai fondé et construit le Temple du jour à Sippara, en l'honneur de Samas et de Sin, mes seigneurs.
« J'ai fondé et construit le Temple du jour à Larsa, en l'honneur de Samas et de Sin, mes seigneurs.
« J'ai fondé et construit le temple... à Ur, en l'honneur du dieu Sin, le maître qui exalte ma royauté.
« J'ai fondé et construit le temple lAul Anu à Nipur, en l'honneur du dieu Oannès, mon maître.
« J'ai fondé et construit dans la ville de Bas, le Temple de t adoration éternelle j en l'honneur du dieu Bel-Zarbi, mon seigneur. »
A Babylone même ce prince, nous l'apprenons par ses inscriptions, acheva les quais de l'Euphrate, commencés par son père Nabopolassar et sa mère Nitocris. Non content d'orner et d'embellir « la ville de sa royauté, » comme il l'appelle dans ses monuments, et les autres cités soumises à son sceptre, il songea aussi à la fertilité de la Babylonie et à l'extension de son commerce. Il répara et remit en état le fameux canal royal ou Naharmalka, créé treize cents ans auparavant par le roi