LES PYRAMIDES DE SAQQARAH
ment de troupes qui t'accompagnait : le reste de ses soldats ramena son cadavre qui fut enterré dans la montagne en face de Syène, à côté des autres princes'. Le temps ne manqua pas à Papi H pour venger la mort de son féal ni pour lancer de nouvelles exp ' vers l'Iritît, dans l'Amamît. et par delà, s ment il régna plus de quatre-vingt-dix comme le prétend l'auteur du Canon chr nologique de Turin1, mais les monumen sont presque muets sur son compte et r nous apprennent rien de ce qu'il pi faire en Nubie. Une inscription de deuxième année prouve qu'il contîn d'exploiter les mines du Sinai et qu'il les défendit contre les Béidouins*. D'autre part, le nombre et a beauté des tombeaux où il est nommé semblent attester que l'Egypte ne pei~.. rien de sa prospérité'. Les découvertes "" "F' L* ""*"' DK
récentes lui ont rendu, comme à ses prédécesseurs immédiats, une réalité que n'ont plus beaucoup des Pharaons moins éloignés de nous. Ces pyramides dont nous déchiffrons le sobriquet dans les textes, on les a déblayées à
I. Inicription du tombeau de Papinakhiti, découverte en\IH9î-W93 et communiquée -par M. Houriant.
t. LiKiD», Auswahl, pi. IV, col. vi, fragni. 59. Les fragments de Manélhon (ndil. L'«er, p. Itli, 10G) et le Canon d'ftratosthènes (Fragm. chrouol., édit. C. Molles, p. 183) «'accordent à lui pn'ler un règne de cent ans.ee qui pourrait faire croire que le chiffre des unités perdu dans le Canon de Turin était un neuf : Papi II serait mort dans la centième année de «on règne. Le régne de cent ans est impossible : Mihtimsaouf 1" ayant régné quatorze ans, il faudrait admettre que Papi 11, lllsde Papi I". aurai! vécu eent quatorze ans nu moins, même en admettant qu'il fût enfant posthume. La solution la plus simple consisterait à supposer : I" ou que Papi II vécut eent ans, comme plus tard llamsès II, et que l'on a confondu ses années de vie avec ses années de règne; î'ou. qu'étant frère de Mihtimsaouf I", il fut considéré comme associé au trône, et que les cent années de règne, renfermant les quatorze années de ce dernier prince, s'identifient avec les cent années de vie. On peut croire encore que les chronographes, manquant de renseignements sur la VIII" dynastie, ont comblé la lacune qu'ils trouvaient dans leurs annales, en allongeant le règne de Papi II, qui de toute façon devait être fort long.
3. Lottm de LtvAL, Voyage dont ta presqu'île du Sinai, Ins. hier., pi. i, n° I ; LEPsurs, Denkm., Il, 1)6 a; Account of ihe Surrey, p. 174. Il eiploita également les carrières de llatnoubou (Blacsdis- FB.11M, Collection of Hieralic Graffiti from the Alabaster Quarry of Hat-nub, pi. XV, 3).
4. Destin de lloudicr, if après la photographie d'Emile ltrug*rh-Ury. La momie est déposée aujourd'hui lu Musée de Giiéh (cf. Hisruio, Guide du I tuteur au Mutée de lloulaq, p. 317-318, n* KÎS(I).
5. A Kasr-es-Sayad, n" l-i (Prisse r'Atimes. Lettre à M. Champollion-Figeac, dans la Heine Archéologique, f "série, t. I. p. 73Î-733. et Monuments égyptien», pi. V; Lepsii's. Denkm., Il, 113 g., 1 M c-l), à Assouàn (Bbdge, Excavations marte at Aswiln, dans les Prmeedingi do la Société d'Archéologie Biblique, t. X, p. 17 sqq.; Boi'ittm, te* Tombeau* d' Allouait, dans le liccueil, t. X, p. 181 sqq.), J Moliammed-beni-Xourour (StvcE, Gleaningi front the l.amtof tlgypt, dons le Itccueit, t. XIII. p. 65-(i7; cf. M.i*«(io, Sur [inscription de Zaau, ibid., p. 67-70), à Abyd'os (Xaiiette, Catalogue Général, p. 8. sqq.), a Saqqarah (Mispebo, Quatre Années de fouillée, dans les Mémoires pi fientes par les membi'ei de la Million archéologique française au Caire, t. 1, p. IdAill").
