LES MINES DE TURQUOISES ET DE CUIVRE
collines, des veines abondantes de minerais métalliques et des gisements de pierres précieuses : ils apprirent à en extraire du fer, des oxydes de cuivre et de manganèse, des turquoises qu'ils exportèrent dans le Delta. La renommée de leurs richesses répandue aux bords du Nil suscita la convoitise des Pharaons : des expéditions partirent de différents points de la vallée, s'abattirent sur la péninsule et s'établirent de vive force au milieu des cantons qui possédaient des mines1. Ceux-ci étaient situés au nord-ouest, entre le rameau occidental du Gebel et-Tîh et le golfe de Suez, dans la région des grès. L'ensemble s'en appelait Mafkait, le pays des Turquoises, ce qui valut à l'Hâthor locale l'épithète de dame du Mafkaît. Le district le plus anciennement exploré, celui auquel les Égyptiens s'attaquèrent d'abord, était séparé de la côte par une plaine étroite et par une seule rangée de hauteurs : le transport au rivage des produits de l'exploitation s'exécutait sans peine en quelques heures. Les ouvriers de Pharaon parlaient de ces parages comme de Bait, la Mine par excellence, ou de Bibît, la contrée des Grottes, à cause des galeries nombreuses que leurs prédécesseurs y avaient creusées : le nom d'Ouady Magharah, Vallée de la Caverne, par lequel on désigne le site aujourd'hui, traduit simplement en arabe le vieux terme égyptien*.
Les Monîtou n'acceptèrent point sans lutte cette usurpation de leurs droits : les Égyptiens qui vinrent travailler chez eux durent acheter leur tolérance par un tribut, ou se tenir prêts à repousser leurs assauts par la force des armes. Zosiri s'était déjà préoccupé d'assurer l'industrie des chercheurs de turquoises3; Snofroui n'est donc pas le premier des Pharaons qui soit passé par là, mais nul de ses prédécesseurs n'a laissé autant de traces que lui dans ce coin perdu de l'empire. On voit encore, au versant nord-ouest de l'Ouady Magharah, le bas-relief qu'un de ses lieutenants y grava en mémoire d'un succès remporté sur les Monîtou. Un shéîkh Bédouin, renversé à genoux, demande l'aman d'un geste suppliant; mais déjà Pharaon l'a empoigné par sa longue chevelure et lui brandit sa massue de pierre blanche au-dessus de la tête, pour l'assommer d'un seul coup4. Les ouvriers, partie recrutés dans le
1. L'histoire des établissements égyptiens au Sinai a été élucidée par G. Ebers, Durch Gosen zum Sinai, et par Brixscb, Wanderung nach der Tûrkis-Minen; on trouvera la plupart des inscriptions traduites sommairement par Birch dans le chapitre septième de V Account of the Survey, p. 168 sqq.
2. La forme même du nom égyptien parait être demeurée attachée à l'un des Ouadys secondaires qui rejoignent les mines de l'Ouady Magharah à celles du Sarbout el-Khadfm, l'Ouady Babah (Ebers, Durch Gosen zum Sinai, p. 130, 535; Brugsch, Wanderung nach der Tûrkis-Minen und der Sinaiffalbinsel, p. 81-82). Les Bédouins appliquent ordinairement à l'Ouady Magharah le nom de l'Ouady Gennéh ou Ouady Ignéh (E. H. Palmer, The Désert of the Exodus, p. 195).
3. BÉJrôDtTK, Le nom oVépervier du roi Sosir, dans le Recueil, t. XVI, p. 104; cf. plus haut, p. 242.
4. Léo» db Laborde, Voyage de C Arabie Pétrée, pi. 5, n* 3; Lottin or Laval, Voyage dans la Pénin-
L'EMPIRE MEMPH1TE.
pays même, partie envoyés de» bords du Nil, vivaient retranchés sur un morne isolé, taillé à pic, à la rencontre de l'Ouady Gennéh et de l'Ouady Magharah'. Un sentier, pratiqué en lacet dans la pente la moins rude, aboutit, quinze mètres environ en contre-bas du sommet, à l'extrémité d'un petit plateau légèrement incliné qui porte les ruines d'un gros village : c'est le Haut- Castel des inscriptions antiques — Hait-Qaît *. Il compte encore deux cents maisons, les unes rondes, les autres rectangulaires, construites en blocs de grès non cimentés, à peine aussi grandes que les cabanes des fellahs et recouvertes jadis d'un toit plat en clayonnage et en argile battue. On y pénètre moins par une porte que par une fente étroite où un gros homme aurait peine à se glisser ; elles n'ont qu'une seule chambre, sauf celle d'un chef de travaux qui en contient deux. Une banquette en pierre brute, haute de soixante-dix à quatre-vingts centimètres, entoure la l« t»m*«nm .*»«* » l«„. ■««»«'. plate-forme : un fourré de branches épineuses complétait probablement l'appareil, comme aux douars du désert. La position était très forte et facile à défendre. Des guetteurs, disséminés sur les cimes voisines, surveillaient au loin la plaine et les défilés de la montagne. Sitôt qu'ils avaient signalé par leurs cris l'approche d'une bande, les ouvriers désertaient la mine et se réfugiaient dans leur donjon ; une poignée d'hommes résolus y pouvait tenir avec succès, aussi longtemps que la faim et la soif ne se mettaient point de la partie. Comme les sources et les puits ordinaires n'auraient pas pourvu à la consom-
iii le Arabique ri ft.gypte moyenne, In», hier., pi. I, n* 1 ; Lrpsiïs, Detikm,, II, 5i Biplib, dans Y Account of the Surveij, p. 171.
1. La description des ruines égyptiennes et des mines de turquoises qui les «voisinent est empruntée à un article de i. Kmst Loue, The Penintula of Sinai (dans les Leiture Houn, 1870). donl N. Chabas s'est servi déjà fort heureusement dans ses Recherche! lur l'Antiquité hittorique, ï- Mit.. p. 318-363; on en retrouve l'analogue dans Y Account of the Survey, p. i-ii-iti.
i. Biu.-r.scii, Religion und Mythologie der Allen Mgypter, p. 567-568 ; Hilt-Qstt est mentionnée encore tu milieu de l'époque plolémalque. dans DCaicnt*, Geographiiche Intchriften, t. lit, pi. LI.
3. Plan dreafpar Thuillier, il'aprci le croquil de Bsrcscn, Wanderuno nach den TûrkU-Uinen, p. 70.