‹ Histoire ancienne des peuples de l'Orient classiqueChapitre 163 sur 374 · LA PRESQU'ILE DU SIHAI · texte numérisé non relu

LA PRESQU'ILE DU SIHAI

non seulement leurs familles, mais leurs troupeaux pouvaient trouver un abri : une enceinte ovale ou ronde en grosses pierres brutes, basse, couronnée d'un rempart épais d'arbustes épineux et de branches d'acacia entrelacées, puis des rangées de tentes ou de huttes, puis, au milieu, un espace vide pour le bétail1. Ces forteresses primitives suffisaient à tenir des nomades en respect : elles n'occupaient pas longtemps les troupes régulières. Les Égyptiens 'es enlevaient d'assaut, les bouleversaient, tranchaient les arbres fruitiers, brûlaient les récoltes, se repliaient en paix après avoir tout détruit sur leur

passage, et chacune de leurs campagnes, qui durait quelques jours à peine, assurait la tranquillité de la frontière pour quelques années3.

Au sud du Gebel et-Tih. et coupé presque entièrement de lui par un fossé d'Ouadvs, un massif triangulaire de montagnes, le Sinai, s'enfonce dans la mer Rouge comme la pointe d'une lance, et refoule les eaux à droite et à gauche, en deux golfes étroits, celui d'Akabah et celui de Suez. Le Djebel Katherîn se dresse au centre et domine la péninsule. Un chaînon sinueux s'en détache, qui aboutit au Djebel Serbal à quelque distance au nord-ouest; un autre se dirige vers le sud, et, après avoir presque atteint au Djebel Oumm- Shomer la hauteur du Djebel Katherîn, s'abaisse par degrés el plonge en mer

haute antiquité (fi. 11. I'.ilxkii, The Deterl of tht E-rodui, p. 3I)H sqq.. 3[G nqq.; Account of Ihe Surney, p. ««, 194.19:;, cl pi, IX, l) : lui Bédouins In» nomment namoût, plur. iiamiamli. maisons des moustiques, el racontent que les Enfants d'Israël les construisirent afin de se meltre à l'abri des moustique» pendant la nuit, du temps de l'Ksodc. La ressemblance de ces édilices avec le* talayôt

I. K. II. Pii.hkh, The Drtrrt of Ihr Ksodut, p. 3SO-324; Miwiao. ,Y»/c< au jour le jour, § SU, dans les Prorrediugt de la Société d'Archéologie biblique, t. XIV. ISUI-IHyi. p. 3*6-347.

*. lleitin de. Boudirr, d'aprèi [aquarelle publiée par Lbkius. Denkni., I. 7, n" t.

3. L'inscription d'Ouni (I, ii-3i) nous fournit le type immuable des campagnes égyptiennes contre tes II irou Shàltou : on pourrait l'illustrer au moyen des tableaux de Karnak qui représentent la

au Ras-Mohammed. Un système compliqué de gorges et de vallées sillonne le pays, et l'emprisonne comme d'un réseau de mailles inégales, Ouady Nasb, Ouady Kidd, Ouady Hebrân, Ouady Baba : l'Ouady Féîràn contient l'Oasis la plus fertile de la contrée. Un ruisseau qui ne tarit jamais l'arrose pendant près de trois ou quatre kilomètres : un véritable bois de palmiers en égaie les deux rives, un peu grêle, un peu clair, mais entremêlé à des acacias, à des tamaris, à quelques napécas, à des caroubiers, à des saules. Des oiseaux chantent dans les branches, des moutons vont paissant par les champs, des huttes s'espacent entre les arbres. Les vallées et les plaines, même par endroits le penchant des collines, sont semés parcimonieusement de ces herbes aromatiques et fines qui recherchent les terrains pierreux. Leur vie est une lutte perpétuelle contre le soleil : brûlées, séchéçs, mortes à ce qu'il semble, et si friables qu'elles s'émiettent sous les doigts quand on essaie de les cueillir, les pluies du printemps les raniment d'année en année et leur rendent presque à vue d'œil quelques jours de jeunesse verte et parfumée. Les sommets restent toujours nus, et nulle végétation n'adoucit la rigidité de leurs lignes ou la vivacité de leurs teintes. Le noyau de la péninsule est comme sculpté dans un bloc de granit, où le blanc, le rose, le brun, le noir dominent selon les quantités de feldspath, de quartz ou d'oxydes de fer que les roches recèlent. Vers le nord, les masses de grès qui se relient au Gebel et-Tih se nuancent de tous les rouges et de tous les gris possibles, depuis le gris lilas tendre jusqu'au pourpre sombre. Les tons, posés crûment l'un à côté de l'autre, n'ont pourtant rien de heurté, ni de blessant à l'œil : le soleil les enveloppe et les fond dans sa lumière. Comme le désert à l'Est de l'Egypte, le Sinai est battu par intervalles d'orages terribles qui dénudent ses montagnes et changent ses Ouadys en autant de torrents éphémères. Les Monîtou qui le fréquentaient à l'aube des temps historiques ne différaient pas des Maîtres des Sables1 : même type, même costume, même armement, mêmes instincts nomades, et, dans les endroits où le sol s'y prêtait, mêmes essais de culture sommaire. Us adoraient un dieu et une déesse que les Égyptiens identifièrent avec Horus et avec Hâthor ; l'un parait avoir représenté la lumière, peut-être le soleil, l'autre le ciel*. Ils avaient découvert de bonne heure, au flanc des

grande razzia dirigée par Séti Ior sur le territoire des Shaousous et de leurs congénères, entre la frontière d'Egypte et la ville d'IIébron (Champollion, Monuments de l'Egypte et de la Subie, pi. CCLXXXIX-CCC1I; Kosellini, Monument i Reali, pi. XLVI-LXI; Lepsii's, Denkm., III, 126-127).

1. Sur les Monîtou, cf. Max Mï'llkr, Asien und Europa nacli Altâgyptischcn Denlimalern, p. 17-24.

2. Ce sont les divinités inxoquées de préférence dans les proscynèmes des officiers et des mineurs égyptiens qui séjournaient au voisinage des mines de Mafkaît (Lepsiis, Denkm. % 11, 137).

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