436 L'EXPIRE MEMPBITE.
Saqqarah, et les inscriptions qu'elles renferment nous révèlent le nom do souverain qui y reposait. Ounas, Tôt î II), Papi I", Hétésouphis I", Papi II sont maintenant pour nous des personnages aussi nettement définis que Ramsès II et que Séti 1" ; même la momie de Métésouptiis a été découverte près de son sarcophage, et on la voit sous verre au Musée de Gizéh. Le corps est grêle.
mides du groupe sont conçues sur un type uniforme, dont celle d'Ounas avait fourni le modèle. La porte s'ouvre dans le milieu de la face Nord, au-dessous de la première assise, au niveau du sol. Un canal incliné, obstrué de pierres énormes, conduit à une antichambre qui, tantôt reste entièrement nue, tantôt se revêt de longues colonnes d'hiéroglyphes : un couloir horizontal, coupé en son milieu par trois herses de granit, au bout, une salle presque carrée, à gauche trois cellules basses et sans ornements, a droite la chambre oblongue où s'élève le sarcophage. Le toît des deux pièces principales était pointu. 11 se composait de larges poutres en calcaire, accotées l'une à l'autre par l'extrémité supérieure, appuyées sur une sorte de banquette continue qui délimitait l'aire du caveau : la première rangée était surmontée d'une seconde, celle-ci d'une troisième, et les trois réunies défendaient efficacement les appartements du mort contre la poussée des matériaux accumulés ou contre les attaques des voleurs. La partie des murs qui avoïsine le sarcophage est décorée chez Ounas de ces ornements multicolores et de ces portes sculptées et peintes qui imitent la façade d'une maison : c'est en effet la demeure du double, dans laquelle il réside avec le cadavre. Les inscriptions sont destinées, de même que les tableaux des hypogées, à fournir le souverain défunt de provisions, à écarter loin de lui les serpents et les dieux malfaisants, à
1. D'«près li;s relevé» de Naspeuo, la Pyramide rTOunan, dans le Rtcuril dr Tracaui, t. IV, p. ITT.
METÊS0UPH1S 11, N1TÛKR1S ET SA LÉGENDE. «7
empêcher son âme de mourir, à l'introduire dans la barque du Soleil ou dans le paradis d'Osiris. Elles forment comme un livre immense dont les chapitres se retrouvent épars sur les monuments des époques postérieures. Et ce n'est
pas seulement la religion qu'elles nous restituent, c'est la langue la plus ancienne de l'Egypte : la plupart des formules qu'on y lit ont été rédigées sous les premiers rois humains, peut-être même avant Menés'.
La VIe dynastie se perd dans la légende et dans la fable. Elle compta encore deux souverains après Papi Nofirkeri, Mirniri Mihtimsaouf (Métésou-
I. Deism de Houdier, d'apret «ne photographie d'F.nlitr lirug/rh-Bey , prite en 1881, S. M«»ï»o, Archéologie Égyptienne, p. t3l!-136. Les textes gravés dans les chambres de ce* curieuses pyramides onl <■(<.' publias in-exlenso dans le flccueil de Travmij-, du 1. IV nu I. XIV.
