LA STATUAIRE. 40B
effacer les cicatrices que les divers instruments avaient pu laisser sur l'épiderme. Les statues n'offraient pas la diversité de gestes, d'expressions et d'attitudes que nous recherchons aujourd'hui. Aussi bien étaient-elles avant tout les accessoires d'un temple ou d'un tombeau, et leur apparence se ressentait des idées particulières qu'on se faisait sur leur nature. On ne songeait pas à réaliser en elles un type idéal de beauté masculine ou féminine : elles étaient les supports qu'on fabriquait pour perpétuer l'existence du modèle. On
voulait que le double put s'adapter aisément à son image, et il fallait pour cela que l'homme de pierre imitât, au moins sommairement, les proportions ou les singularités de l'homme de chair auquel on le dédiait. La tète devait être le portrait fidèle de l'individu : il suffisait que le corps fût pour ainsi dire un corps moyen, qui le montrât au meilleur de son développement et dans la plénitude de ses fonctions physiques. Les hommes s'immobilisaient à la force de l'âge, les femmes gardaient toujours le sein ferme et les hanches grêles de la jeune fille, mais un nain conservait sa laideur native, et son salut dans l'autre monde exigeait qu'il en fût ainsi*. Si on lui avait restitué la stature normale, le double, habitué ici-bas à la difformité de ses membres, n'aurait pu s'accommoder à cet appui régulier et ne se serait plus trouvé dans les conditions nécessaires pour reprendre le courant de sa vie. La pose se règle sur la condition sociale du personnage. Le roi, le noble, le maître sont
I. Dttlin de Faucher-Gudin, d'après ta chromolithographie de l'usât i'.Iïïims. Histoire de FArl Égyptien. L'original kc trouve au tombeau de Rakhmirt, qui vivait à Thèbei sons la XVIII' dynastie (cf. Vimt, te Tombeau de Rekhmarà, dans le* Mémoire* de ta Mission française du Caire, t. V, pi. mr, im-iviir). Les procédés qu'on y pratique ne différent point do eem que les sculpteurs el les peintres de l'époque Meiuphite employaient plus de deux mille ans auparavant.
ï. Cf. à la page 480 de celle Histoire la statue en calcaire peint du nain Khnoumhotpou.
toujours debout ou assis : debout ou assis, ils reçoivent l'hommage de leurs vassaux ou de leur famille. La femme partage le siège de son mari, se tient droite à côté de lui ou s'accroupit à ses pieds comme elle faisait ici-bas. Le fils revêt ~ ' ' ' : l'enfance, si la statue a été commandée tandis
ifant : on lui prête le geste et l'attribut de sa ïst à l'âge d'homme. Les esclaves broient le ellériers poissent l'amphore, les boulangers t la pâte, les pleureurs se désolent et s'arrat les cheveux*. La hiérarchie suivait les Ëgypi dans le temple ou dans la tombe, partout où s statues allaient, et privait le sculpteur qui les ésentait de presque toute sa liberté. On luî idaitde varier le détail et de disposer les accessoires à son gré; il n'aurait pu rien changer à l'attitude et à la ressemblance générale sans compromettre la destination de son œuvre'. C'est à la centaine que l'on compte aujourd'hui les statues de l'époque Memphite. Quelques-unes sont d'un style lourd et barbare qui les a fait prendre pour des. monuments primitifs : telles, au Louvre, les statues de Sapi et de sa femme qu'on a placées au début de la IIIe dynastie ou plus haut encore1. On trouve assez souvent dans les tombeaux de la Ve et de la VIe dynastie des groupes d'apparence identique, qui seraient à ce compte plus vieux même que celui de Sapi : ils sortaient d'un mauvais atelier et leur archaïsme prétendu n'est que la gaucherie d'un imagier ignorant. Le reste ne se distingue pour la plupart ni par des défauts choquants ni par des qua-
1. Voir p. 3iO de relie Histoire la figure dp l'une des broveusos de grain du Musée de Gizéh, el n. 3iS, en rul-de-lampe, la tête et le buste de la brojeuse de grain conservée au Musée de Florence (cf. KcuMMUeLLI, Musro Archéologie, di Firent, Antiehità Eghie, p. IBO. n*U!M).
t. Cf. p. Ji" de celte Hiiloire, en lettrine au début du chapitre IV, le pleureur du Musée deCizéh.
3. I'eurot-Cmmei, Histoire de l'Art, 1. 1, p. 031-036; Mas«»o, Té te de acribe égyptien, ei Prliouriioirri , dans le premier volume de IIayit, Monument» de l'Art antique, et Archéologie Egyptienne, p. 303- 300; Eshaic, sEgypten, p. j-lj sqq. L'admirable Tête de arrib' égyptien que le Musée du Louvre posfi-de t;«t reproduite à la p. 31:> de cette Histoire, comme en-téte du présent chapitre.
(. Dénia de Uoadier, ttaprèt une photographie d'Emile Brugach-llru (cf. Mahiitte, Album pho tographigue du IHuaér de Boulai/, pi, itl). L'original est conservé aujourd'hui au Musée de Giich.
S. C. nt Routé, Notice sommaire dea Nouttmentt Égyptien», p. 50; PiM0T-C«iriii, Histoire de l'Art. I. I, p. GÏH-G38. Celle opinion a été combattue par Misrr.n», Archéologie Éayptienn: p. 1011. Le jugement de M. de lloiigc est accuutd Encore par la plupart des historiens et des critiques d'art.