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LE DESERT QUI SÉPARE L'AFRIQUE DE L'ASIE

ait eu le temps de fuir, souvent même avant qu'on ait pressenti son approche, il a tout balayé, il a tout broyé sans pitié. Les Égyptiens avaient appliqué à

la contrée entière l'épilhète caractéristique de To-Shouit, la terre du Vide, la terre de l'Aridité1. Ils y distinguaient des cantons divers, le Tonou supérieur1 et

i. Dînions*, HUtaritche Inuhrifteii, t. Il, pi. IX 6; E. et J. ar. Boitt, Inscription* H Hotkei recueillie* à Edfou, pi. CXV. 7; cf. Bmrcsf.H, Ein Geographitche» Vaicum, dans la Zeittcbrift, 1865. p. Ïtt-i9, et Die Altâgyptiiche. Volkertafel, dans les Abhandluugen de* IVta Orientali*len-Coagre*ses, Afrikanitthé Sektion. p. 7!i. Ce telle, qui avait été déjà interprété par J. de Hougé (Teste* géographique* du temple d'Edfou, p. 15-16), identifie les Barbare* du pay* de Shout avec les Shaotuou, lea Bédouins du désert entre la Syrie et l'Egypte. La glose, f'« rivent de l'eau du Nil et de» ruisseaux, montre qu'on le* étendait jusqu'aux frontière* mômes de l'Egypte, l.e To-Shoult du tombeau de Khnoumhotpou {£*\*Ki\,\.\m, Monuments de l'Egypte et de ta Subie, pl.CCCLXIl; l.r.rsuis, Deukm., Il, I3B; New>eh*y, Beni-llasan, t. I. pi. XXXVIII, 1) est identique au pays de ces Barbare*: c'est, comme l'a traduit Max Mullcr (A*ien und Eurupa nach Altâgyptiiche» Denkmâlern, p. Ifi), le pay* *ec. le désert.

t. I.e Tonou supérieur est seul mentionne au Papyrus de Berlin n* /, I. 31, avec le Tonou en généra (1. 11)0, 109. IS9, olc). Cbahas (les Papyrus hiératique* de ISerlin, p. 87) plaçait ce pays au delà de l'Kilom, dans la Judée ou dans les contrées situées à l'est de la mer Morte : il crut plus lard qu'on pouvait y arriver par mer, ce qui le portait à y reconnaître la partie maritime de la Palestine {Élude* tur C Antiquité historique, f éd., p. lut), lux). M. Max Millier (Aiieii und Europa, p. 47) estime que

inférieur, Aia\ Kadouma*: ils nommaient les habitants Hirou-Shàitou, les seigneurs des Sables, Nomiou-Shâîtou, les Coureurs des Sables3, et ils les rattachaient aux Àmou, c'est-à-dire à la race que nous qualifions de Sémitique4. Le type de ces barbares rappelle, en effet, celui des Sémites, tête forte, nez aquihn, front fuyant, barbe longue, chevelure épaisse et souvent frisée5. Ils marchaient pieds nus, et les monuments les montrent ceints du jupon court, mais ils s'enveloppaient aussi de l'abaye. Ils portaient les armes ordinaires des Egyptiens, Tare, la lance, le casse-tête, le couteau, la hache de guerre, le bouclier6. Us possédaient de grands troupeaux de chèvres ou de moutons7, mais ils ne connaissaient ni le cheval, ni le chameau, non plus que leurs voisins d'Afrique. Us vivaient surtout du lait de leurs bestiaux et de la récolte de leurs dattiers. Une partie d'entre eux cultivait la terre : groupés autour des sources et des puits, ils entretenaient, à force de travail et d'industrie, des champs d'étendue médiocre mais fertiles, des vergers assez riches, des bouquets de palmiers, des figuiers, des oliviers, des vignes8. Us en tiraient malgré tout des ressources insuffisantes, et leur condition serait restée précaire s'ils n'avaient pu compléter leur approvisionnement en Egypte ou dans la Syrie méridionale. Us échangeaient sur les marchés de la frontière le miel, la laine, les gommes, la manne, un peu de charbon de bois, contre les produits des manufactures locales, surtout contre le blé ou les céréales qui leur

Tonou est une faute de scribe pour Koteuou, et se déclare comme Chabas pour la Palestine. Le Tonou me paraît être le territoire qui appartint par la suite à la tribu de Siméon, jusqu'à l'Arabah et au cours moyen de i'Ouady AHsh (les Contes populaires de VÈgypte Ancienne, 2* éd., p. 94).

t. Papyrus de Berlin n° i, I. 81, où l'on trouve la description du pays; cf. p. 471 de celte Histoire.

2. Ce nom avait été lu AdimA, Adoumâ, et assimilé à celui d'Ëdom par Chabas (les Papyrus hirratiques de Berlin, p. 40, 75), identification que tous les égyptologues avaient adoptée. MM. Ed. Meyer (Geschichte dlgyptens, p. 184, note 3) et Erman (£gypten und jEgyptisches Leben im Allertum, p. 495), suivis par M. Max Mùllcr (Asicn und Europa, p. 40-47), le lisent Kadoumâ, soit l'hébreu Kedem; M. Max MQllcr place ce pays de Kadouma-Kedem au sud-est ou à Test de la mer Morte.

3. Les Hirou-Shâilou ont été signalés pour la première fois parBirch (On a new hislorical Table t of the reign of Tholhmes lit, p. 9-10, extrait de VArctueologia, t. XXXVU1) comme étant probablement les habitants du désert. Ce sens, adopté et élargi par E. de Rougé (Recherches sur les monument*. p. 122-127) et par Chabas (Études sur V Antiquité historique, 2° édit., p. 114-119),* est admis aujourd'hui par tous les égyptologues. La variante Notniou-Shâitou ne se rencontre à ma connaissance que dans le Papyrus de Berlin n° i, 1.73, et chez Mariette, Karnah, pi. XXXVH, 1. 33 (cf. E. et J. de Kocck, Inscriptions recueillies en Egypte, pi. XXVI, I. 14), dans un texte du second Empire Thébain.

4. VInscription de Papinakhiti, dont il sera question plus loin, p. 434-435 de cette Histoire, à propos des voyages entrepris par les princes d'Éléphantine, dit que les Hirou-Shàitou étaient des Âmou.

5. Les portraits des <Monitou, dans Lepsus, Denhn., H, 39 a, 116 a, 152 a (cf. p. 351 de cette Hi*toire), donnent l'idée de ce qu'étaient les Hirou-Shàitou, avec lesquels on les confond souvent.

(i. On lit au Papyrus de Berlin n° i, 1. 127-129, 134-135 (Maspero, les Contes populaires, 4* édit., p. 108), la description d'un brave de Tonou armé en guerre (cf. p. 472 de cette Histoire).

7. Papyrus de Berlin n° i, 1. 112, 117-128, où le héros joint des chats à l'énumération de ses bestiaux, probablement des chats apprivoisés qu'on apportait d'Egypte dans les pays d'Asie.

8. Cf. la description d'AIa au Papyrus de Berlin na 1, l. 79-92 (Maspero, les Contes populaires, 2e édit., p. 104-108; cf. p. 471 de cette Histoire). Le récit qu'Ouni fait de ses campagnes* contre les Hirou- Shàitou, sous Papi 1er (1. 23 sqq.; cf. p. 419-421). confirme le tableau que Sinouhtt trace du pays, et montre que les conditions n'en avaient point changé entre les dynasties memphites et la XII* dynastie.

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