Plutarqae
GsELL. — Afrique du Nord. VIII. 10
ton calme qu'il va consulter les Trois-Cents. Ceux-ci^ quand il est devant eux, osent lui parler sans détours : ils ne peuvent,. ni ne veulent faire la guerre à César. Quelques-uns disent même à voix basse qu'il faut retenir les sénateurs jusqu'à l'arrivée du vainqueur; Caton, un peu sourd, n'entend pas, ou il feint de pas entendre '.
Désormais, son parti est pris, dans le secret de son cœur. Il renonce à une lutte sans espoir. Il mettra fin à ses jours, car il ne veut pas, en fuyant, prolonger lâchement une existence devenue inutile; il ne veut pas non plus de la clémence de César. Mais, avant de disparaître, il s'efforcera d'assurer la vie de qui désire vivre encore, et même le pardon de qui est disposé à se livrer au dictateur : sa générosité et aussi son orgueil le rendent indulgent pour les autres.
Les cavaliers, n'ayant pas obtenu ce qu'ils demandaient, se décidèrent à partir pour le royaume de Juba (peut-être dans la matinée du 11 avril). Caton, dès qu'il en fut informé, monta à cheval, les rejoignit et, à force de prières, obtint qu'ils restassent ce jour-là : il voulait au besoin les employer à maintenir l'ordre, si les Trois-Cents commettaient des violences contre les sénateurs, avant que ceux-ci eussent pu quitter Utique. Il les ramena donc et les plaça aux portes et dans la citadelle -.
Les Trois-Cents, craignant d'être punis de leur revirement, lui font demander, d'une manière très pressante, de venir auprès d'eux. Il s'y rend, malgré les sénateurs, qui redoutent une trahison. Ceux qui l'ont appelé le comblent d'éloges et lui annoncent que, résolus à implorer la grâce de César, ils solliciteront avant tout le dictateur en faveur de Caton. Il répond qu'ils feront bien d'envoyer sans retard une députation, afin
1. Plutarque, 63. Dion (XLIII, 10, 2) attribue à tort aux habitants d'Utique l'attitude qui fut prise par les Trois-Geuts.
2, Plutarque, 63 (fm), 64 (début).
LA FIN DE LA GL'EllKK. 143
d'obtenir la vie sauve, mais il les invite à ne l'ien demander pour lui. Sur quoi, il se retire ^
De nombreux fugitifs arrivent les uns après les autres '^ Mais Utique ne peut leur servir d'asile, car on apprend que César s'avance avec son armée ^ Gaton presse les sénateurs de partir le plus tôt qu'ils le pourront et il met des vaisseaux à leur disposition *.
Les cavaliers lui causent d'autres soucis. Ne se contentant pas du rôle de gendarmes qu'ils ont accepté pour cette journée, ils essaient de forcer le camp où une bonne partie de la population d'Utique a été parquée, auprès des remparts ^ : ils comptent se venger aisément de leur défaite sur des gens qu'ils regardent comme des ennemis. Mais cette foule, à laquelle la victoire de César donne du cœur, les repousse à coups de pierres et de bâtons ^ Furieux, ils se répandent dans la ville, où ils tuent et pillent \ Puis ils se mettent en route pour la Numidie. Au moment de leur départ, Gaton aurait obtenu d'eux, dit-on, l'aba'ndon de tout leur butin ^ Mais, selon l'auteur du Dellum Africum^, il aurait distribué à chacun cent sesterces. Fausius Sulla, qui les accompagna, emmenant sa femme, — la fille de Pompée, — et ses enfants", leur en aurait donné autant". Afranius partit aussi avec eux, à moins qu'il ne les ait rejoints un peu plus tard*^
1. Plutarque, 64. Voir aussi Appien, II, 98 (coufusioa des Trois-Cents avec les Uticains),