Rohlfs, Kufra, p
8. Mais non pas toujours. Souvent ils sont étendus et touchent les pieds.
genoux ou du visage. L'aspect sous lequel certains squelettes se présentent paraît témoigner de désarticulations : le corps est plié en deux, les pieds touchent soit le front, soit la nuque ^ Ces divers traitements devaient être infligés aux morts avant qu'ils ne fussent en état de rigidité cadavérique, aussitôt après le décès : au moment même du décès, s'il faut en croire Hérodote.
En général, les corps repliés que l'on trouve dans les tombes sont couchés, les uns sur le côté droit, d'autres .sur le côté gauche, quelques-uns même sur le dos. On pourrait se demander s'ils n'étaient pas jadis assis, dans une posture que les anciens Egyptiens adoptaient volontiers et qui est encore usuelle en Orient : les jambes pliées, croisées ou non, et les talons ramenés vers le haut des cuisses. Le cadavre, perdant ensuite son équilibre, serait tombé d'un côté ou de l'autre. Mais cette hypothèse serait bien souvent réfutée par la très faible hauteur du réduit funéraire : il est certain qu'on n'a pu y déposer le mort que couché.
Parfois, au contraire, il était placé sur son séant, le torse dressé ^ : ce qu'attestent, mieux encore que la place des ossements, la forme très étroite de la tombe, case ou puits, et le passage, cité plus haut, d'Et Tidjani. Hérodote ne dit pas comment les Nasamons asseyaient leurs morts : il est loisible d'admettre que c'était selon la manière égyptienne et orientale.
Du reste, nous montrerons^ que l'essentiel du rite était le repliement du corps. Que celui-ci, transformé en paquet, fût •couché à plat ou mis en hauteur, cela avait peu d'importance.
1. Payen, B. Conslanline, VII, 1863, pi. 46 et 47. Neltiiez, ibid., IX, 1865, p. 80 et pi. IX. Tissot, Géogr.,l, p. 500, n. 1.
2. Nous n'en avons pas d'exemples certains pour la Berbérie proprement dite; 'VOIT des hypotlièses de Bourguignat, Moniim. symbol. de l'Alriérie, p. 9; de Thomas, Recherches, p. 19; de Carton, dans L'Anthropol., II, 1891, p. 7; de Petit, B. Oran, 1905, p. 288. Au Sahara : Rohifs, Kufra, p. 269; Voinot, B. Oran, 1908, p. 334, 336, 361.
La tète avait été quelquefois tournée vers l'Est ', sans doute j)()ur la raison qui fit orienter du même côté l'entrée de certaines cases et le couloir qui y conduisait ^
On n'a aucune preuve qu'avant d'être déposés dans la tombe^ ces corps repliés aient été soumis à un décharnement incomplet, qui aurait laissé subsister les ligaments des articulations, par conséquent l'intégrité du squelette. Rien n'indique non plus que des Berbères du continent africain aient transformé les cadavres en momies par des procédés de dessiccation, comme le faisaient les Guanches des îles Canaries pour certains de leurs morts.
Dans beaucoup de sépultures, les fouilleurs rencontrent des ossements humains pêle-mêle, se rapportant d'ordinaire à plusieurs individus. Souvent, il est impossible, avec ces débris, de reconstituer des squelettes complets : des os, plus ou moins nombreux, font défaut. Pourtant, en général, les crânes se retrouvent; il arrive même qu'ils soient seuls, ou presque seuls, à représenter les gens auxquels ils ont appartenu.
Ce sont surtout des dolmens qui contiennent ces ossements en désordre. Il y en a aussi dans des chouchet. Et aussi dans des caveaux de type phénicien, creusés aux iv*'-ii'' siècles, en divers lieux du littoral algérien et tunisien oîi vivait une population mixte de colons puniques et d'indigènes ^
Ce pêle-mêle, ces lacunes s'expliquent sans peine dans des sépultures qui ont été visitées et bouleversées par des fauves, par des hommes. Mais ils se constatent dans beaucoup de tombes non violées. Deux hypothèses sont alors possibles :
1° Il s'agit de restes d'anciens hôtes de la sépulture. Quand on apportait un nouveau mort dans la case, on pouvait, si l'espace était suffisant, le mettre simplement sur ses prédécesseurs, sans toucher à ceux-ci. Des superpositions de sque-
1. Thomas, Recherches, p. 21. Chabassière, R. de Constantine, XXIV, 1886-7, p. 137. Gsell, C. r. Acad. Inscr., 192r). p. 338.