FIN DU RÈGNE DE NA.BUCH0D0NOS0R
Tandis que ces travaux s'exécutaient, la partie de Babylone appelée Hallat ou « la cité profane, » et dont la ville actuelle de Hillah occupe remplacement, fut plus que doublée par les nombreuses colonies de captifs que le monarque conquérant y transporta de tous les pays soumis par ses armes. C'est là que furent internés les Hébreux emmenés de Jérusalem et des pays circonvoisins. Ces malheureux esclaves qui travaillaient aux embellissements de la grande ville, furent émerveillés quand ils purent en contempler les splendeurs, eux qui croyaient que rien n'était comparable à leur Jérusalem. Us demeuraient stupéfaits devant ces représentations et ces bas-reliefs que leur religion condam-
nait : « Quand le peuple^ dit Ezéchiel, vit ces hommes peints sur les murailles, ces sculptures des Chaldéens coloriées en rouge, ces guerriers ceints du baudrier autour des reins, avec une tiare de diverses couleurs sur la tète, fous semblables à des princes, tous ces Chaldéens, fils de Babylone, il s'éprit pour eux d'un violent amour '. » Nous verrons ailleurs quelle était Texistence des Juifs en captivité où ils obtinrent le privilège de la liberté dans Texercice de leur culte, car Ezéchiel put remplir au milieu d'eux, sans aucune entrave, sa mission prophétique, bien qu'il annonçât publiquement le peu de durée de la puissance chaidéenne; c'est à Babylone que fut composé, pour être chanté dans les réunions religieuses, l'admirable Super flumina Babylonis^ où les vengeances divines étaient invoquées pour châtier les oppresseurs d'Israël, et où Tespoir de rebâtir un jour Jérusalem était hautement proclamé :
c( Si je foublie, ô Jérusalem Que ma droite s'oublie elle-même !
Que ma langue s*attache à mon palais, Si je ne me souviens plus de loi, Si je ne fais pas de Jérusalem Le commencemenl de ma joie '. »
Cependant, parmi les esclaves, il y en avait dont le sprt n'était pas comparable à celui de ces masses confuses condamnées aux travaux forcés. Les meilleurs sujets, ceux qui se distinguaient par une intelligence remarquable, ou simplement même par leur beauté physique, étaient mis hors de pair et employés suivant leurs aptitudes spéciales. C'est ainsi que le roi chargea son grand eunuque Aspénas, c'est-à-dire le majordome du palais, de lui choisir, parmi les captifs juifs, des jeunes hommes issus de la famille royale de Jérusalem ou de parents de distinction, pour les attacher à sa personne : « Quelques jeunes gens en qui il n'y eut aucune tache, beaux de visage, instruits en toute sagesse, connaissant les sciences, doués d'une intelligence remarquable, et qui fussent capables de se tenir au palais du roi. » Daniel et quelques autres furent choisis; on les affubla de noms chaldéens, on leur fit faire bonne chère pour conserver les beaux traits de leur visage, et on leur apprit la langue des Chaldéens et, sans doute^ à lire l'écriture cunéiforme. Bientôt, ajoute le texte sacré, « dans toutes les
» Ézech., xxiii, 14-16.
* Ps. cxxxvu, 5-6.