‹ Histoire ancienne de lÁfrique du nordChapitre 132 sur 142 · Ibid., LXXIX · texte numérisé non relu

Ibid., LXXIX

Catilina^ n'a aucun rapport avec la suite, il se présente luimême en belle posture, justifiant, ou plutôt glorifiant l'œuvre d'intelligence à laquelle il consacre ses loisirs.

Partout, nous trouvons devant nous, non pas un savant, serviteur et porte-parole de la vérité, mais un auteur, dont la haute personnalité se révèle surtout par son style : ce style, bref, âpre, nerveux, aux phrases simples et courtes, aux arêtes vives, qu'accuse la fréquence des antithèses, à l'allure saccadée, qui contraste tant avec la molle abondance de Cicéron *. Instrument que Salluste s'est fait à force de volonté et de labour, et qui n'appartient qu'à lui, malgré ses emprunts au latin archaïque et populaire, malgré l'imitation de Thucydide, C'est par sa puissance psychologique et dramatique et, plus encore, par l'originalité de son style qu'il a conquis une place éminente dans les lettres latines.

Qualités de grand artiste, qui peuvent décevoir les érudits modernes. Ne trouvant pas dans le BeUum lugurthinum les détails précis qu'ils souhaitent, ils seraient tentés de donner ce chef-d'œuvre pour une relation sèche et plate, mais exacte, soucieuse de la chronologie et de la topographie, telle, par exemple, que le journal de l'expédition d'Afrique, rédigé par un compagnon d'armes de Jules César. Ce n'est pas une raison pour bannir Salluste de l'histoire, tout en le couronnant de fleurs. Après avoir lu le Jiigurtha^ on est assurément incapable d'indiquer sur une carte les allées et venues de Métellus et de Marius, d'énumérer les bicoques qu'ils ont prises, les tribus barbares que les colonnes romaines ont razziées, et tous les menus faits qui ont formé la trame de cette guerre, ou plutôt de cette interminable guérilla. Mais quel homme fut le roi numide, comment il conduisit la résistance, à quelles difficultés les armées de Rome se heurtèrent en Afrique et comment elles y

i, L'Africain Apulée (>4po!.,XGV, 5) oppose justement \o. parsimonia de Salluste à Vopulentia de Cicéron.

firent face, cela Salluste nous l'a dit, en des termes qu'on n'oublie pas. Et c'est l'essentiel. Ne lui reprochons pas d'avoir dédaigné d'amasser des matériaux pour les mettre à notre disposition, et d'avoir préféré élever lui-même un monument impérissable.

Si nous n'avions pas cet ouvrage, nous saurions bien peu de choses sur Jugurtha. J'ai déjà mentionné les fragments de Diodore de Sicile', qui dépend de Posidonius^ Tite-Live racontait dans les livres LXII, LXIV, LXV et LXVI de son Histoire les événements d'Afrique, de 118 à 105. De ces livres, il ne reste, on le sait, que d'indigents sommaires. A des abrégés, aujourd'hui perdus, se rattachent Eutrope^, qui ne nous apporte presque rien, et Paul Orose*. Par celui-ci^, on peut constater que Tite-Live, — qui n'aimait pas Salluste*^, — n'a pas suivi servilement le Belluyii lugurthinum^ bien qu'il soit difficile de supposer qu'il fciit entièrement laissé de côté. Orose mentionne une ville de Calama, dont il n'est pas question dans Salluste ^ D'une bataille livrée à Marins par Jugurtha et Bocchus, il fait un récit qui diffère beaucoup de celui de

1. L. XXXIV-V, 31; 35; 38; 39. Fragm. hist. Graec, édit. Mûller, II, p. XXII,

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