‹ Histoire ancienne de l'Orient [Texto impreso]Chapitre 71 sur 98 · FIN DU RÈGNE DE NABUCIIODONOSOR · texte numérisé non relu

FIN DU RÈGNE DE NABUCIIODONOSOR

faire en or, et qui aurait eu, suivant la tradition biblique, soixante coudées, c'est-à-dire environ trente mètres de haut. Tous les satrapes, les juges, les officiers accoururent des provinces les plus éloignées, et au jour de la dédicace on fit proclamer cet édit par un héraut d'armes : <i Peuples et tribus de toutes les langues, on vous ordonne qu'au moment où vous entendrez le son de la trompette, de la flûte, de la harpe, du hautbois et des concerts de toutes sortes d'instruments, vous vous prosterniez en terre et que vous adoriez la statue d'or que le roi Nabuchodonosor a dressée. » Daniel et trois autres Hébreux résistèrent et refusèrent de s'incliner. On les jeta dans une fournaise ardente et, témoin du miracle par lequel Dieu les avait préservés des flammes, le roi de Babylone, dit la Bible, rendit uii nouvel hommage au Dieu d'Israël. Mais son orgueil n'en subsista pas moins, et un jour que, se promenant au plus haut de la terrasse de son palais, il embrassait d'un coup d'œil l'immense ville qui s'étalait à ses pieds, avec sa tour aux sept couleurs, ses dômes dorés, ses pyramides étincelantes et ses noires murailles recouvertes de bitume, il s'écria dans l'enivrement du triomphe : « Voilà donc cette grande Babylone dont j'ai fait le siège de ma royauté, que j'ai bâtie dans l'épanouissement de ma puissance et dans l'éclat de naa gloire? » Alors une voix du ciel lui dit : « Voici ce qui t'est annoncé, ô Nabuchodonosor; ton royaume va passer en d'autres mains. On va même te chasser de la compagnie des hommes ; tu habiteras avec les bêtes de la campagne, et sept espaces de temps se passeront sur toi, jusqu'à ce que tu reconnaisses que le Très-Haut a un pouvoir absolu sur les royaumes des hommes et qu'il les donne à qui il lui plaît. »

D'après le récit biblique, ce décret fut aussitôt accompli. Nabuchodonosor, frappé probablement de cette espèce de folie à laquelle les médecins donnent aujourd'hui le nom de lycanthropie, quitta la société des hommes, et, imitant les animaux, chercha à se nourrir d'herbes comme eux; son corps, privé de soins et exposé aux intempéries, devint hideux.

Le grand roi se crut changé en bœuf; il essayait de manger de l'herbe et de marcher à quatre pattes; il poussait des rugissements comme un fauve, et, cessant d'habiter les appartements royaux, il couchait en plein air et se plaisait à rôder dans les jardins de son palais; bientôt il devint si sale et repoussant que ses cheveux ressemblaient aux plumes de l'aigle, et ses ongles, grandis et recourbés, aux griffes de l'oiseau.

D'après la tradition juive qui parait avoir singulièrement confondu

426 L'EMPIRE GIIALDÊEN

les événements de la fin de Tempire chaldéen^ un personnage, nommé Bel-labar-iskun, dont nous ignorons l'origine et dont le fils était gendre du roi, qui était lui-même, suivant d'assez grandes vraisemblances Tarchi-mage ou chef de la caste des Chaldéens, prit le pouvoir, probablement comme régent de Tempire, pendant la folie du souverain. Mais la lycantfaropie n'est pas incurable, et Nabuchodonosor, guéri de cette terrible maladie qui avait duré sept mois, ce semble*, put reprendre l'exercice du pouvoir, et le livre de Daniel ajoute qu'il s'humilia devant le Dieu des Juifs qui l'avait châtié et dont il reconnut la puissance. C'était vers la fin de son règne ; la tradition grecque conservée par Abydëne, raconte qu'éclairé soudain de l'inspiration prophétique, il prédit la ruine de Babylone :

(i Les Chaldéens, dit-il, racontent que, monté sur la terrasse de son palais, il fut tout à coup possédé d'un dieu et prononça cet oracle :

« Moi, Nabuchodonosor, je vous prophétise, ô Babyloniens, le malheur qui va fondre sur vous, et que ni Bel, l'auteur de mes jours, .ni la déesse Belit n'ont eu la puissance de persuader aux déesses du destin de détourner. Un mulet perse viendra, ayant pour auxiliaires vos propres dieux, il vous imposera la servitude. Son complice sera un Mède, dont l'Assyrie se glorifiait. Plût aux dieux qu'il eût pu, avant de trahir ses concitoyens, périr englouti dans un gouffre ou dans la mer, ou, se tournant vers d'autres voies, errer dans les déserts où il n'y a ni villes, ni sentiers foulés par le pied de3 hommes, où les bêtes fauves habitent librement, où volent les oiseaux, et, seul, être perdu dans les rochers stériles des ravins! Quant à moi, puissé-je atteindre un terme meilleur, avant que cette pensée n'entre dans mon esprit! En disant ces mots, il disparut aux yeux des hommes. »

C'est ainsi que la légende porte à l'apothéose les grands conquérants. Quand il mourut, Nabuchodonosor avait environ soixante-dix ans; il en

avait régné quarante-trois (562 av. J.-C).

* L*historien juif Josèphe qui nous paraît avoir mal inlerprété le récit de Daniel, dit < sept ans. »

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