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LES FETES SOLENNELLES

Le mouvement et l'animation ne manquaient pas à certaines heures du jour, le matin surtout, dans les marchés ou au voisinage des temples et des hôtels d'administration : partout ailleurs la circulation était rare, la rue silencieuse, la cité morne et comme endormie. Elle ne s'éveillait complètement que trois ou quatre fois l'année, au temps des panégyries solennelles « du ciel et

de la terre * : alors ses maisons s'ouvraient et versaient leur population au dehors, le tumulte de la vie emplissait les places et les carrefours. C'était d'abord le jour de l'an, et, bientôt après, la fête des morts, YOuagatl. La nuit du 17 Thot, les prêtres allumaient devant les statues, dans les sanctuaires et dans les chapelles funèbres, le feu dont les dieux et les doubles devaient se servir pendant les douze mois suivants. Presque au même instant, le pays entier

ituite de Boulai/, pi. M; XxHKBo, Guide du VUileur, p. 440, 11» 1014-1013). Tous le» musées d'Kurope possèdent ries échantillons nombreux du pain dont je parle (Ch ahkilliom, Holke deicriptiie de» monument! du Mutée Egyptien, 1847, p. 87), et l'eUH qu'il produit à la longue sur les dénis ries personnes qui s'en nourrissent a été observé direetement sur le* momies dru plus hauls personnages (11 Mttlu), tel Monnet royale! de Dtir el-Bahari. dans les Mémoire» de la Mitt-inn Française, -l. I, |i. .'iXI). I. Dettin de Faiirher-Cudin. d'aprei un tableau de la tombe de K/uitmmholpou à lleiti-tlaitaii (cf. CnmpniiioK, Monument* de l'Egypte et de la Xubir, pi. IXCI.XXXI bit, i; IWklimi, Monument! eirili, pi. XI.I, fi; Lepsiis, Denktn., Il, iâli). C'est le métier <|ui avait été reconstruit eu ISSU pour l'RipatitlOD universelle, et qui est déposé aujourd'hui dans les galeries du Trocadéro.

s'illuminait d'un bout à l'autre : il n'y avait famille si pauvre qui ne plaçât devant sa porte la lampe neuve où brûlait une huile saturée de sel, et qui ne veillât jusqu'à l'aube en repas et en conversations1. Les fêtes des dieux vivants attiraient une foule considérable, et non seulement des nomes les plus proches : on y venait de fort loin, par caravanes ou sur des bateaux chargés de marchandises, car le sentiment religieux n'en excluait pas l'intérêt commercial, et le pèlerinage s'y terminait en foire. Ce n'étaient durant plusieurs jours que prières, sacrifices, processions où les fidèles, vêtus de blanc et la palme à la main, escortaient les prêtres en chantant des hymnes. « Les dieux du ciel en poussent des Ah! ah! de contentement, les habitants de la terre sont pleins d'allégresse, les Hâthors battent leur tambourin, les hautes dames agitent leurs fouets mystiques, tous ceux qui se trouvent dans la ville sont ivres de vin et couronnés de fleurs, les artisans de la cité se promènent en joie, la tête parfumée d'huiles odorantes, tous les petits jubilent en l'honneur de la déesse, du lever du soleil à son coucher*. » Les nuits étaient aussi bruyantes que les jours : on rachetait vaillamment en quelques heures de longs mois de torpeur et de vie rangée. Le dieu rentré au temple et les pèlerins partis, la routine reprenait ses droits et se traînait sans diversion que le marché de chaque semaine. Ce jour-là, de grand matin, les paysans arrivaient des campagnes environnantes en files interminables et s'installaient sur quelque place réservée à leur usage de temps immémorial. Les moutons, les oies, les chèvres, les bœufs aux larges cornes se groupaient au centre en attendant l'acheteur. Les maraîchers, les pêcheurs, les chasseurs d'oiseaux et de gazelles, les potiers, les petits artisans, s'accroupissaient sur les bas côtés et le long des maisons, et présentaient à la curiosité des pratiques leurs marchandises entassées dans des couffes en joncs ou empilées sur des guéridons bas, légumes et fruits, pains ou gâteaux cuits de la nuit, viande crue ou accommodée de façon diverse, des étoffes, des parfums, des bijoux, tout le nécessaire et tout le superflu de la vie journalière. L'occasion s'offrait favorable aux ouvriers comme aux bourgeois de s'approvisionner à meilleur compte que dans les boutiques ouvertes à demeure, et ils en profitaient selon leurs moyens.

1. La nuit du 17 Thot — qui serait pour nous la nuit du 16 au 17 — était, comme on le voit d'après la Grande Inscription de Siout (I. 36 sqq.), désignée pour la cérémonie d'Allumer le feu devant les statues des morts ou des dieux. Comme à la Fête des Lampe 8 dont parle Hérodote (II, lxu), l'office religieux était accompagné d'une illumination générale qui durait toute la nuit; elle devait avoir pour objet de faciliter aux âmes des morts la visite qu'elles étaient censées faire alors à la maison de famille.

2. DCmichen, Dernier a, pi. XXXVI11, 1. 15-19. C'est ce que l'on appelait assez crûment à Dendérak la Fêle de tlvretse. Ce que nous savons des époques plus anciennes nous autorise à généraliser cette description et à l'appliquera toutes les fêtes des villes autres que Dendérah, comme je l'ai fait ici.

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