ET SON MINISTRE OU NI
sives qui les réduisirent à l'impuissance et qui étendirent momentanément la suzeraineté de l'Egypte sur des régions jusqu'alors insoumises1.
Ouni avait débuté sous Téti*. D'abord simple page au palais9, il obtint
un poste dans l'administration du trésor, puis dans l'inspection des bois du domaine royal1. Papi le prit en amitié dès les premiers temps de son règne, et lui conféra, avec le titre d'ami', les fonctions de chef de cabinet, dont il
I, L'inscription du tombeau d'Ouni, qui OSt le monument principal du règne de Papi [•' et de ses deux successeurs, fut découverte par Mariette dans la nécropole d'Àhydos (Mariette. Abydoi, t. Il, pi. XLIV-XLV, et Catalogue Général, p. 81, n' 5Î4). Elle Tut transportée au Musée de Boulaq (Manette, Soticu du principaux Monuments, 187U, p. ÏB0-Î8I, u° Sîi). Publiée et analysée par K. lie Hougé (llecherches, pi. VII-VIII et p. 1 17-144), traduite partiellement par Maspero (Histoire Ancienne, 4- éd., p. 81-83} et par Brugach (Grschichte /Eggptem, p. 95-IOi), elle a été rendue complètement eu anglais par Dirch (Inscription of (/un, dans les Records 0/ the Paît, 1" série, t. Il, p. 1-8] et par Maspero (Inscription of Uni, dans les Records of the Pasl, V série, I. II, p. (-10), en allemand par Erman {Commenter :«r Intckrift des Una, dans la ZeUschrifl, I88Ï. p. i-!9; cf. ALgupttn, p. G88-WHÏ).
5, Le commencement de la première ligne manque, et je l'ai restitué d'après d'autres inscriptions du même type : .Je naquis sous Ounas ■ (Records of the Patl.t" Séries, t. Il, p. 4). Ouni ne pouvait être né avant Ounas, la première fonction qu'il remplit sous Téti 111 étant d'un enfant ou d'un adolescent, et le règne d'Ounas ayant duré trente ans (Lepsivs, Austcahl, pi. IV, col. lï, fragm. 34),
3. Litl. : porte-couronne. On désignait probablement de la sorte des enfants qui servaient le roi dans ses appartements privés, et qui portaient une couronne de fleurs naturelles sur la tète; la couronne était sans doute de même forme que celle qu'on voit au front des femmes dans plusieurs tombeaux de l'époque Memphite [Lepsius, Denkm., II. 40, 47. 71 a, etc.).
I. Dessin de Faucker-tïutlin, d'après une photographie de Richard.
H. Le mot Khonlti marque probablement les terrains plantés eu bois, palmiers, acacia», les forêts claires de l'Egypte, et aussi les vignobles qui appartenaient au domaine personnel du Pharaon (Maspero, Sur l'inscription de Zâau, dans le Recueil de Trataux, t. XIII, p. 69-70).
6. Voir, sur le râle des amis, et sur la position qu'ils occupaient dans la hiérarchie égyptienne auprès des Pharaons, ce qui est dit aux pages 376, note 1, et Ï81 de cette Histoire.
s'acquitta fort bien : seul, sans autre aide que d'un scribe subalterne, il réglait toutes les affaires et expédiait toutes les écritures du harem et du conseil privé. Ses services lui méritèrent une récompense insigne. Pharaon lui octroya, comme preuve de sa haute satisfaction, la garniture d'un tombeau en calcaire blanc de choix : un des employés de la nécropole alla chercher les blocs aux carrières de Troiou et les lui ramena, un sarcophage et son couvercle, une stèle en forme de porte, son encadrement et sa table d'offrandes1. Il affirme complaisamment que jamais chose pareille n'advint à personne avant lui; aussi bien, ajoute-t-il, « ma sagesse charmait Sa Majesté, mon zèle lui plaisait, et le cœur de sa Majesté était ravi de moi ». C'est pure hyperbole, mais dont nul ne s'étonnait en Egypte : l'étiquette voulait qu'un sujet fidèle déclarât nouvelles ou inouïes les faveurs du souverain, quand même elles ne présentaient rien que d'ordinaire et de commun. Les dons de mobilier funéraire étaient fréquents et nous en connaissons plus d'un exemple avant la VIe dynastie, témoin ce médecin Sokhîtniônkhou dont le tombeau existe encore à Saqqarah, et que Pharaon Sahourî avait gratifié, lui aussi, d'une stèle monumentale en pierre de Tourah*. Ouni pouvait désormais envisager sans crainte l'avenir qui l'attendait dans l'autre monde; il n'en continua que plus rapidement à faire son chemin dans celui-ci, et passa bientôt après ami unique, surintendant de toutes les terres irriguées du roi. Les amis uniques touchaient de très près à la personne du maître3. Leur place était marquée immédiatement derrière lui dans toutes les cérémonies, place d'honneur et de confiance s'il en fut, car ceux qui l'occupaient tenaient littéralement sa vie entre leurs mains. Us préparaient ses promenades et ses voyages, veillaient à ce qu'on observât partout le cérémonial convenable, à ce que nul accident n'entravât la marche du cortège. Ils prenaient garde enfin que les nobles ne se départissent jamais du rang précis auquel la naissance ou leur charge leur valait droit : la tâche exigeait beaucoup de tact, car les questions de préséance n'étaient guère moins irritantes en Egypte que dans
i. Pour l'explication des pièces de calcaire données à Ouni, voir Maspero, De quelques termes étarchitecture égyptienne, dans les Proceedings de la Société d'Archéologie Biblique, t. XI, p. 309 sqq.
