CHAPITRE II ARMES ET MOBILIER
L'armement des indigènes répondait à deux besoins : la chasse €t la guerre. D'une manière générale, les moyens d'attaque et de défense furent à l'origine et restèrent les mêmes contre les animaux et contre les hommes.
Pour l'attaque, il y eut de tout temps des armes d'escrime, qu'on gardait en main, et des armes de jet, qu'on lançait, de plus ou moins loin, sur l'ennemi.
L'arme d'escrime la plus simple est le gourdin, la matraque. Les Libyens orientaux* et occidentaux^ s'en servirent évidemment dès une époque très reculée, et beaucoup de Berbères font encore de la matraque un redoutable usagée
On s'avisa sans doute de bonne heure que des gourdins largement évasés avaient plus d'efficacité pour briser les têtes : le bâton se transforma en massue. Par une autre transformation,
1. Pliae l'Ancien, VII, 200 : « Proeliura Afri contra Aegyptios primi fecere fustibus, quos vocant phalangas. »
2. Bâtons représentés sur des gravures rupestres : Flamand, Les pierres écrites, p. 34, 36. Au v« siècle avant notre ère, combats rituels, où des jeunes flUes échangent des coups de pierres el de bâtons, parfois très violemment : Hérodote, IV, 180.
3. Sous le Bas-Empire, ce fut l'arme des circoncellions, bandes de fanatiques qui terrorisaient les campagnes : voir, p. ex., saint Augustin, Psalm. contra partent Donati {Pair. Lat. de Migne, XLIII, p. 27); Lettres, LXXXVIII, 8, et CLXXXV, 15; Enarr. in psalm. X, 5; LIV, 26; Contra litter. PetiL, II, 6i, 144.
en l'appointant et en durcissant la pointe au feu, on en fit une pique, un épieu. Dès l'âge paléolithique, il y eut des piquesi faites de deux pièces : la hampe, en bois, et la pointe, une pierre taillée*, avec un pédoncule au moyen duquel on l'adap-j tait à la hampe^ Le pédoncule disparut ensuite, mais il n'esti guère douteux qu'une partie des pointes en silex rencontrées dans des stations plus récentes n'aient été fixées à des manches, en bois. Puis, au premier millénaire avant J.-C, fut adoptée la pointe en fer.
La lance, munie d'une hampe très robuste et gardée en main, resta une arme nécessaire à la chasse : c'est ainsi, par exemple, qu'on se mesurait avec le sanglier ^ A la guerre, on s'en servait peu dans les siècles qui précédèrent et qui suivirent notre ère, car les indigènes évitaient les corps à corps. Dans un mausolée qui fut élevé près de Cirta (au lieu appelé aujourd'hui le Khroub), vers le milieu du second siècle avant J.-C. \ ont été recueillis des débris de lances, deux paires, semble-t-iP. Il faut dire que l'armement déposé dans cette tombe d'un prince était, en majeure partie, d'origine étrangère. Mais un fer de lance, trouvé sous un tumulus du Maroc orientai, des stèles, pourvues d'inscriptions libyques et repré-
1. Il se peut aussi qu'on ait fait des pointes avec des cornes d'antilopes (nombreuses alors en Berbérie); conf., pour les Éthiopiens, Hérodote, VU, 69.
2. Pour ces pointes à pédoncule, qui, selon leur grandeur, ont pu être adoptées à des épieux, à des piques, à des javelots, peut-être même à des flèches, voir t. I, p. 201. M. Reygasse me parait avoir prouvé qu'elles appartiennent au paléolithicjue, non au néolithique : Rec. de Constantine, LU, 1919-1920, p. 53-3 et suiv.; LUI, 1921, p. 159 et suiv., 167 et suiv.