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LA LÉGENDE DES .ROIS CONSTRUCTEURS DE PYRAMIDES

les temples* et par prohiber qu'on offrit des sacrifices; puis il contraignit tous les Égyptiens à travailler pour lui. Aux uns, il assigna la tâche de tramer les blocs des carrières de (a chaîne Arabique jusqu'au Nil : les blocs une fois passés en barque, il prescrivit aux autres de les amener jusqu'à la chaîne Libyque. Ils travaillaient par cent mille hommes qu'on relevait chaque trimestre*.

Le temps que le peuple pàtit se répartit de la sorte : dix années pour construire la chaussée sur laquelle on tirait les blocs, œuvre, à mon sembler, de fort peu inférieure à la pyramide, car sa longueur est de cinq stades, sa largeur de dix orgyies et sa plus grande hauteur de huit, le tout en pierres de taille et couvert de figures3. On consuma donc dix années à construire cette chaussée et les chambres souterraines creusées dans la colline. — Quant à la pyramide elle-même, on employa

vingt ans à la faire. — Des caractères égyptiens gravés sur elle marquent la valeur des sommes payées en raves, oignons et aulx pour les ouvriers obligés aux travaux; si j'ai bon souvenir, l'interprète qui me déchiffrait l'inscription me dit que le total montait à seize cents talents d'argent. S'il en est ainsi,

1. Déjà dans le Conte du l'opjrus Westcar, il semble que Khéops donnai l'ordre de fermer un temple au moins, celui du dieu lia à Sukhlbou {Mispoo, te* Coule* populaire*, f ('dit., p. SU}.

t. M. l'clric {The i'vramidt and Temple* of tiiieh, p. WJ-Sll) pense que ce détail renoue nul' une tradition authentique. L'inondation, dit-il, dure trois mois, durant lesquels le gros de la population n'n rien k faire : c'est pendant ces trois mois que Khéops levait le» cent mille hommes qu'il employait à charrier la pierre. L'explication est 1res ingénieuse, mais elle n'est point supportée par le texte : Hérodote ne raconte point qu'on appelai! à la corvée cent mille hommes par an pour trois mois, maïs que de trois mois en trois moi», soit quatre fois par an, des corps de cent mille hommes rharun se relayaient au travail. Les chiffres qu'il donne sont de % iVi- Ltjtlil es chiiïres de légende, dont il faut laisser la responsabilité j l'imagination populaire {Wimikimm, llerodol* Zteciles Buch, p. iC,t<).

a. Diodore de Sicile (I, Iî3) déclarait déjà qu'on ne voyait plus les lovées de son temps. Les restes de l'une d'elles paraissent avoir élé découverts et relevés par Vyse [Opération*, t. I, p. IrtT).

i. Destin de Iloudier, d'après une photographie il Emile Urugsch-lteu (cf. l'iimi, Album photographique du Mutile de Boutaq, p|. JO; Rougé-Bajulliî, Album photographique de la mission </<■ M. tle Hougé, il- Ul, Ht). C'est la plus complète des statues trouvées par Mariette dans le temple du Sphinx.

380 L'EMPIRE MEMPH1TE.

combien doit-on avoir dépensé en fer pour les outils, en vivres et en vêtements pour les ouvriers1? » Les ressources entières du trésor royal n'avaient pas suffi à tant de nécessités : une tradition représentait Khéops à bout de ressources et vendant sa fille à tout venant, afin de se procurer de l'argent*. Une autre légende, moins irrespectueuse de la dignité royale et de l'autorité paternelle, assurait qu'il s'était repenti sur ses vieux jours et qu'il avait écrit un livre sacré fort estimé des dévots3. Khéphrèn l'avait imité et partageait avec lui la haine de la postérité4. On évitait de prononcer le nom de ces maudits, on attribuait leur œuvre à un berger Philitis qui paissait jadis ses troupeaux dans la montagne5, et ceux même qui ne leur refusaient point la gloire telle quelle de s'être bâti les sépulcres les plus vastes du monde, racontaient qu'ils n'avaient pas eu la satisfaction de s'y coucher après la mort. Le peuple, exaspéré de la tyrannie qu'ils avaient exercée sur lui, avait juré d'arracher leurs cadavres à ces monuments et de les mettre en pièces : on dut les enterrer dans des cachettes si bien choisies que personne n'a réussi à les découvrir6. Gomme ses deux aînées, la Suprême eut son histoire anecdotique où l'imagination des Égyptiens s'accorda libre carrière. On savait que le plan en avait été remanié au cours des travaux, qu'elle contenait deux chambres funéraires, deux sarcophages, deux momies : on supposa que les modifications se rapportaient à deux règnes distincts, que Mykérinos avait laissé sa tombe inachevée, et qu'une femme l'avait terminée par la suite des temps, selon les uns Nitokris la dernière reine de la VIe dynastie7, selon les autres Rhodopis l'Ionienne qui

1. Hérodote, 11, cxxiv-cxxv. Les inscriptions qu'on lisait sur les pyramides étaient des graffiti de visiteurs, quelques-uns fort soignés (Letronne, Sur le revêtement des pyramides de Gizéh, sur les sculpture* hiéroglyphiques qui les décoraient et sur les inscriptions grecques et latines que les voyageurs y avaient gravées, dans les Œuvres choisies, 1" série, t. I, p. 441-452). Les chiffres qu'on montra à Hérodote représentaient, d'après le drogman, la valeur des sommes dépensées en légumes pour les ouvriers; on doit y reconnaître probablement les chiffres des milliers qui, dans beaucoup de proscynèmes, servent à marquer les quantités de choses diverses présentées à un dieu pour qu'il le» transmette à un mort (Maspero, Nouveau Fragment d'un Commentaire sur le livre II d'Hérodote, dans Y Annuaire de la Société pour l'encouragement des éludes grecques en France, 1875, p. 16 sqq.).

2. Hérodote, II, cxxvi. Elle avait profité de son gain pour se construire une pyramide dans le voisinage de la grande, celle des trois petites qui se trouve au milieu des deux autres : il parait bien, en effet, que cette pyramide renfermait la momie d'une fille de Khéops, Honitsonou.

3. Manéthok, édit. Unger, p. 91. L'attribution d'un livre à Khéops, ou plutôt le récit de la découverte d'un Livre sacré sous Khéops, n'a rien que de très naturel dans les idées égyptiennes. Le British Muséum possède un traité de médecine qui fut ainsi découvert sous ce roi, dans un temple de Coptos (Birch, Médical Papyrus with the name of Cheops, dans la Zeitschrifl, 1871, p. 61-64; cf. p. 224-225 de cette Histoire). Il y a, parmi les livres d'alchimie publiés par M. Berthelot (Collection des anciens alchimistes grecs, t. 1, p. 211-214), deux petits traités attribués à Sophé, soit Souphis ou Khéops; ils sont du même genre que le livre mentionné par Manéthon et que le S>ncellc dit avoir acheté en Egypte.

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