phis) II et Nitaouqrît (Nitokris)'. Métésouphis II fut tué, dit-on, dans une émeute, un an après son avènement*. Sa sœur Nitokris, la Belle aux joues de rose, qu'il avait épousée selon la coutume, lui succéda et le vengea. « Elle bâtit une immense salle souterraine ; puis, sous prétexte de l'inaugurer, mais en réalité dans une tout autre intention, elle invita à un grand repas et reçut dans cette salle bon nombre d'Égyptiens, de ceux qu'elle savait avoir été surtout les instigateurs du crime. Pendant la fête, elle détourna les eaux du Nil dans la salle par un canal qu'elle avait tenu caché. Voilà ce qu'on raconte d'elle. On ajoute qu'après cela, la reine se jeta d'elle-même dans une grande chambre remplie de cendres, afin d'éviter le châtiment8. » Elle avait terminé la pyramide de Mykérinos; elle lui avait donné ce coûteux revêtement de syénite qui excitait l'admiration des voyageurs; elle dormait dans un cercueil de basalte bleu, au centre même du monument, au-dessus de la chambre secrète où le dévot Pharaon avait caché sa momie*. Les Grecs, à qui leurs drogmans débitaient l'histoire de la Belle aux joues de rose, métamorphosèrent la princesse en courtisane et substituèrent au nom de Nitokris le nom plus harmonieux de Rhodopis, qui traduisait exactement l'épithète caractéristique de l'Égyptienne5. Un jour qu'elle se baignait dans le fleuve, un aigle lui vola une de ses sandales dorées, l'emporta dans la direction de Memphis et la laissa tomber sur les genoux du roi qui rendait la justice en plein air. Celui-ci, émerveillé et par la singularité de l'aventure et par la beauté du soulier mignon, fit chercher dans tout le pays la femme* à laquelle il appartenait : Rhodopis devint ainsi reine d'Egypte et put se construire une pyramide*. Le
1. Métésouphis II est mentionné dans la table d'Abydos (Mariette, la tourelle Table d Abydo*,p. 16: cf. lievue Archéologique, 2e série, t. XIII, p. 88), comme dans Manéthon (édit. Fisger, p. 106). Nitaouqrît est nommée dans Manéthon (édit. L'nger, p. 102, 106), dans ftratosthènes (Fragm. chronol., p. 183) et dans le canon royal de Turin (Lepsus, Auswahl der wichtigsten Urkunden, pi. IV, coW v. fragm. 43) où elle fut découverte par E. de liougé (Examen de l'Ouvrage de M. le Chevalier de Bunsen, II, p. »). Lesueur (Chronologie des rois d'Egypte, p. 223, 268), puis Stern (Die Handbemerkungen in dem manelhonischer Kœnigscanon, dans la Zeitschrift, 1885, p. 92) ont soutenu que Nltaouqrit n'était pas un nom de femme, et que la reine Nitokris était un Pharaon •Nitaqerti. Mcyer (Geschichle des Aller Ihxuns, t. I, p. 104-105, et Geschichle des Alten /Egyplens, p. 139) ne croit pas que la Nitaouqrit du Papyrus suive immédiatement Métésouphis, mais il intercale plusieurs rois entre les deux.
2. Manéthon, édit. Unc.er, p. 102, 100-107, ne mentionne pas ce fait, mais la légende racontée par Hérodote disait que Nitokris avait voulu venger le roi son frère et son prédécesseur, tué dans une révolution, et de l'énoncé même des faits il résulte que ce frère anonyme était le Métésouphis de Manéthon (Hérodote, II, c). Le papyrus de Turin (Lkpsus, Auswahl der wichtigsten Urkunden, pi. IV, col. vi, fragm. 59) attribue à Mihtimsaouf-Métésouphis II un an et un jour de règne.
3. Hérodote, II, c; cf. Wiedemann, llerodot's Zweites Huch, p. 399-400.
4. La légende d'après laquelle la troisième pyramide avait été construite par une femme, a été recueillie par Hérodote (II, cxxxiv) : E. de Bunsen, la rapprochant des observations de Vyse, eut l'idée d'attribuer à Nitokris l'agrandissement du monument (Mgyplcns Stelle, t. II, p. 236-238), qui me parait être l'œuvre de Mykérinos lui-même; cf. ce qui est dit p. 376, 380-381 du présent volume.