LA CHÂSSE DU NIL A BICKH
arrivé, les prêtres sortaient en procession du sanctuaire et promenaient la statue du dieu le long des berges, au son des instruments et au chant des hymnes1.
« I. — Salut à toi, Hàpi, — qui sors en cette terre et arrives — pour donner la vie à l'Egypte; — toi qui caches ta venue dans les ténèbres — en ce jour même où Ton chante ta venue1, — flot qui s'étale sur les vergers que Rà crée — pour donner la vie à tous ceux qui ont soif, — et qui se refuse à abreuver le désert — du débordement des eaux du ciel*; dès que tu descends,
— Sibou, le dieu terre, s'énamoure des pains, — Napri, le dieu grain, présente son offrande, — Phtah fait prospérer tout atelier*.
« II. — Maître des poissons, dès qu'il passe la cataracte, — les oiseaux ne s'abattent plus sur les champs; — faiseur de blé, producteur d'orge, — il prolonge la durée des temples. — Ses doigts chôment-ils, souffre-t-il ?
— alors tous les millions d'êtres sont misérables; — diminue-t-il au ciel? alors les dieux — eux-mêmes périssent et les hommes;
« 111. — Les bestiaux s'affolent et la terre entière, — grands et petits, sont au supplice ! — Si au contraire les hommes sont exaucés lorsqu'il monte
— et qu'il se fait Khnoumou8 [pour eux], — dès qu'il se lève, alors la terre crie d'allégresse, — alors tout ventre est en joie, — tout dos est secoué par le rire, — toute dent broie.
« IV. — Apportant les subsistances, riche en provisions, — créateur de toutes les choses bonnes, — maître de tous les germes, doux à ses élus,
— si l'on se fait un ami de lui, — il produit le fourrage des bestiaux, —
égyptien à la vue qu'on a du fond de la chambre, on y reconnaît aisément la silhouette des rochers entassés dans l'Ile. Le dessinateur moderne a renversé la scène par erreur.
1. Le texte de cet hymne nous a été conservé par deux papyrus du British Muséum, le Papyrus Sallier II [Select Papyri, t. I, pi. XXI, 1. «, pi. XXIII) et le Papyrus Anastasi VU (id., pi. CXXXIV, I. 7, pi. CXXXIX). Il a été traduit entièrement par Maspkro (Hymne au Nil, 1868; cf. Histoire ancienne des peuples de l'Orient, 4* éd., p. 11-13), par F*. Cook (Hccords of the Past, \r" sér., t. IV, p. 105 sqq.), par Amklinkac (Bibliothèque de l'Ecole des hautes études. Section des sciences religieuses, t. I, p. 341-371) et par Gcikysse (Recueil de Travaux, t. XIII, p. 1-46); quelques strophes ont été rendues en allemand par Brigsch (Religion und Mythologie, p. 649-0 41).
4. Litt. : • Cachant la traversée des ténèbres — au jour des chants de traverser ». Le texte fait allusion au passage du fleuve céleste dont le Nil est issu à travers les régions obscures de l'Occident : l'origine du dieu demeure cachée, même le jour où il arrive en Egypte pour inonder le sol, et où l'on accueille son flot au chant des hymnes.
3. Litt. : * Faire boire au désert le débordement du ciel, c'est son horreur! » Les vergers, créés par Kà, sont naturellement favorisés du dieu Nil, mais le désert, lu montagne, appartenant à SIt, est en horreur à la crue qui descend du ciel et n'est que l'écoulement d'Osiris; cf. p. il, note 3.
A. Débarrassée des allusions mythologiques, la fin de la phrase signifie qu'à l'arrivée du flot la terre se reprend à la vie et produit le pain : le blé pousse, et tous les métiers prospèrent sous les auspices de Phtah, le dieu ciseleur et maçon.
5. Litt. : « Exaucés les hommes lorsqu'il pousse [ses eaux], étant la forme Khnoumou ». Khnoumou, le maître d'Éléphantine et de la cataracte, est un Nil, et, en tant que dieu suprême, il a pétri le monde du limon mêlé à ses eaux. Le poète égyptien, pour montrer d'une seule image comprise de tous ce que peut le Nil, lorsqu'il écoute les prières des hommes et qu'il consent a monter sur les terres, déclare qu'il se donne la forme de Khnoumou, c'est-à-dire qu'il se fait le dieu créateur pour ses fidèles, et qu'il travaille à leur fabriquer tous les biens avec son limon.