L'HYMNE AU NIL
et il pourvoit aux sacrifices de tous les dieux, — et l'encens qui vient de lui est le plus fin; — il prend les deux pays — et les greniers sont pleins, les entrepôts prospères, — et les biens des misérables foisonnent.
* V. — Il se met pour les exaucer au service de tous les vœux, — sans en rien rabattre. Faire qu'il y ait des bateaux c'est son fort à lui*. — On ne lui sculpte point de pierres — ni de statues où l'on pose la double couronne; — on ne l'aperçoit point; on ne lui paie tribut et on ne lui apporte offrandes,
— on ne l'enchante point par des mots mystérieux; — on ne connaît le lieu où il est, — on ne trouve point sa châsse par vertu d'écrits magiques;
« VI. — Il n'y a maison qui soit assez large pour toi, — ni personne qui pénètre ton cœur! — Pourtant les générations de tes enfants se réjouissent de toi, — car tu gouvernes comme un roi — dont les décrets sont établis pour la terre entière, — qui se manifeste en présence des gens du Midi et de ceux du Nord, — par qui sont bues les larmes de tous les yeux, — et qui est prodigue de ses bontés.
» Vil. — Où était la douleur, la joie éclate — et tout coeur est content,
— Sovkou le crocodile, l'enfant de Nit, saute d'allégresse1; — car ta neuvaine
I. lifuin de FnuektT-Gudin, d'aprei une photographie de Déalo.
1. Lilt. : t 11 Tail prospérer (tourovd) au bâton (cr klitï) de tous désirs, — sans retrancher en cu« : faire être bateaux (ammou) c'est sa vaillance. • On disait d'un homme ou d'une chose qui dépendait d'un haut personnage, le Pharaon ou le grand prêtre d'Ainon par exemple, qu'elle était au hûtrm (ni kalrl du Pharaon ou du grand prêtre. Notre auteur représente le Nil se mettant au bâtou de tout 1er détirt pour Taire prospérer l'Egypte; eomme le trafic du pays s'accomplit presque entièrement par eau, il ajoute immédiatement que le fort du SU. ce à quoi il réussit richesses qu'il en oblige les riverains à construire des hateoux en no doivent transporter,
3. La déesse SU. la génisse née au milieu des eaui primordiales, dilcs, que les monuments nous montrent parfois pendus a son scii raison pour laquelle on les rnttarhail à la déesse sont encore mal
des dieux qui t'accompagne a tout disposé, — le débordement abreuve les champs — et rend tous les hommes vaillants; — l'un s'abreuve du' travail de l'autre, — sans qu'on lui fasse son procès*
« IX. — Si tu entres au milieu des chants pour sortir au milieu de l'allégresse1, — si l'on danse de joie quand tu sors de l'inconnu, — c'est que ta lourdeur3 est anéantissement et corruption. — Aussi quand l'on t'implore pour obtenir l'eau de l'année, — on voit côte à côte les gens de la Thébaïde et ceux du Nord, — on voit chaque individu avec les instruments de son métier, — aucun ne demeure en arrière de son voisin; — nul ne s'habille [en fête] de ceux qui s'habillaient, — les enfants de Thot, le dieu de richesse, ne se parent plus de bijoux*, — ni la neuvaine des dieux, mais on est dans la nuit! — Dès que tu as répondu par la crue, — chacun se parfume.
« X. — Stabiliteur des vrais biens, désir des hommes, — voici des paroles séduisantes5 pour que tu répondes; — si tu réponds par les flots de l'Océan céleste à l'humanité, — Napri, le dieu grain, présente son offrande,
— les dieux [t'Jadorent tous, — les oiseaux ne s'abattent plus sur la montagne; — quand ce que ta main pétrit serait de l'or — ou la forme d'une .brique d'argent, — ce n'est pas le lapis-lazuli qu'on mange, — mais le blé vaut plus que les pierres précieuses.
« XI, — On a commencé à te chanter sur la harpe, — on te chante au rythme des mains, — et les générations de tes enfants se réjouissent pour toi,
— et l'on t'a comblé de messages louangeurs ; — car il est le dieu de Richesse qui pare la terre, — qui fait prospérer les barques à la face des hommes
— qui vivifie le cœur des femmes enceintes — et qui aime la multiplication des troupeaux.
« XII. — Quand tu t'es levé dans la cité du Prince, — alors le riche est rassasié — le petit fait fi des lotus, — toute chose est solide et de bonne qualité, — tous les herbages sont à ses enfants. — Oublie-t-il de donner à
1. C'est une allusion aux querelles et aux procès que la répartition des eaux occasionnait dans les années de crue médiocre ou mauvaise : quand l'inondation est abondante, les disputes cessent.
2. Ici encore le texte est corrompu : je l'ai corrigé en prenant pour modèle les phrases où l'on dit d'un personnage haut placé qu'il entre devant le roi au milieu des paroles élogieuses, et sort au milieu des chants, — âqou khir moudÎtou pirou khir hosîtou (C. 26 du Louvre, dans IMkrrkt, Recueil des inscriptions inédites, t. H, p. 25, 1. 5). La cour d'Egypte avait, comme celle de Byzance, ses formules de chants et de récitatifs gradués pour marquer l'entrée et la sortie des grands personnages : le Nil, qui amène l'inondation et sort de ses sources inconnues, est comparé à l'un de ces grands personnages et acclamé comme tel, selon l'étiquette.
3. La lourdeur du dieu est celle de ses eaux, la peine qu'il éprouve à se répandre sur les terres.
A. Sur l'identité de Shopsou, le dieu de la richesse, avec Thot, l'ibis ou le cynocéphale, seigneur des lettres et des chants, voir BRn.sr.H, Religion und Mythologie, p. iil.
;i. Litl. : « des paroles trompeuses ». On enjôlait les dieux par des promesses qu'on savait ne pas pouvoir tenir : le dieu s'y laissait prendre quand même et y répondait par l'inondation.