‹ Histoire ancienne des peuples de l'Orient classiqueChapitre 117 sur 374 · LES INSIGNES ET LES STATUES PROPHETIQUES DES ROIS · texte numérisé non relu

LES INSIGNES ET LES STATUES PROPHETIQUES DES ROIS

sont des rebelles, des partisans de SU, des Enfants de la liuine', que le châtiment atteindra tôt ou tard. En attendant que son droit fictif d'empire universel se change en réalité, il unît au costume fort simple des vieux chefs le jupon court ou long, la queue de chacal, les sandales recourbées, les insignes des dieux suprêmes, la croix de vie, le crochet, le fouet, le sceptre à lète de gerboise ou de lévrier que nous nommons mal à propos sceptre à tète decoucoupha*. Il ceint leurs diadèmes multicolores, les bonnets chargés de plumes, la couronne blanche et la couronne rouge, isolées ou emboîtées l'unedans l'autre pour former le pschent. La vipère, l'uraeus en métal ou en bois doré qui se

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redresse sur son tront, est

imprégnée d'une vie mystérieuse qui fait d'elle l'instrument des colères et l'exécutrice des desseins secrets. On prétend qu'elle vomit des flammes et détruit dans les batailles quiconque ose courir sus à son maître. Les vertus surnaturelles qu'elle communique aux couronnes les changent en fées auxquelles personne ne résiste*. Enfin Pharaon a des temples où sa statue, animée d'un

1. On trouvera, à la p. I!i!), noie t de ectle llitloirr, l'explication de pelle locution. hlotou Datallllt, qu'on traduit d'ordinaire par les Enfant» de la Hébellio».

t. Celte identification, indiquée par Chain poil ion (Dictionnaire, hiéroglyphique, n" 381, 3Hr.), est admise encore par habitude duos presque tous les ouvrages d'figxptologic. Hais ou sait par les témoignage» ancien» que le coucoupha était un oiseau, peut-être une huppe jl,n;mi*, lloropotlinïi Nilni Hierogiyphica, p. ï'U-iHI): au contraire, le sceptre des dieux est surmonté d'une tête de quadrupède au fin museau et aui longue» oreilles couchée» en arrière, de l'espèce du lévrier, du chacal ou de la gerboise (I'bissi: n'Avuiitï. Ilerherches sur les légendei royales et fur l'époque du rigne de Sr/tai ou Srhrrai, dan» la Revue Archéologique, 1" »ér., t. II. I8t;j, p. lil« suq.).

3. Detiin dm Faurher-Gudin d'aprei une photographie d'intinger; cf. Lwsus, Denlim.. III, Le tableau représente Khimhall qui amène les chefs des grenier» à Toulànkhamon, de la XVIII* dynastie.

i. La vie mystérieuse dont l'urjeus des couronnes rotule* est animée a été signalée pour la première Toi» par E. dk Hotx.P, Étude sur dieer* monuments du règne de Tovtmtt III découverts à Thébet par M. Mariette, p. I">. Sur les couronnes-fées, voir V.ispebo, Études de Mythologie et d' Archéologie Egypte

de ses doubles, trône, reçoit un culte, prophétise, remplit toutes les fonctions de la divinité, d'abord tandis qu'il vit, puis après sa mort, dès qu'il est allé rejoindre au tombeau les dieux ses ancêtres, qui ont existé avant lui et qui reposent immuables au plus profond de* leurs pyramides1.

Homme par le corps, dieu par l'àme et par les attributs, Pharaon doit à sa double nature de servir d'intermédiaire constant entre le ciel et la terre. 11 a seul qualité pour transmettre les prières de l'humanité à ses pères et à ses frères les dieux. De même que le chef de famille est dans sa famille le prêtre par excellence auprès des dieux de la famille, de même que le chef de nome est dans son nome le prêtre par excellence auprès des dieux du nome, Pharaon est le prêtre par excellence auprès des dieux de l'Egypte entière qui sont ses dieux à lui. 11 escorte leur image dans les processions solennelles, leur verse le vin et le lait mystique, récite les formules devant eux, saisit au lasso le taureau victime et l'abat selon le rite consacré par la tradition antique. Les particuliers recourent à son intercession quand ils implorent une grâce d'en haut; cependant comme tous les sacrifices ne peuvent passer réellement par ses mains, le célébrant proclame au début de chaque cérémonie que c'est le roi qui donne l'offrande — Soutni rfî hotpou — lui et nul autre, à Osiris, à Phtah, à Râ-Harmakhis pour qu'ils accordent au fidèle qui les supplie l'objet de ses vœux, et, la déclaration tenant lieu du fait, c'est bien le roi qui officie chaque fois pour son sujet. 11 entretient donc des rapports journaliers avec les dieux, et ceux-ci de leur côté ne négligent aucune occasion de correspondre avec lui. Ils lui apparaissent en songe pour lui prédire sa destinée, pour lui commander la restauration d'un monument qui menace ruine, pour lui conseiller de partir en guerre, pour lui défendre de s'aventurer dans la mêlée*. Le rêve prophétique n'est pas pourtant le

1. Cette façon de désigner les rois morts se rencontre déjà dans le Chant du Harpiste, que les Égyptiens de l'époque Ramesside attribuaient à un auteur de la XI* dynastie (Maspero, Étude* Egyptiennes, t. I, p. 178 sqq.). Le premier exemple connu d'un temple élevé par un roi égyptien à son double est d'Araenôthès III, à Solcb, en Nubie, mais je ne pense pas comme M. Ed. Meyer (Geschiehte des Altherthums, t. I, p. 268-469, et Geschiehte des alten Àgyptens, p. 451-454) ou M. Erman (JZgyp- Icn, p. 93) que ce soit là le commencement, et que cette pratique ait été essayée en Nubie avant de s'acclimater sur le sol égyptien. On connaît pour l'Ancien Empire plus d'un fonctionnaire qui s'intitule, tantôt du vivant de son maître, tantôt peu après sa mort, Prophète de Vttoru* qui vit dans le palais (Mariette, les Mastabas, p. 428, tombeau de Kaï) ou Prophète de Kliéops (ld., ibid., p. 88-89, tombeau de Tinti), Prophète de Sondi (ld., ibid, p. 94-93, tombeau de Shiri), Prophète de Kheops, de Mykérinoë, d'Uusirkaf (ld., ibid., p. 198-400, tombeau de Tapoumànkhi), ou d'autres souverains.

4. Les textes nous font connaître entre autres le rêve où Thoutmosis IV, encore prince royal, reçut de Phrâ-Harmakhis l'ordre de déblayer le grand Sphinx (Vyse, Opérations carried on al the Pyramids of Gizeh, t. III, pi. et p. Mi; Lepsiis, Denkm., III, 63), celui où Phtah défend à Mïnéphtah de prendre part à la bataille contre les peuples de la mer (E. de Rouge, Extrait d'un mémoire sur 1rs attaques, p. 9), celui par lequel Tonouatamon, roi de Napata, se décide à entreprendre la conquête de l'Egypte (Mariette, Mon. divers, pi. VU; Masprro, Essai sur la stèle du Songe dans la Revue

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