‹ Histoire ancienne de l'Orient [Texto impreso]Chapitre 7 sur 98 · BASSLN DE L'EUPHRATE ET DU TIGRE · texte numérisé non relu

BASSLN DE L'EUPHRATE ET DU TIGRE

OU Ellassar qui fut la première capitale de TAssyrie, était à soixante kilomètres au sud, là où s'élève l'immense monticule de Kalah- Shergat, à peu près à égale distance des deux Zabs. Les imposantes ruines d'Arbèles avec leurs remparts de briques encore debout, sont assez loin à Test du cours du Tigre, tandis qu'à l'ouest, en plein désert on admire les restes de la citadelle d'Atra contre laquelle vinrent si souvent se briser les légions romaines. En remontant vers le nord on rencontre Tell Gemel « le monticule du chameau, » Sinjar, l'ancienne Singara, Nisibin, à la source du Habour, Mardin, dont la citadelle est maintenant occupée par un couvent de moines grecs, Harran ouCharrae, une des villes les plus vieilles du monde, célèbre dans la Bible par le séjour d'Abraham, et à l'époque chrétienne par ses écoles gnostiques, Urfa ou Roha, l'antique Edesse, et enfin sur le Tigre, la grande ville de Diarbekr ou Amida la Noire (Kara Amid), le premier entrepôt commercial et industriel de ces contrées, dont les maisons bâties de pierres noires donnent à la cité l'aspect lugubre d'une ville en deuil.

En descendant le cours de l'Euphrate, depuis la ville classique de Samosate, nous rencontrons l'ancienne Zeugma, puis Biredjik et Djerablus où l'on a récemment reconnu les ruines de la célèbre forteresse de Karkémis, le boulevard avancé des Hittites du côté de l'Assyrie. Thapsacus est représenté parles ruines de Surié, Nicephorium par celles de Rakkah. Sur un affluent du Habour, nous trouvons Ras-el-Aïn, la Resaina des Romains, Tell-Aban où il faut placer le Tul-Abnê des textes cunéiformes, puis Bit-Halupê et enfin Karkesia qui a conservé le nom de Tantique Circesium, au confluent du Habour. et de l'Euphrate. Citons encore en descendant le grand fleuve, Lebkarra, Rafla, Ana dont le nom rappelle la forme classique Anatho, Zibba où s'élevait à l'époque assyrienne l'importante cité des Suhites, et enfin les sources bitumineuses de Hit qui formaient avec Tekrit et Samara sur le Tigre la frontière indécise et longtemps contestée entre la Chaldée et l'Assyrie.

Celte frontière, dont nous avons déjà parlé plus haut, ne doit jamais être perdue de vue par quiconque veut comprendre la portée politique de l'antagonisme qui n'a cessé d'exister entre les deux empires qui ont fleuri en Mésopotamie. S'il y a, comme nous le verrons, une distinction profonde entre les Chaldéens et les Assyriens, au point de vue des mœurs, des institutions, des traditions, de la race môme, une différence non moins sensible et qui n'a pas été sans influence sur la première, se constate dans la nature et le climat des deux pays. A partir de Hit

el de Samara, le voyageur qui descend le cours des deux fleuves dit adieu à une plaine légèrement ondulée pour entrer dans des terrains absolument plats qui s'étendent indéfiniment jusqu^aux grèves du golfe Persique*. La Chaldée est plus riche encore que l'Assyrie en tells artificiels qui n'attendent que la pioche du fouilleur pour livrer les trésors que récèlent leurs entrailles. Bagdad est bâtie avec les débris arrachés par les Arabes aux ruines classiques d'Opis, de Sumere qui a conservé le nom du peuple de Sumer, de Séleucie, la grande ville des rois Arsac[des, et de Ctésiphon la capitale des Sassanides ; toutes ces villes elles-mêmes, dont plusieurs eurent des centaines de milliers d'habitants, ne se sont édifiées qu'avec les matériaux enlevés aux décombres de Babylone. Dans ce bas-fond marécageux qui va depuis Hillah jusqu'à Kuma, ce ne sont qu'amoncellements de débris antiques à peine dissimulés par un léger voile de terré sablonneuse, et au milieu desquels se dressent, de temps en temps, les huttes en roseaux des Arabes Montéfiks. Les deux Sippara, celle du dieu Samas et celle de la déesse Anunit, que la Bible désigne avec la forme du duel Sepharmim^ sont identifiées aux ruines voisines de Abou-Habbou et de Salabié; à côté de Nazarié on a reconnu celle d'Agadé qui a conservé le nom du peuple d'Accad; àHouria, à Yagaré, àDivanié, àLamlun, àTell-Ede,àHammam sont des tumulus non encore explorés ; on connaît maintenant l'emplacement certain de Nipur (à Niffer), d'Uruk (à Warka) , de Eridu (à Abou-Sai'ein), de Larsa (à Senkereh), de Ur, la patrie d'Abraham (à Mughéir), mais on ignore encore le site de villes du nord de la Chaldée comme Nisin el Kulunu, la Kalanné de la Bible. A Kut-el-Amara, l'Apamée classique, à Haï, sur le canal de ce nom, à Jardarié, à Hamza, à Asforié s'élevaient des cités importantes dont on cherche aussi les noms ; c'est à Tell-Loh, à quelque dislance à l'est du cours du Schat-olllaï, que M. de Sarzec a découvert l'importante collection de monu-

