T. VI, 1. II,ch. m, § VI
2. Verneau, Rev. d'ethnographie, \U\, 1890, p. 243, 244, 248, 249.
3. Surtout pour les constructions en terre, apparentées aux maisons rectangulaires eu briques crues de la Mésopotamie et de l'Egypte.
poutre puisse s'encastrer. Si la salle est trop longue pour les poutres dont on dispose, on en met deux ou trois bout à bout, et des poteaux fourchus les soutiennent. Des perches inclinées s'appuient, d'une part, sur ce faîte, d'autre part, sur la crête d'un des deux murs longs, et constituent une carcasse en dos d'âne. Là-dessus, sont posés en travers des roseaux ou des lattes, qui portent un lit épais de débris végétaux, diss, alfa, palmier nain, chaume, algues, etc. Souvent, ce toit est recouvert d'une couche de terre glaise, le rendant imperméable. L'emploi de tuiles cuites semi-cylindriques^ de ces tuiles qu'on appelle, dans le Midi de la France, « tuiles romaines », est certainement dû à des influences étrangères, soit romaines, soit plus récentes, andalouses ou autres : on le constate dans quelques villes ' et dans les villages de la Grande Kabylie -.
Les terrasses^ sont constituées par des perches posées dans le sens de la largeur, par des lattes ou des rondins que ces perches soutiennent, enfin par une couche d'argile damée. Elles protègent mieux qu'un toit contre les températures excessives; si elles supportent moins bien les fortes chutes de neige et les pluies torrentielles, elles résistent piieux aux vents violents; en été, elles offrent un espace frais pour le repos du soir et le sommeil de la nuit; elles sont des observatoires et, au besoin, des postes défensifs, quand les maisons s'étagent sur des pentes, ce qui est très fréquent en Berbérie.
On trouve des terrasses, non seulement dans la plupart des villes, — dans toutes celles du Sud et dans la majorité de celles du Tell, — mais aussi dans des villages, en des pays où l'on s'attendrait plutôt à rencontrer des toits : par exemple, dans le massif montagneux de l'Aurès, sur les pentes méridionales du
1. P. ex., en Tunisie, à Tébourba, Teslour, Téboursouk (Bertholon et Chantre, /. c, p. 428); en Algérie, à Constantine, Mila, Cherchel (A. Bernard, Enquête sur Vhabilat. rurale de l'AUjérie, p. 94).
2. Où ces toits en tuiles sont très répandus aujourd'hui, mais étaient encore rares au début de la conquête française.
3. Sur ce mode de couverture, voir Bernard, l. c, p. 31 et suiv.
Djurdjura, dans l'Atlas marocain. l*ourtant ce mode de couverture des maisons convient surtout à des climats chauds et secs. Il a dû être importé d'Orient : peut-être d'Eg-ypte, pour les oasis; peut-être de Pliénicie, pour les lieux voisins du littoral. Les maisons de Carlhage étaient pourvues de terrasses'. De même, celles de la ville numide de Vaga (Béja), à la fin du if siècle avant J.-C. : ce que nous apprend un épisode de la guerre de Jugurtha, raconté par Salluste '-.
Nous ne saurions dire dans quelle mesure les Berbères d'alors avaient adopté la terrasse. Elle est assurément postérieure chez eux au toit à double pente. C'était ce toit qui, comme Salluste l'indique, coiffait les huttes oblongues en branchages, incapables d'ailleurs de porter une terrasse. Des huttes, il avait dû passer sur les habitations construites en pierre ^
Les maisons des indigènes n'ont, pour la plupart, qu'une chambre. La baie de la porte est la seule, ou presque la seule ouverture. Il n'y a pas de fenêtres; souvent, cependant, une ou plusieurs petites lucarnes sont ménagées vers le haut des murs. A l'intérieur, le sol est en terre battue. Au milieu, un trou circulaire, très peu profond, constitue le foyer, pour le chauflage et surtout pour la cuisine; trois pierres y sont disposées en triangle, de manière à porter plats et marmites. La fumée s'échappe par la porte ou par les lucarnes, quelquefois aussi par un trou qui, s'ouvrant dans le toit, fait office de cheminée. Fi'équemment, cette salle unique est divisée par une murette en deux compartiments, dont l'un sert de logement, l'autre d'écurie et d'élable pour les chevaux et les bœufs.