LES ENFANTS ROYAUX, LEUR RÔLE DANS L'ÉTAT
Les enfants pullulaient dans le palais comme dans les maisons des simples particuliers : quand même il en périssait beaucoup en bas âge, on les comptait encore à la dizaine, parfois à la centaine, et plus d'un Pharaon dut être embarrassé de s'en rappeler clairement le nombre et les noms1. L'origine et la qualité de leurs mères influaient grandement sur leur condition. Sans doute le sang divin qui leur venait d'un père commun les élevait tous au-dessus du vulgaire, mais ceux d'entre eux qui se rattachaient à la lignée solaire par le côté maternel primaient les autres de beaucoup : tant que l'un de ceux-là subsistait, aucun de ses frères moins bien nés ne pouvait aspirer à la royauté'. Les princesses que le mariage ne faisait
pas reines, on les donnait L, MMË BAT LE smMi „MMï 0„E UE H0, ,rru LE ucitrin1. fort jeunes à quelque parent
bien pourvu1, ou à quelque courtisan de haut parage que Pharaon voulait honorer'; elles exerçaient des sacerdoces de déesses, Nît ou Hâthor*, et empor-
rois; cf. Haspero, la Première» Ligne» des Mémoire» de Sinouhit, p. 3, lit (Mémoire» de l'Institut Égyptien, t. Il), pour la mort d'Amoncrnhilt I". el En.ns, Thaten uiid Zeit Tulmei III, dans la Ztitêehrifî, 1873, p. 7, pour celle de Thouliitosis III.
I. C'était probablement le cas pour le Pharaon Hamsé* II, i <|ul nous coniiai»sons plus de cent cinquante curants, garçons et lilles, et qui en avait certainement d'autres encore que nous ignorons.
i. La preuve du fait nous est fournie, pour la mir dynastie, par l'histoire des successeurs immédiats de Thouluiosis I", les l'haraons Thoulmosis 11, TI.outri.osi» III. la reine llàlshopsllou, la reine Noiitnofrlt, et la dame Isis, concubine de Thoulmosis II et mère de Thoulmosis 111.
3. Dessin de Faucher-Gudin, d'après un bas-relief du temple d'Ibiomboul : Nofrllari (cf. Ltpsits, bentm., III. 1H9 b) agile derrière llamsèa II les deux sistres à lele dlldlhor.
i. Ainsi la princesse Sllmosou à son frère SafVhllnhouihotpou (l.twus, benkm.. Il, pi. XXIV; cf. E. n Rocct, Uerherehe» tur Us monuiiienlt, p. 44), mais l'e\emplc n'esl pas entièrement certain.
5. La princesse Khamalt, fille aillée du Pli» ri Shopsiiksf, fut donnée do la sorte en mariage au
seigneur SbapsJiphtali (E, m KM ai, Hecncrche» tur Ici monument! qu'on peut attribut r au-t six première» dynastie», p. el), cl la princesse khontkaous à Snoirnouhlt, surnommé Miliî (i/I-, p. 1U3-I04).
<i. Pour n'en citer qu'un exemple entre beaucoup, la princesse Ilotpouhirlsll était prophélcsse d'llàll]orctdeMil(M.i«iMm(«.Mm(a&a<, p.UU;t. elJ. Dtltoiitf, Inscriptions hiéroglyphique», pi. I.XIV).
taient dans leur ménage des titres qu'elles transmettaient à leurs enfants avec ce qu'elles possédaient de droits à la couronne1. Les plus favorisés parmi les princes, épousant une riche héritière de fiefs, allaient s'installer sur son domaine et y plantaient souche de seigneurs féodaux. La plupart demeuraient à la cour au service de leur père d'abord, de leurs frères ensuite ou de leurs neveux : on leur confiait les fonctions les plus délicates et les mieux rétribuées de l'administration, la surveillance des travaux publics, les sacerdoces importants1, la direction des armées8. Ce ne devait pas toujours être chose aisée que de mener en paix cette multitude de parents et d'alliés, reines du présent et du passé, sœurs, concubines, oncles, frères, cousins, neveux, fils et petits-fils de rois qui emplissaient le harem et le palais. Les femmes se disputaient l'affection du maître pour elles et pour leur progéniture. Les enfants se jalousaient et n'avaient souvent de lien qu'une haine commune contre celui d'entre eux que le hasard de la naissance appelait à leur commander. Pharaon maintenait l'ordre parmi les siens, tant qu'il se sentait dans la vigueur de l'âge et de la volonté ; quand les années commençaient à s'accumuler et que l'affaiblissement de ses forces laissait présager un changement prochain de règne, les compétitions se déclaraient plus ouvertes et les intrigues se nouaient plus serrées autour de lui ou de ses héritiers directs. Il essayait bien quelquefois d'en prévenir l'éclat et les conséquences funestes en associant solennellement au pouvoir celui de ses fils qu'il avait choisi pour lui succéder : l'Egypte obéissait alors à deux maîtres, dont le plus jeune vaquait surtout aux affaires actives de la royauté, courses à travers le pays, conduite des guerres, chasses aux bêtes sauvages, administration de la justice, tandis que l'autre s'enfermait de préférence dans le rôle d'inspirateur ou de conseiller bénévole*. Encore cette précaution ne suffisait-elle pas à empêcher les malheurs. Les femmes du sérail, encouragées par leurs parents ou par leurs amis du dehors, complotaient sourdement la mort du souverain gênant \
1. Ntbtt, mariée à Khoui, transmet ses droits à sa fille Mirirfônkhnas; celle-ci aurait été la véritable héritière du trône au début de la Vh dynastie (E. de Hoige\ Recherches, p. 132, n. 1).
2. Mirabou, fils de Khéops, est c fief de tous les travaux du roi (Lepsus, Denkm., Il, 18 sqq.); Mtnou- An est grand prêtre de Thot Hermopolitain (Lepshs, Denkm., 11, 21; cf. E. de Roit.k, Hecherchet sur les monuments qu'on peut attribuer aux six premières dynasties, p. 62); Khâfkhoufoui était prophète d'Hâpi et de l'Horus qui lève le bras (E. et J. df. Korrà, Inscriptions hiéroglyphiques, pi. LX1).
3. Le prince Amoni (Amenemhàit 11), fils d'Ousirtascn Ier, commandait une armée qui faisait campagne en Ethiopie (Champolmon, Monuments de VÉgypte, t. Il, p. 42, et pi. CCCXV; Lepsms, Denkm. % II, 132).
4. Le fait est connu, depuis Lepsius (Bunsen, JEgyptens Slelle in der Weltgeschichte, t. II, p. 288 sqq.; cf. E. de Rorr.tf, Examen de l'ouvrage de M. le chevalier de Bunsen, 2e art., p. 45 sqq.) pour les quatre premiers Pharaons de la XII" dynastie. Un passage des Mémoires de Sinouhit (Maspero, les Contes populaires, 2e édit, p. 101-10-1) peint fort exactement les rapports et le rôle des deux rois,
5. Le morceau de l'inscription d'Ouni où il est question d'un procès intenté à la reine Amttsi (Ermas,