‹ Histoire ancienne des peuples de l'Orient classiqueChapitre 204 sur 374 · LES EXPLORATIONS PREPARENT LA CONQUETE DE LA NUBIE · texte numérisé non relu

LES EXPLORATIONS PREPARENT LA CONQUETE DE LA NUBIE

y réunît assez d'encens, d'ébène, d'ivoire et de peaux pour en charger trois cents ânes '. Il eut même la chance d'acquérir un Danga de la Terre des Mânes, semblable à celui que Biourdidi avait amené du Pouanît quatre-vingts ans plus tôt, sous le règne d'Assi'. Cependant Métésouphis était mort et son jeune frère Papi II lui avait succédé, depuis un an déjà.

Le nouveau roi, heureux de posséder un nain qui sût danser le dieu, adressa un resent à Hirkhouf pour lui témoigner sa satisfaction; il lui envoya en même temps un messager spécial, Ouni, parent éloigné du ministre de Papi I", qui devait l'inviter à venir rendre compte de sa mission . Le bateau où l'explorateur s'embarqua pour descendre à Memphis portait aussi le Danga, et le Danga devient désormais le

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personnage important de la À u Ë Bt cox I0„EAÏs

troupe. C'est pour lui que

tous les officiers royaux, tous les seigneurs, tous les collèges sacerdotaux préparent ponctuellement des vivres et des équipages; sa santé est plus précieuse que celle de son guide, et l'on veille anxieusement ace qu'il ne s'échappe point. * Quand il sera avec toi dans le bateau, fais qu'il y ait des gens avisés à côté de lui, de peur qu'il ne tombe à l'eau; quand il reposera pendant la nuit, fais que des gens avisés reposent à côté de lui, de peur qu'il ne se sauve rapidement de nuit. Car Ma Majesté préfère voir ce nain plus que tous

I. I.e troisième voyage d'Hirkhouf est raconté plus longuement que les autre». La partie de

l'inscription qui en contenait le détail a malheureusement souffert beaucoup plus que le reste, et

plusieurs lignes renferment des lacunes difficile» a combler; cf. ScHUMMstM, I na Tomba Eattiamt

inrdila delta VI* Dinailia, p. 18, I. 10-i* du texte hiéroglyphique et \i. ii-ÏS.

t. Sur ce Danga ramené en Egypte bous Assi, voir ce qui est dit a la page 2:<1 dp cotte Ni'loue,

3. Tlrtiin de Faucher-Gudin. daprti une photographie d'Alejandre Gayet, pitnr ru t*9t

■IST. Lit. DE l'iilllM. — r. i. 55

434 L'EMPIRE MEMPH1TE.

les trésors qu'on importe du pays de Pouanit1. » Hirkhouf, de retour à Éléphantine, grava sur la façade de son tombeau. la missive royale et le récit détaillé de ses caravanes aux terres du Midi*.

Ces courses répétées produisirent à la longue des résultats plus sérieux et plus durables que la capture d'un nain savant, ou la fortune d'un seigneur aventureux. Les peuples que les marchands visitaient, à force d'entendre parler de l'Egypte, de son industrie, de sa force militaire, finissaient par concevoir pour elle une admiration et un respect mêlés de crainte : ils apprenaient à la considérer comme une puissance supérieure à tout, et son roi comme un dieu à qui personne ne devait résister. Ils lui empruntaient ses cultes, ils lui prêtaient leur hommage, ils lui mandaient des présents : elle les gagnait par sa civilisation avant de les subjuguer par ses armes. On ne sait quel parti Nofirkeri Papi II tira de leurs dispositions pour étendre son empire vers le sud. Les explorations ne tournaient pas toutes aussi heureusement que celles du seigneur Hirkhouf, et l'un au moins des princes d'Éléphantine, Papinakhîti, trouva la mort au cours de l'une d'elles. Papi H l'avait envoyé en mission après tant d'autres, « pour profiter sur les Ouaouaiou et sur l'Iritit ». 11 tua beaucoup de monde dans cette razzia et y ramassa grand butin, qu'il partagea avec Pharaon ; « car il était à la tête de nombreux guerriers choisis parmi les plus braves », ce qui lui permettait de réussir dans les aventures que Sa Sainteté daignait lui confier. Une fois pourtant le roi l'employa dans des régions qu'il connaissait sans doute moins bien que la Nubie, et la chance se déclara contre lui. Il avait reçu Tordre de se rendre chez les Àmou, chez les Asiatiques qui habitaient la péninsule du Sinai, et de refaire en petit par le Sud l'expédition qu'Ouni avait menée contre eux par le Nord : il y alla, et, son séjour terminé, il choisit la route de mer pour revenir. Cingler vers le Pouanît, puis remonter le long de la côte jusqu'à la Tête de Nekhabît, débarquer en cet endroit et piquer droit sur Éléphantine par le plus court, l'entreprise n'offrait en elle-même rien d'extraordinaire, et plus d'un l'avait sans doute accomplie parmi les voyageurs ou les généraux de l'époque ; Papinakhîti échoua misérablement. Comme il était occupé à construire son bateau, les Hirou-Shâitou tombèrent sur lui et le massacrèrent avec le détache-

1. Le rcscrit de Papi II a été publié par Schiaparelli, Una Tomba Egiziana, p. 19-22; cf. sur le Danga en Egypte Maspkro, Etudes de Mythologie et d'Archéologie Égyptiennes, t. 11, p. 429-143.

2. Pour l'étude des inscriptions de Hirkhouf, outre le mémoire de Schiaparelli que j'ai cité fréquemment dans les notes des pages précédentes, voir les deux articles d'Erman, dans la Zeits. d. D. Morg. Ges , t. XLVI, p. 574-579, et dans la Zeitschrift fur jEgyplische Sprache, t. XXXI, p. 63-73, et celui de Maspero, dans la lie vue Critique, 1892, t. II, p. 357-366.

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