L'ETIQUETTE ROYALE EST UN VÉRITABLE CULTE DIVIN
précédé du groupe t ak roi de la haute et de la Basse Egypte, qui rend dans toute -feon étendue le pouvoir accordé par les dieux au seul Pharaon; l'autre vint ensuite, accompagné des mots l£ fils du Soleil. On inscrivit, en avant ou au-dessus de ces deux noms solaires qui s'appliquaient exclusivement au corps visible et vivant du maître, les deux noms d'épervier qui appartenaient surtout à l'âme, d'abord celui du double au tombeau et ensuite celui du double encore incarné. Quatre termes paraissaient nécessaires aux Égyptiens pour définir exactement chaque Pharaon dans le temps et dans l'éternité.
Il avait fallu de longs siècles avant que l'analyse subtile de la personne royale et la gradation savante de formules qui lui correspond transformât le chef de nome, devenu par la conquête suzerain des autres chefs et roi de l'Egypte entière, en un dieu vivant ici-bas, fils tout-puissant et successeur des dieux; mais le concept divin de la royauté, une fois implanté dans les esprits, produisit rapidement toutes ses conséquences. Du moment que Pharaon est dieu sur terre, les dieux du ciel sont ses pères ou ses frères', Les déesses le reconnaissent pour fils, et, selon le cérémonial imposé par la coutume en pareil cas, consacrent l'adoption en lui présentant le sein afin de L, BEESSli ALL:llTe le roi l'allaiter, comme elles auraient fait à leur propre
enfant9. Les simples mortels ne parlent de lui qu'à mots couverts, en le désignant par quelque périphrase : Pharaon, Pîroui âoui, le Double-Palais, Proititi, la Sublime Porte*, Sa Majesté1, le Soleil des deux terres, l'Horus maître du
I. La formule leiptmlcë dieux ou ira frera le» dieux est appliquée couramment au Pharaon dans les textes de toutes les époques.
t. Destin de Houdier, d'aprèt une photographie d' Iminger. L'original se trou te au grand spéos de Silsilis. Lo roi représenté est ici Ilarmhahi de la XV1I1- dynastie; cf. Cmahpollum, Monument! de f Egypte el de la Nubie, pi. eu, n* 3, KoSELLm, MonumrnU Storici, pi. iliï, 5. Lersiis, Iteiikm., III, 1ÏI b.
3. L'explication de la scène fréquente, dans laquelle on voit une déesse d.' laille surhumaine donner le sein à un roi couronné ou casqué debout devant elle, a été fournie pour lu première fois par M.t* peso, Notei au jour le jour, g t'S, dans les Proreedinge de la Société d'Archéologie Biblique, l. XIV, (Sùl-I8i>i, p. 30R-3IÏ. On trouve chez d'autres peuples anciens cl modernes des exemples caractéristiques de ce mode d'adoption par l'allaitement réel ou fictif de la [iei ,i>nnc adoptée.
i. Le sens du mot Pharaon et son étymologic ont été découverts par t. ut. Hoiiii:, Soir, fur le mol Pharaon, dans le Bulletin Archéologique de fAlh'nrum Franeait, IKjli, p. 66-fiS; M. Lcpagc-Hcnouf en a proposé une explication dérivée de l'hébreu {the Saine o/' Pharaoh dans les pruceatinr/s de la Société d'Archéologie Biblique, I. XV, 1894-1 SUS, p. iïl-lîï). La valeurdu titre ttoulti, l'roulti, a étdélermincce, autant qu'il m'en souvient, par Chab.is, te Voyage d'un Egyptien, p. 30j,
j La locution Hoitoufmt traduite par lus mêmes auteurs tantôt Sa HajtiU, tantôt Sa Sainteté. La
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palais1, ou, moins cérén ion ieu sèment, par le pronom indéterminé On*. La
plupart de ces expressions ne vont jamais sans un souhait Vie. santé, force,
qu'on lui adresse et dont on écrit les signes initiaux derrière tous ses titres1.