2. Mariette, les Mastabas de V Ancien Empire, p. 202-203; cf. Maspero, De quelques termes d 'architecture égyptienne, dans les Proceedings, t. XI, p. 30-4 sqq. Sous Papi II, Zàou. prince du Mont- Serpent, reçoit du roi son cercueil et le linge nécessaire à sa momie (Sayce, Gleanings from tke Land of Egypt, dans le Recueil de Travaux, t. XIII, p. 66, et Maspero, Sur l'inscription de Zàou, ibid., p. 69-70).
3. Cette définition des fonctions de Y Ami unique me parait résulter du passage même de l'inscription d'Ouni (I. 8-9). La traduction du titre Samirou ouâiti a été donnée par E. de Roi*g£, Recherches sur les monuments, p. 57 ; sur les objections qu'a soulevées Lkpage-Renouf, On the priestly Character of the Egyptian Civilisation, dans les Proceedings de la Société d'Archéologie Biblique, t. XII, p. 359, cf. Maspero, Études de Mythologie et d'Archéologie Égyptiennes, t. I, p. 290, note 1.
LES GUERRES CONTRE LES HÏROU-SHÀlTOU. 419
les monarchies modernes. Ouni s'en tira avec tant de bonheur qu'il y gagna un emploi plus délicat encore. La première des femmes du roi, la reine Amîtsi, avait-elle trempé dans quelque conjuration de palais? commit-elle une infidélité en acte ou en intention, ou se trouva-t-elle impliquée dans l'un de ces drames fértiinins qui troublent souvent la paix des harems? Papi jugea nécessaire de procéder contre elle et désigna Ouni pour entendre la cause : celui-ci l'instruisit seul avec son secrétaire, et la vida si discrètement que nous ne savons, ni de quelle faute on accusait Amitsi, ni quelle fut la conclusion de l'affaire1. Il ressentit une fierté très vive d'avoir été choisi entre tous, et ce ne fut pas sans raison, « car, disait-il, ma charge était de * surintendant des bois royaux , et jamais homme de ma sorte n'avait été initié aux secrets du Royal Harem, auparavant, jusqu'à moi ; mais Sa Majesté m'y initia, parce que ma sagesse plaisait à Sa Majesté plus que celle d'aucun autre de ses liges, plus que celle d'aucun autre de ses mamelouks, plus que celle d'aucun autre de ses serviteurs1 ».
Ces antécédents ne semblaient pas le prédisposer à devenir ministre de la guerre ; mais en Orient on estime volontiers qu'un homme qui a fait ses preuves d'habileté dans une branche de l'administration est également propre à tout dans les autres, et la volonté du prince transforme le scribe adroit en général, du jour au lendemain. Personne ne s'en étonne, ni lui-même : il accepte sans broncher ses fonctions inaccoutumées, et s'y distingue souvent tout autant que s'il y avait été nourri dès l'enfance. Quand Papi eut résolu d'infliger une leçon aux Bédouins du Sinai, il songea aussitôt à Ouni, son unique ami, qui avait conduit si prestement le procès de la reine Amitsi3. L'expédition n'était point de celles qu'on pouvait terminer avec les contingents des nomes frontières; elle exigeait une armée considérable, et mit en jeu toute l'organisation militaire du pays. « Sa Majesté leva des soldats au nombre de plusieurs myriades, dans le sud entier d'Éléphantine au nome de la Cuisse, dans le Delta, dans les deux moitiés de la vallée, dans chaque fort des forts du désert, dans le pays d'Iritît, parmi les noirs du pays de Mâza4, parmi les noirs du pays d'Amamît, parmi les noirs du pays
1. Cet épisode de la vie d'Ouni, dont E. de Rougé n'avait pas pu se rendre un compte exact au moment de la découverte (Recherches sur les monuments, p. 121), a été débrouillé et exposé nettement par Erman, Commenlar zur Inschrift des Una, dans la Zeitschrift, 1882, p. 10-12.