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LES PLEURS D'ISIS

année, vers le milieu de juin, Isis, en deuil d'Osiris, y laissait tomber une des larmes qu'elle versait sur son frère : le fleuve s'enflait aussitôt et des-

cendait ici-bas1. Isis n'a plus de fidèles depuis longtemps, et son nom même est inconnu aux descendants de ses adorateurs : la tradition de ses pleurs

I. Fac-similé de la carte piihliïr jmr K iin-.irKK. dF.dipu.i .■fciji/plitiru.i, lonic i ilioiiitmus II). p. 59.

1. La légende des larmes ilïsis est certainement for! ancienne Isis et Pipphlliys avaient rempli le rûle de pleureuses pendant l'embaumement puis pendant les funérailles d'Osiris, et leurs larmes avaient contribué à rappeler le dieu à la vie : or (Isiris est un Nil. Les telles des Pyramide.-, connaissent déjà la nuit du grand flot de larmes iun de la Grande Déesse ((lutin*, I. 3!ij). el cette espression se rapporle très probablement à la n«i( de ta goutte (I.epagk-IIkxoit, JVi/e btythnltigy, dans les l'roccedingt de la Société d'Archéologie biblique. I. XIII, p. !)), I.n première forme authentique de la tradition nous .1 été transmise par Paus; nias (X, «m, g 10) : 'Eoixore îè avSpà; rjxouaa <I»o!-<txo; ïft'v lij "IfriSi Aî^uitrio-jî T7]v lùpriiv, St( airilv tôv "Ooipiv Ttév8tiï \ifa\iai. Tï)vix«iT« Si liai o Ntïioî ivapaiviiv oyioiv ap/îTOi, xai iwv imjridpfa» iroÀïoiç itniv Élpr,[itva. i( ta auÇovta tiv HiTi|ibv xal apîstv tàj àpoùpaç mioûvra Boxp-jà ét;i tt(; "Ioiïo;. La date du phénomène nous est donnée par la tradition moderne qui met la nuit de la goutte en juin (Brugsch, Matériaux pour tenir à la construction du calendrier de* anciens Égyptiens, p. 11 *qq.)

22 LE m ET L'EGYPTE.

fécondants a survécu à sa mémoire. Aujourd'hui encore, chacun en Egypte, musulman ou chrétien, sait qu'une goutte divine tombe du ciel pendant la nuit du 17 au 18 juin, et produit aussitôt la crue1.

Grossi par les pluies qui s'abattent au mois de février sur la région des Grands Lacs, le Nil Blanc se précipite vers le nord, balayant devant lui les nappes croupissantes que les débordements de Tannée précédente avaient oubliées sur le sol. A gauche, le Bahr el-Ghazàl lui apporte le trop-plein du bassin mal délimité qui s'étend entre le Darfour et le Congo ; le Sobat lui verse sur la droite le tribut des rivières qui sillonnent les versants méridionaux du massif abyssin. Le premier flot passe à Khartoum dès la fin d'avril, et y relève le niveau de 30 centimètres environ, puis il chemine lentement à travers la Nubie, et vient expirer en Egypte au commencement de juin. Ses eaux, infectées dans les marais équatoriaux de débris organiques à moitié putréfiés, ne se purifient pas entièrement au cours de leur long voyage, mais conservent une teinte verte jusque dans le Delta : on dit qu'elles sont empoisonnées et causent à qui les boit des douleurs de vessie insupportables. Ce Nil vert est heureusement de courte durée : il s'écoule d'ordinaire en trois ou quatre jours et sert d'avantcoureur à la crue véritable*. La fonte des neiges et les pluies désordonnées du printemps avaient enflé subitement tous les torrents qui naissent dans le plateau central de l'Abyssinie; le Nil Bleu, qui les recueille, se rue sur la plaine avec une telle impétuosité qu'en tombant à Khartoum au milieu de mai, il refuse de se mêler au Nil Blanc, et ne perd sa couleur propre qu'à 500 kilomètres plus loin, aux environs d'Abou-Hamed. Dès lors, la hausse s'accélère de jour en jour : le fleuve, toujours renforcé par les masses qui lui arrivent coup sur coup des Grands Lacs et de l'Abyssinie, monte par saccades furieuses, et prendrait les allures d'un torrent destructeur, si les cataractes de Nubie n'étaient là pour mettre un frein à ses emportements. Elles divisent son cours en six bassins étages l'un au-dessus de l'autre, où l'eau s'emmagasine et d'où elle ne sort que tamisée en partie et comme apprivoisée3. On la signale à Syène vers le 8 juin, au Caire du 17 au 20, où l'on fête officiel-

I. Lank, Manners and Cusloms of Modem Egyptians, 4° éd., t. II, p. 24.4. La date officielle se déplace, et les modernes fixent la chute de la goutte tantôt à la nuit du 17-18, tantôt à celles du 18-11) etdu 19-40 juin, selon les années.

4. Les principaux textes arabes et occidentaux relatifs au Nil vert ont été réunis par Silvestrk i>k Sacv, Helation de l 'Egypte par Abd-Aflatif, p. 334-338, 344-340. Je dois dire que, pendant cinq ans, au mois de juin, j'ai bu les eaux vertes puisées à même dans le Nil, sans autre précaution que de les filtrer à travers une jarre poreuse, comme les eaux ordinaires : je n'en ai jamais éprouvé aucun inconvénient, non plus que les nombreuses personnes qui vivaient autour de moi.

3. Le rôle modérateur des Cataractes a été défini très judicieusement par K. w. Gottbf.rg, Des Cataracte* du AV/, p. 10-11.

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