‹ Histoire ancienne des peuples de l'Orient classiqueChapitre 106 sur 374 · LA STÈLE DE LA FAMINE · texte numérisé non relu

LA STÈLE DE LA FAMINE

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désastre souffert par l'Egypte. Zosiri se rendit au temple de la cité, offrit les sacrifices réglementaires; le dieu se dressa, ouvrit les yeux, palpita, s'écria à haute voix : « Je suis Khnoumou qui t'a créé! <• lui promit le retour prochain des hautes eaux et la fin de la famine. Pharaon s'émut de la bienveillance que son père divin lui témoignait; il rendit aussitôt un décret par lequel il cédait au temple tous ses droits de suzeraineté sur les cantons du voisinage jusqu'à la distance de vingt milles. Désormais la population entière, cultivateurs ou vignerons, pécheurs et chasseurs, payerait aux prêtres la dime de ses revenus; on n'exploiterait les carrières qu'avec l'assentiment de Khnoumou et à la condition de verser une indemnité convenable dans ses caisses; enfin, les métaux et les bois précieux qui prendraient la voie d'eau afin de pénétrer en hgypte seraient soumis à des droits de péage pour le compte du temple*. Les conséquences que le clergé local prétendait déduire de ce récit romanesque furent-elles admises par les

1. betiiii de liuudier, d'apréi la photographie de Dérèria [1864} \ au premier plan, le lombcnu de Ti.

ï. C'est l'inscription recouverte par M. Wilbour, à Sehel en iBW, et publiée par BariisCH, Die llibtisehen ticbcii Jakre der llungrrmolh, et par Plkyti, Schenkinijioorkonile van PckiHe uit kel 18*' Jaar van Koniny Tasrrtaris (titrait îles Comptes rendus île ['Académie des Science- d'Amsterdam, :)■■ '.cric. i. VIII): cf. «isptitodnn» b Revue Critique, ISLii, 1. II, p. I4!l sqq. U lecture nielle du nom royal a été îndii|uéc presque aussitôt après ta trouvaille, par SleindorlT, dans la Zeittchrift, t. XXVIII, p. Hl-tli.

Ptolémées, et le dieu rentra-t-il en possession des domaines ou des redevances qu'on affirmait lui avoir appartenus? La stèle nous montre avec quelle aisance les scribes forgeaient les actes officiels dont les nécessités de la vie journalière leur révélaient le besoin ; elle nous apprend du même coup comment s'élabora cette chronique fabuleuse dont les écrivains classiques nous ont conservé les débris. Chacun des prodiges, chacun des faits que Manéthon rapporte, était extrait d'une pièce analogue à l'inscription supposée de Zosiri1. L'histoire réelle des premiers siècles échappe donc à nos recherches, et aucun document contemporain ne nous retrace les vicissitudes que l'Egypte traversa avant de se constituer en un royaume unique entre les mains d'un seul homme. Plusieurs noms avaient surnagé dans la mémoire du peuple comme ceux de princes puissants et illustres : on les avait réunis, classés, divisés en dynasties d'allure régulière, mais ce qu'ils recouvraient au juste, on l'ignorait, et les historiens en étaient réduits à recueillir des traditions apocryphes sur leur compte dans les archives sacrées. Pourtant les monuments de ces âges reculés n'ont pas dû disparaître entièrement : ils existent quelque part où nous ne songeons pas encore à porter la pioche, et le hasard des fouilles nous les rendra certainement un jour ou l'autre. Ceux que nous possédons en petit nombre ne remontent guère au delà de la IIIe dynastie : c'est l'hypogée de Shiri, prêtre de Sondi et de Pirsenou', c'est peut-être le tombeau de Khouîthotpou à Saqqarah3, c'est le grand Sphinx de Gizéh, c'est une courte inscription des rochers de l'Ouadi-Maghârah, qui nous montre Zosiri, celui-là même de qui les prêtres de Khnoumou se réclamaient à l'époque grecque, exploitant les mines de turquoises ou de cuivre du Sinaï*; c'est enfin la pyramide à degrés où ce Pharaon reposa5. Elle présente une

1. La légende du gouffre ouvert à Bubastis devait ko rattachera des donations que le roi Boêthos aurait faites au temple de cette ville, pour réparer les pertes que la déesse avait subies. à cette occasion ; celle de la peste et de la famine à quelque secours apporté par un dieu local, et dont Sémcmpsès et Ouénéphés auraient témoigné leur reconnaissance à la façon de Zosiri. La tradition des restaurations successives de Dendérah (Pi michkn, Bauurkunde der Tem pela nia g en von Dendera, pi. XVI, a-b, et p. 15, 18-19) nous rend compte des constructions attribuées à Téti I#r et à Tosorthros; enfin, les découvertes prétendues de livres sacrés, dont il a été question ailleurs (p. 224-245), montrent comment Manéthon a pu prêter à ses Pharaons la rédaction d'ouvrages de médecine ou de théologie.

2. Mariette, les Mastaba» de l'Ancien Empire, p. 92-91, et les fragments indiqués plus haut, p. 236.

3. Mariette, les Mastabas de l'Ancien Empire, p. 68-70. Mariette reporte la construction du tombeau de Khàbiousokari à la Ire dynastie (p. 73); je ne pense pas qu'on puisse la ramener au delà de la III*.

4. Ce texte, qui ne porte que le titre d'Horus du souverain, a été recueilli par Bénédite, il > a quatre ans ; c'est la plus ancienne de toutes les inscriptions historiques de l'Egypte.

5. La stèle de Séhel a permis de constater que le protocole du roi enterré dans la pyramide à degrés est identique à celui du roi Zosiri : c'est donc Zosiri qui construisit ou qui aménagea le monument pour en faire son tombeau (Bfugsch, Der Kônig Ihter, dans la Zeitschrift, t. XXVIII, p. 110-111). La pyramide à degrés de Saqqarah a été ouverte en 1819, pour le compte du général prussien de Minutoli, qui a donné le premier une description sommaire de l'intérieur, avec les plans et les dessins à l'appui {lieite zttm Tempel des Jupiter Ammon, p. 295-299, et Atlas, pi. XXVI-XXV1II).

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