‹ Histoire ancienne des peuples de l'Orient classiqueChapitre 201 sur 374 · ÊLÊPHANTINE ET SES SEIGNEURS · texte numérisé non relu

ÊLÊPHANTINE ET SES SEIGNEURS

jours verts. La ville antique se serrait .. ,

contre la pointe sud, haut placée sur un

plateau de granit à l'abri des crues'. Les restes en ont huit cents mètres de circuit et s'accumulent autour d'un temple ruiné de Khnoumou, dont les parties les plus anciennes ne remontent pas au delà du xvi" siècle avant notre ère'. Elle était ceinte de murs, et un château en briques sèches, perché au sud-ouest sur un îlot voisin, lui permettait d'ouvrir ou de fermer à son gré les débouchés de la cataracte. Un bras d'eau large de quatre-vingt-douze mètres la séparait de Souaoît, dont les maisons pressées s'étageaient à l'Est sur les escarpements de la berge comme un faubourg*. Des pâturages marécageux envasaient l'emplacement de la Syène actuelle, puis des jardins, des vignes qui produisaient un vin célèbre par l'Egypte entière", une forêt de dattiers courant au nord le long du fleuve. Les princes du nome de Nubie, campés pour ainsi dire aux avant-postes de la civilisation, entretenaient avec les peuples du désert des rapports fréquents, mais variables. Ils ne se gênaient guère pour lancer à l'occasion des colonnes de troupes sur la droite ou sur la gauche de la vallée, vers la mer Bouge ou vers les Oasis : si peu que ces

I. Dettin de Boudier, d'apret une photographie tir lUato. Sur les premiers, plans, les ruines du mâle romain en briques qui détendait l'entrée du port de Syène: au fond, la montagne Libjqne, couronnée par le» ruine» de plusieurs mosquées el d'un couvent copte. Cf. la vignette p. A3! de celle Hùloirr,

ï. Joui»., Detcriplioa de Me d'Elfp/iautinr, dans la Description de l'Egypte, t. I, p. 175-181.

3. ("est une porte en granit rouge, du règne de Thoulmosi* III, mais restaurée et remaniée sous Alexandre le Macédonien : les autres ruines remontent pour la plupart au temps d'AmëiidUiès III.

i. Sur l'einplaccmenlquc la Syène Pharaonique et r.réco-llomaine occupait par rapport à la moderne, et. Jonian, Description de Sytue et det Cataracte», dans la Dctcription de l'Egypte, t. I, p. 1Ï8 sqq,

5. Brugscb (licite nach der Grotte* Oate cl-Khargeh, p. 91) pense que ce vin venait non pns d'AssouSn près la cataracte, mai* d'une Syène inconnue, située au voisinage d'Alexandrie, dans le nome Maréolique.

razzias leur rapportassent, des bœufs, des esclaves, du bois, du charbon, quelques onces d'or, des améthystes, de la cornaline, du feldspath vert dont on fabriquait des bijoux, c'était toujours autant de gagné, et le trésor princier en faisait son profit. Mais leurs expéditions n'allaient jamais bien loin : voulaient-ils frapper un coup à distance, atteindre par exemple ces régions du Pouanit dont les barbares leur vantaient l'opulence, l'aridité des cantons qui entourent la deuxième cataracte arrêtait leurs fantassins, et les rapides d'Ouadv Halfah opposaient à leurs vaisseaux un obstacle presque infranchissable, ils ne recouraient plus aux armes dès qu'il s'agissait d'opérer aux pays lointains, et ils se déguisaient en marchands pacifiques. Lne route facile les menait presque droit de leur capitale au Ras Banàt sur la mer Rouge1, qu'on appelait la Tète de Nekhabîl : débouchés à l'endroit où s'éleva plus tard une des nombreuses Bérénice, ils construisaient rapidement une barque avec le bois des forêts claires du voisinage, et s'aventuraient le long des côtes, au nord jusqu'au Sinai et chez les Hirou-Shàitou, au sud jusqu'au Pouànit même1. La petitesse de ces bateaux improvisés leur rendait les croisières dangereuses et le bénéfice médiocre; aussi préféraient-ils le plus souvent la voie de terre. Elle était fatigante, interminable : les baudets, les seules bêtes de somme que l'on connût ou que l'on employât, ne fournissaient que des étapes assez brèves, et l'on usait des mois et des mois à parcourir des con-

1. C'ait la roule parcourue en 1883 el décrite par Colési^.beff. Une Excurêion à Bérénice, dans le Recueil île Travaux, l. XIII, p. 89-93, à son retour de Bérénice. Les graffiti arabes dont les ruchers de certains Ouadys sont emiuirt» munirent qu'elle a été fréquentée presque jusqu'à nos jours.

t. Plan île Thuillier, iTaprèê la Deirriplion de l'F.gijnle, Ant., t. l.pl. ,10, ». J'ai ajouté ceux des noms antiques qu'il est possible d'identifier aujourd'hui avec l'une ou l'autre des localité* modernes.

3. C'est ce que fit l'un des membres de la famille princière d f.lcphanlinc, Pnpiiukliltl, sous Papi II (cf p. 434-435 de cette Hiltoire), el l'on peut conclure de la façon (ton! l'inscription de son tombeau parle de celte cnlreprise, que son cas ne paraissait pas extraordinaire à ses contemporains

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