* G. Rawlinson. r/t« /Ire greal monarchies, t. I, p. 4. M. G, Perrot fait néanmoins à l'occasion de celle délimitation de frontières, une remarque fort judicieuse : a Nous donnons, dit-il, à ces expressions Assyrie et Chaldée, un sens précis qu'elles n'ont jamais eu dans l'antiquité. Pour Hérodote, la Babylonie n'est qu'un simple district de TAssyrie; de son temps les deux Etats, compris dans J'Empire perse, n'avaient plus d'existence distincte. Pline appelle Assyrie la Mésopotamie tout entière. Strabon étend l'Assyrie vers l'ouest jusqu'à la Syrie. Peu nous importent ces variations ; la nomenclature historique et géographique des anciens n'a jamais été bien fixée; elle a toujours gardé quelque chose de vague et de flottant, surtout pour ces contrées qu'un Hérodote et qu'un Diodore, qu'un Pline et qu'un Tacite apercevaient ^ l'extrême limite de leur horizon. » G. Perrot et Chipiez, Uist, de Vart dans f Antiquité, t. If, p. 0.

BASSIN DE L'EUPHRATE ET DU TIGRE il

ments archaïques qui portent son nom au musée du Louvre, et qui eut révélé l'emplacement de Sirtella et do Girsu. Les marais qui avoisinent Kurna et Abou-Sarein marquent l'endroit où le Tigre et l'Euphrate se jetaient jadis dans la mer sans marier leurs eaux ; eufiu^ dès l'époque assyrienne, il s'élevait dans l'Océan désigné sous le nom de Nâru-Marratu des lies nombreuses dont ta plus importante était Tilmun, aujourd'hui reliée à la terre Terme.

La plupart des villes chaldéennes eurent des dynasties royales et une existence indépendante à une époque où Babylone n'avait pas encore absorbé l'autonomie de ces cités qui formaient les pays de Sumer et

BuiDei d'UruL ou Erech(WBrkn) '.

d'Acrad. Sumer, plus rapproché de la mer, comprenait deux districts principaux, Meluha et Magan, subdivisés eux-mêmes en une foule de petits cantons dont les inscriptions nous apprendront les noms; dans Accad qui comprenait le nord de la Chaldée se trouvaient Babylone et sa banlieue : c'était le pays de Kar-Dunias ou « enclos du dieu Dunias » ; la limite de ce district s'étendait jusqu'à Dur-Kurigalzu au nord de Bagdad, où les rois de Babylone avaient construit une formidable forteresse qui protégeaitleur empire soit contre les Assyriens, soit contre les incursions des Cosséens, qui descendaient de temps à autre de leurs montagnes pour rançonner la Babylonie qu'ils réussirent même à opprimer pendant plus d'un siècle.

On ne peut s'aventurer à travers les ruiqes que nous venons d'énumérer sommairement, sans rencontrer à chaque pas les traces des grands travaux hydrauliques entrepris par les anciens monarques chaU déens. Pendant l'hiver on s'avance dans la plaine en longeant les berges

' D"uprès liortus, Travel» and researches inChaldiEa andSuiiana, p. 167.

de canaux qui ne contiennent qu'une légère nappe d'eaux stagnantes ; mais en été il est loisible de s'acheminer librement dans le lit de ces rigoles transformées en chemins creux; car, en cette saison, les anciens canaux de la Chaldée, comme les torrents africains, ne sont pas^ selon l'expression d'un géographe, des chemins qui marchent mais des chemins où l'on marche : c'est en suivant le lit desséché d'une des branches de l'Ëuphrate que Cyrus pénétra dans Babylone.

§ II. — SOURCES DE l'histoire DES EMPIRES DE CHALDÉE ET d' ASSYRIE. — FOUILLES ET DÉCOUVERTES*.

En dehors des Livres Saints dont l'autorité historique a reçu, des études assyriologiques, un éclatant témoignage, les sources extrinsèques de l'histoire des empires de Chaldée et d'Assyrie se réduisent à un petit

' Sources PRINCIPALES.

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