Il l'accepte gracieusement et même jure volontiers par sa propre vie ou par
r de Rà\ mais il défend à ses sujets de l'imiter1; c'est
eux un péché punissable en ce monde et dans l'autre*
je d'en attester la personne du souverain, sauf les cas
où quelque magistrat leur défère le serment judiciaire1.
On l'aborde d'ailleurs comme on aborde un dieu, les yeux
bas, la tète ou l'échiné pliée, on flaire le sol devant
lui8, on se voile la face des deux mains pour la pro-
\ téger contre l'éclat de son regard, on psalmodie une
formule d'adoration dévote avant de lui soumettre une
Personne n'échappe à cette obligation; ses ministres eux-
t les grands du royaume ne peuvent délibérer avec lui
fTaires de l'État, qu'ils n'ouvrent la séance par une sorte de
ilennel en son honneur et ne lui récitent longuement l'éloge
sr.EPiBE » il.™ (je ga divinité'*. Ce n'est pas qu'on l'exalte ouvertement au-dessus
des autres dieux, mais enlin ceux-ci sont plusieurs à se partager
le ciel, tandis qu'à lui seul il domine sur toul le circuit du Soleil et tient la
terre entière, les montagnes et les plaines, renversée sous ses sandales. Sans
doute on rencontre par le monde des peuples qui ne lui obéissentpas, mais ce
; Li.liticiitioii Ju sens Sa Majesté, proposé tout d'abord par Champollion et adopté généralement après lui, o Ordonnée en dernier lieu par E. de Rougé {f.hrestomathie Égyptienne, t. Il, g 189, p. 60).
I. Km il, Mgypten und .Vgyptischcs Leben, p. 'H, où l'on trouvera réunies un certain nombre de ne» façon-, indirecte* de désigner le roi dans les actes oflicicls et dans le langage familier.
t. Celte manière indéterminée de parler du souverain, que nous avons rencontrée jusqu'à présent dan» le- seuls texte» du Nouvel Empire Thébain, a été signalée pour la première fois par Mispebo. le f,o«te des deux Frère; dans la Revue des Court Littéraire*. I. VII, p. 783, n. t.
il Coït le groupe 4 j Il onkhou, ouiai, lonbou, qu'on abrège ordinairement en français par ». «. f.
i Ainsi .tans l'inscription de Pirtnkhi Miamoun. 1. U, 65; cf. I. 11(1.
S CatiM. Hebrieo-Mgyptiaca, g III. Merdinion des Jurement; dans les Transactions ef the Svrtely o{ ttibticat Arc.hrology, t. 1, p. I77-18Ï.
v. Iian. la Confession tfégntice, le mort déclare qu'il n'a point prononcé de malédiction contre le roi [t.nrr de- Mort; eli. CXXV, édit. N.vu.l.K. t. Il, p. SlHi),
". Sur le serment judiciaire et sur ta forme qu'on lui donnait, cf. W. SpiEr-siaERc, Studien und Materialiea ium Itechtswescn des Pharaonenrckhes der Dynastien XYHI-XXI, p. 71-81.
8. C'est la traduction littérale du groupe sonou-lo, qui est employé d'ordinaire pour exprimer la prostration du fidèle devant le dieu ou le roi, le jjj-o«ri/;i^ntf des textes d'époque grecque.
!». Dessin de Fattclier-Guditt, /Tapies la gravure de Puis»: n'A vos us, Herherehes sur te» légende* royales et l'époque du règne de Schai ou Sellerai, dans la lievur Archéologique, i" série, t. II, p, 16". L'original est conservé aujourd'hui à la Bibliothèque nationale, a laquelle il avait élé donné par Prisse d'Avennes, Il est en terre vernissée, d*im travail très tin et très soigné.
10. La mode eu fut de tout temps, mais les meilleurs exemples s'en trouvent sur I du Nouvel Km pire thébain. ie renverrai surtout au début de la Strie det Minet d'or (Pi Monument» Egyptiens, pi. XXI, et Cn.it> t s, let Inscriptions des Mines d'or, p. 13 sqq .).