‹ Histoire ancienne des peuples de l'Orient classiqueChapitre 153 sur 374 · L'IMPOT SIR LA TERRE ET SUR LES CULTIVATEURS · texte numérisé non relu

L'IMPOT SIR LA TERRE ET SUR LES CULTIVATEURS

sait dans les entrepôts du canton'. H semble qu'un prélèvement du dixième ne grevât pas trop lourdement l'ensemble de la récolte et que le plus misérable fellah dut être en position de se libérer sans gêne. Il n'en était rien pourtant, et les mêmes écrivains qui nous ont tracé un tableau lamentable de l'ouvrier des villes et de sa condition, nous peignent de couleurs plus sombres encore les maux qui accablaient le campagnard. « Ne te rappelles-tu pas le portrait du fermier, quand on lève la dîme des grains? Les vers ont emporté

moitié du blé, et les hippopotames ont mangé le surplus, il y a force rats aux champs, les sauterelles s'y abattent, les bestiaux dévorent, les oisillons pillent, et, si le fermier perd un moment de vue le reste qui est sur le sol, les voleurs l'achèvent8; cependant les attaches qui maintiennent le fer et la houe sont usées, et l'attelage est mort à tirer la charrue. C'est alors que le scribe débarque au port pour lever la dîme, et voilà les gardiens des portes du grenier avec des gourdins et les nègres avec des nervures de palmier qui vont criant : « Ça, le blé! » II n'y en a point, et ils jettent le cultivateur à terre tout de son long; lié, trainé au canal, ils l'y ruent la tète la première*, et sa femme est liée

1. I." inscription de Rosette nous montre l'impôt payé on blé, en toile ou en ïin (I. Il, U-J5, 28-31), même au temps ries Ptolémées, quand l'usage de la monnaie s'était répandu en P.Kjple. Voir dalla Wilcken [Die tlrittchitchtn Ostraka, dans les lahrbuch dei t'ereini von AlterlumifTeunde in Rheînland, t. I.XXXVI, p. J40-445) ries quittances d'époque romaine, où l'impôt est payé en blé et en orge.

t. Dettin de Faucher-Gudin, itaprèi un tableau de Heni-Haitan (cf. Cmàhtolliob, Monumenlr, pl.CCCXC,.l-CCCXCI,l;RosiaLm,jhVtn«mri[(iriei'ff, pi. CXXIV,*). Ce tableau et les suivants représentent un recensement dans la principauté de la Gazelle, aaus la XII' dynastie, aussi bien qu'une levée d'impût.

3. Le trait de mœurs signalé ici s'est perpétue jusqu'à non jours. Pendant toute une partie de l'année, les fellahs vont passer la nuit dans leurs champs; «'ils n'y veillaient point, les voisins n'hésiteraient pas à venir couper leurs blés avant la récolle ou arracher leurs légumes encore verts,

4. Le même genre de torture est signalé dans le décret d'Ilarmhabi (Recueil de Travaux, I, VI. p. 44, I. 46) où l'on représente les soldats indisciplinés, ■ courant do maison en maison, distribuant les coups de bâton, plongeant les fellahs dans l'eau ta tète en bas, et ne leur laissant point la peau intacte » (fisrflsci. Die Aïgyptatogie , p. 87). C'est un procédé qui était récemment encore employé en Egypte pour arracher de l'argent aux contribuables que les coups de bâton laissaient insensibles.

avec lui, ses enfants sont enchaînés; cependant les voisins le laissent et s'enfuient pour sauver leur grain1. » On serait tenté de déclarer que l'esquisse est poussée trop au noir pour être juste, si l'on ne savait d'ailleurs les façons très brutales de remplir les caisses que l'Egypte a conservées jusqu'à nos jours'. Gomme à la ville, le bâton facilitait les opérations du fisc dans les campagnes : il ouvrait tôt les greniers du riche, révélait aux pauvres des ress qu'ils ne se connaissaient pas, et ceux-là seuls ne lui cédaient point qui

vraiment n'avaient rien à donner. Les insolvables n'en étaient pas quittes pour avoir été assommés plus qu'à moitié : la prison les réclamait eux et leur famille, et ils soldaient en travaux forcés le compte qu'ils n'avaient point pavé en denrées courantes*. La perception se terminait d'ordinaire par une revision rapide du cadastre. Le scribe constatait une fois de plus les dimensions et les qualités des domaines afin de déterminer à nouveau la quotité de l'impôt dont ils seraient chargés. 11 arrivait souvent en effet qu'un caprice du ?iil ensevelissait sous une couche de gravier ou transformait en marais un terrain fertile encore l'année précédente. Les propriétaires maltraités de la sorte étaient régulièrement dégrevés d'autant ; quant aux fermiers, on ne diminuait point leurs impositions, mais on leur attribuait sur le domaine royal ou seigneurial une étendue égale à ce qu'ils avaient perdu et l'on reconstituait leur bien dans son intégrité1.

I. Papyrui Saltiern' I, pi. VI, I. î-S, Papyrm Ana'tati Y. pi. XV. I. H, XVI], 1. t; tî. Cm»«is- Chims, Sur le» Papyrut kifiatigua (f article}, p. HM!); Mist>kbo, Du Genre Kpi'Maire chez les Anrieiii Egyptien; p. 3K-1H ; Kfum. ATgypten. p. r.UO-n») ; BurcscH, Die. Mgyploloyw. p. H«.

S. Voirie tableau fidèle, malgré*on apparence romanesque, que trace d'une perception d'impôts en Crypte, il y a quarante ans. sous Abbas-Pachn, CKABLEs-Knaofin, Zéphyrin Cniavan en Egypte, p. 395 sqq.

3. Druin de Faucher-Gudin, iCaprèi un tableau du lambeau de Khitl à Beni-Uattan (cf. Caa»M- Lire.. ifanument* de l'Egypte, pi. CtCXt, i; ItOMlLWI, .Monument' cieili, pi. CXX1V, »).

t. Cela résulte du passade du Papyrus Sallirr n* /, cité plus haut, où l'on voit le contribuable lié. traîné au nettoyage de» canau*. et sa famille entière enchaînée avec lui, femmes et enfants.

S. Hêkopois, 11, tu, qui attribue l'organisation de ce régime à l'inévitable Sésoalris de la légende.

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