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HIRKHOUF, L'OCCUPATION DES OASIS

roi dont on ne dit point le nom, peut-être Ounas, mais plus probablement Papi Ie*, les dépêcha tous deux au pays d'Amamît. Le voyage dura sept mois et réussit à merveille' : le souverain, encouragé par cette aubaine, résolut de faire partir un convoi nouveau. Hirkhouf en eut seul le commandement; il traversa l'irilît, explora les cantons de Satir et de Dar-ros, puis rebroussa après huit mois entiers d'absence. Il rapportait avec lui des marchandises pré-

cieuses en quantité telle « que personne n'en avait rapporté autant auparavant ». Il ne voulut pas rallier sa patrie par la route ordinaire; il s'enfonça hardiment dans les Ouadys étroits qui sillonnent le territoire des gens d'iritit, déboucha sur le district de Sitou, au voisinage de la cataracte, par des sentiers où nul des voyageurs officiels qui avaient visité l'Amamît ne s'était aventuré jusqu'alors'. Une troisième expédition, qui eut lieu probablement quelques années plus tard, l'entraîna dans des régions moins fréquentées encore*. Il quitta par la voie de l'Oasis, se dirigea vers l'Amamit, et trouva le

(. Pour le premier voyage de Uirkhour, qu'il entreprit de compte fl demi avec son père Iri. cf. ScmAMRn.1,1, Vna Tomba Eghiana inédits délia Vf binattia. p. 18, I. 1-6 de l'inscription.

t. Deuil! de Boudier, d'aprèt une photographie iflminger. Les porte* des tombeaux s'ouvrent à rai-cote : la longue tranchée qui coupe obliquement la pente de la montagne abrite l'escalier encore subsistant qui menait aux hypogées des temps pharaoniques. Sur la hauteur, on aperçoit les ruines de plusieurs mosquées et de plusieurs couvents coptes; cf. la vignette p. ii'i de cette Rùtoire.

3. Le second voyage de llirkhouf en Iritil, et son retour par Sîlou sont racontés sommairement dans ScuupAïutiLi, Vna Tomba Egteiana inrdita delta f'ia Dinaitia, p. 18-10, I. 5-10 de l'inscription,

i. Le rescrit relatif su Banga est daté en effet de l'an II de Pnpi II. Métésouphis I" régna quatorze ans, d'après le fragment 59 du Canon Royal de Turin (l.rpsns, Auëicaht, pi. IV, col. vi), où Rrman (On. Briefde* Kfmigi Kefer-ke-re, dans la Zeittehrift. t XXXI. p. ',*) ne vcul lire que quatre ans.

pays tout en émoi. Les shéikhs avaient convoqué leurs goums et se préparaient à porter la guerre chez les Timihou, « vers l'angle occidental du ciel », dans les parages où se dresse celui des piliers qui étaie le firmament de fer au couchant. Les Timihou étaient probablement de race et de langue berbère1. Leurs tribus, venues d'au delà le Sahara, vaguaient à travers les solitudes affreuses qui bornent à l'ouest la vallée du Nil. Les Égyptiens devaient veiller sur elles sans cesse et se prémunir contre leurs incursions; après s'être bornés longtemps à les repousser, ils avaient pris enfin l'offensive, et s'étaient décidés à les pourchasser dans leurs retraites, non sans quelque horreur religieuse. Comme les habitants de Mendès et de Busiris avaient caché le séjour de leurs morts au fond des marais impraticables qui bordent la côte du Delta, ceux de Siout et de Thinis avaient cru d'abord que les âmes émigraient au delà des sables : le bon chacal Anubis les guidait, par la gorge de la Fente ou par la porte du Four, à des îles de verdure éparses dans le désert, où les bienheureux séjournaient en paix, à distance médiocre de leurs cités natales et de leurs tombeaux. C'était, nous le savons, un peuple bizarre, dont tous les citoyens logeaient au cercueil et avaient endossé le maillot funèbre — ouîti : les Égyptiens appelèrent terre des emmaillotés ou des momies, Ouït, les Oasis qu'il avait colonisées, et le nom demeura, longtemps après que le progrès des connaissances géographiques eut refoulé le paradis plus loin vers l'ouest1. Les Oasis tombèrent l'une après l'autre sous la domination des princes limitrophes, celle de Bahnésa entre les mains du seigneur d'Oxyrrhynkhos, celle de Dakhel aux ordres des barons de Thinis". Les Nubiens de l'Amamit avaient probablement affaire à ceux des Timihou qui possédaient l'Oasis de Doush, prolongement de celle de Dakhel, sur le parallèle d'Éléphantine. Hirkhouf les accompagna, réussit à rétablir la paix entre les rivaux, leur persuada d' « adorer tous les dieux de Pharaon » : il réconcilia ensuite l'Iritît, l'Amamit, l'Ouaouaît, qui vivaient en état d'hostilité perpétuelle, en fouilla les vallées,

1. Jusqu'à présent la plus ancienne mention connue des Timihou ne remontait qu'à la XIIe dynastie (Chabas, les Papyrus hiératiques de Berlin, p. 41-44). Dévéria (la Race supposée proto-celtique est-elle figurée sur les monuments égyptiens? dans la Revue Archéologique, 3* série, t. IX, p. 38-48) les rattachait aux races blanches qui peuplèrent l'Afrique du Nord, notamment l'Algérie, et le général Faidherbe a cru retrouver leur nom dans celui des Tamachek. La présence de mots berbères, constatée en égyptien dès la XII0 dynastie (Maspkro, On the Name of an Egyptian dog, dans les Transactions de la Société d'Archéologie Biblique, t. V, p. 1 27-1 28), jointe à ce fait que les habitants de l'oasis de Siouah parlent encore de nos jours un dialecte berbère (Basset, le Dialecte de Syouah), semble prouver que les Timihou appartenaient à la grande race qui domine aujourd'hui dans l'Afrique du Nord.

2. Maspero, Etudes de Mythologie et d'Archéologie Egyptiennes, t. II, p. 421-427; cf. p. 232 de cette Histoire les renseignements déjà donnés sur le caractère mystérieux de la Grande Oasis.

3. Le premier prince de Thinis et de l'Oasis que nous connaissions est l'Antouf de la stèle C 26 du Louvre, qui vivait au début de la XII* dynastie (Brugsch, Reise nach der Grossen Oase, p. 62-63).

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