‹ Histoire ancienne des peuples de l'Orient classiqueChapitre 103 sur 374 · LES DEUX PREMIERES DYNASTIES THINITES · texte numérisé non relu

LES DEUX PREMIERES DYNASTIES THINITES

mêmes places; elles ajoutent certains Pharaons ou les suppriment sans raison appréciable pour nous. Où Manéthon inscrit Kenkénés et Ouénéphés, les tables du temps de Séti I" préfèrent Ati et Ata ; il compte neuf princes à la 11' dynastie, quand elles n'en veulent enregistrer que cinq1.

I<es monuments nous apprennent en effet que l'Egypte avait obéi jadis à des maîtres que ses annalistes ne savaient plus comment classer : par exemple, ils associent à Sondi un Pirsenou que les chroniques ont négligé de recueillir. Il faut donc prendre tout ce début de l'histoire pour ce qu'il est, pour un système inventé longtemps après coup, au moyen de combinaisons et d'artifices variés, qu'on doit accepter en partie, faute de rien avoir à lui substituer, mais sans lui accorder cette confiance excessive dont on l'a honoré jusqu'à présent.

• 1 j «Il • ■ STELE EX rORIK DE MUTE lit: TOXHAi: DE SKI M*.

Les deux dynasties Thini-

tes, cette lignée directe du fabuleux Mènes, n'offraient comme lui pour histoire

qu'un tissu de contes romanesques et de légendes miraculeuses. Une grue

1. L'impossibilité de ramener les uns aux autres h>s iibbs lien listes grecques et pharaoniques u été admise par la plupart des savants qui se sont occupes du ces matières, Mariette (la Noueetle Table d'Abydoi, p. '.i sqq.j, R. de Rougé (Hecherehet «ur la monuments, p. 18 sqq .), Mehleiii [Hri-hrrrhn sur la Chronologie Égyptienne, p. lî sqq.), Wlrdeminn (.-Egypliurlie Getehichle, p. Uîi-1i>:(, ifji;- IB7, etc.); la plupart d'entre eu\ cipliquenl le- différences en supposant que, dans bien des eas, l'une des lisle» > conservé le cartouche-nom, l'autre le cartouche-prénom d'un même roi.

t. Ùemin de Boudier daprn une photographie d'Emile Urugich-Bey, gui reproduit la ttèle fOS7 du Mutée de GiUh (JUspeec-, Guide du Vilileur au IHuiée de Bouiag, p. 31-34, 413).

à deux têtes, apparue dans la première année de Téti, fils de Menés, avait présagé une longue prospérité à l'Egypte1, mais sous Ouénéphès une famine*, sous Sémempsès une peste terrible, avaient dépeuplé le pays3 : les lois s'étaient relâchées, de grands crimes avaient été commis, des révoltes avaient éclaté. Un gouffre s'était ouvert près de Bubaste, pendant le règne de Boêthos, et avait englouti beaucoup de gens4, puis le Nil avait roulé du miel quinze jours durant au temps de Népherchérès5, et Sésôchris passait pour avoir eu la taille d'un géant8. Quelques détails sur les constructions royales se mêlaient à ces prodiges : Téti avait jeté les fondations du grand palais de Memphis7, et Ouénéphès avait bâti les pyramides de Ko-komè, près de Saqqarah8. Plusieurs des vieux Pharaons avaient publié des livres de théologie ou rédigé des traités d'anatomie et de médecine9; plusieurs avaient rendu des lois qui duraient encore vers le commencement de l'ère chrétienne. L'un d'eux s'appelait Kakôou, le mâle des mâles ou le taureau des taureaux. On expliquait son nom en racontant qu'il s'était fort occupé des animaux sacrés; il avait proclamé dieux l'Hâpis de Memphis, le Mnévis d'Héliopolis et le bouc de Mendès10. Après lui, Binôthris avait conféré le droit de succession à toutes les femmes de sang royal11. L'avènement de la IIIe dynastie, Memphite à ce que dit Manéthon, ne changea rien d'abord au cours miraculeux de cette histoire. Les Libyens s'étaient révoltés contre Néchérophès, et les deux armées campaient en présence : une nuit le disque de la lune s'élargit démesurément, au grand effroi des rebelles, qui reconnurent dans ce phénomène un signe de la colère céleste et se soumirent sans combat1'. Le successeur de Néchérophès, Tosorthros, perfectionna les hiéroglyphes et la taille des blocs de pierre : il composa comme Téti des livres de médecine, qui le firent identifier avec le

1. A pion, fragm. 11, dans MCller-Didot, Fragmenta Historicorum Grsecorttm, t. III, p. 514. Élîen {llist. Aiiim., XI, 40), qui nous a transrais ce fragment, nomme le fils de Menés, Oinis, xa-à tov (HviSa, que Bunsen corrige en xax"ATcoôiSa [<€gyptens Sleile, t. II, p. 46, note 15), sans raison.

2. Manéthon, dans Mi'ller-Didot, Fragmenta Historicorum Grsecorum, t. 11, p. 539-540.

3. Manéthon, dans Mî'ller-Diuot, Fragmenta Historicorum Grsecorum, t. II, p. 539-540.

4. Manéthon, dans MCîller-Didot, Fragmenta Historicorum Grsecorum, t. II, p. 542-543.

5. Manéthon, dans MCller-Didot, Fragmenta Historicorum Grsecorum , t. Il, p. 542-543. Jean d'An tioche, on ne sait d'après qui, plaçait ce miracle sous Binôthris (MCller-Didot, op. /., t. IV, p. 539).

G. Manéthon, dans MCller-Didot, Fragmenta Historicorum Grsecorum, t. II, p. 542-543.

7. Manéthon, dans MCller-Didot, Fragmenta Historicorum Grsecorum, t. II, p. 539-540.

8. Manéthon, dans Mî'ller-Didot, Fragmenta Historicorum Grsecorum, t. II, p. 539-540.

9. Téti avait écrit des livres d'anatomie (Manéthon, dans MCller-Didot, Fragmenta Historicorum Grsecorum, t. II, p. 539-540), et une recette pour faire croître les cheveux était attribuée à sa mère, la reine Shishit {Papyrus Ebers, pi. LXV1, 1. 5). Tosorthros, de la III" dynastie, passait également pour avoir composé un traité de médecine (Manéthon, dans MCller-Didot, op. /., t. II, p. 544).

10. Manéthon, dans MCller-Didot, Fragmenta Historicorum Grsecorum, t. II, p. 5i2-543; cf. Krali.. Die Composition und Schicksale des Manethonischen Geschichtswerkes, p. 4.

11. Manéthon, dans MCller-Didot, Fragmenta Historicorum Grsecorum, t. II, p. 542-543.

12. Manéthon, dans MCller-Didot, Fragmenta Historicorum Grsecorum, t. II, p. 544-545.

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