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LES COMMENCEMENTS DE LA PRINCIPAUTÉ THÊBAINE

dont on les désignait, le* frappé* vivant* — sokirou ônkhou, — indique assez la façon dont on se les était procurés. Les bandes se recrutaient en partie chez les possesseurs de fiefs militaires, en partie chez les tribus du désert ou de la Nubie. Les princes conservèrent, grâce à leur appui, l'indépendance réelle qu'ils avaient conquise sous les derniers Memphites : partout, à Hermopolis, à Siout, à Thèbes, ils fondèrent de véritables dynasties, liées très intimement à la dynastie pharaonique et parfois ses égales, bien qu'elles ne s'attribuassent ni la couronne ni le double cartouche. Thèbes surtout était

merveilleusement placée pour devenir la capitale d'un État important. Elle s'élevait sur la rive droite, à l'extrémité septentrionale du coude que le fleuve décrit vers Hermonthis, et au centre d'une des plaines les plus fertiles qu'il y ait en Egypte. Juste en face d'elle, la chaîne Libyque lance un rameau escarpé, entrecoupé de ravins et de cirques arides, et séparé de la berge par une simple langue de terre cultivée, facile à défendre. Une troupe d'hommes aguerris postée sur cet isthme commandait le bras navigable, interceptait à volonté le commerce de la Nubie et barrait complètement la vallée aux armées qui auraient tenté de passer outre sans en avoir acheté l'autorisation. Les avantages du site ne semblent pas avoir été appréciés au temps des Memphites : la Haute Egypte n'avait alors qu'une vie politique assez languissante, et Thèbes demeura un village obscur, incorporé au nome d'Ouisit sous la dépendance d'Hermonthis. Elle ne commença à prendre conscience de sa force que vers la fin de la VIII" dynastie, quand la chute des Memphites eut consommé le triomphe de l'esprit féodal sur la royauté*. Une famille originaire

I. /vit m de Faurher-G'idin, d'api** une peinture du tombeau d Amnni-Amenemhâit, à Béni-Hatton {cf. >»i«,i, Beni-llataa, t. 1, pi. XVI),

t. lie fui de>ienl des plus probables si l'on compare le nombre officiel de ces princes avec le plus irsisemMable de* chiffres qui marquent la durée des deux dynasties Héracléopoli laines (Masfsim, Quatre Aantri de fouille*, dans les Mémoire» de la Million Fratieattr du Caire, l, I, p. 34U).

d'Hermonthis, s'il faut en juger par le nom de Monthotpou que ses membres affectionnèrent, s'y établit, en fit la capitale d'une petite principauté qui s'arrondit rapidement aux dépens des nomes voisins1. Tous les bourg» et toutes les villes de la plaine, Mâdout*, Hfouît8, Zorît4, Hermonthig, puis, vers le sud, Àphroditopolis Parva au défilé des Deux Montagnes qui marquait la frontière du fief d'El-Kab, Kousit vers le nord, Dendérah, Hou, tombèrent entre les mains des Thébains, et enflèrent démesurément leur apanage. Les baronnies voisines d'El-Kab, d'Éléphantine, de Coptos, de Kaar es-Sayad, de Thinis, d'Àkhmîm acceptèrent plus ou moins volontairement leur suprématie. Le premier d'entre eux, Antouf, ne s'arrogeait d'autre qualité que celle de Sire de Thèbes5 : il s'inclinait encore devant la suzeraineté des Héracléopolitains. Ses successeurs se crurent assez robustes pour la rejeter et usurpèrent les insignes de la royauté, l'urseus et le cartouche : Monthotpou Ier, Antouf 11, Antouf III, furent ce que les annalistes appelèrent plus tard des Horus, des souverains de l'Egypte du midi, maîtres de la Nubie et des vallées perdues entre le Nil et la mer Rouge6. Ils ne manquèrent pas d'invoquer à l'appui de leurs ambitions le souvenir d'alliances contractées jadis avec des filles de race solaire : ils se targuaient de descendre des Papi, d'Ousirniri Ànou, de Sahourî, de Snofroui, et d'annuler par l'antiquité de leurs titres les droits plus récents de leurs rivaux7.

Leur révolte mit fin à la IXe dynastie; la Xe usa ses forces contre eux sans réussir à les ramener dans le devoir8. Elle fut pourtant soutenue par la

1. Le dieu d'Hermonthis s'appelle Montou : le nom de Monthotpou, le dieu Mont ou s'unit à lui, marque donc probablement l'origine hermonthite des princes qui le portent. Sur l'étendue de la principauté thébaine, telle qu'on peut la déduire des litres des prêtresses d'Amon sous la XXI* dynastie, voir Maspero, les Momies Royales de Déir el-Bahart, dans les Mémoires de la Mission du Caire, t. I, p. 715-716.

2. Mâdout ou Màdit est aujourd'hui Médamôt, ou Kom-Madou, au IN.-E. de Thèbes (Brugsch, Geographische lnschn'ften, t. 1, p. 197; Dictionnaire Géographique, p. 312-313).

3. llfouît, Tuphion, aujourd'hui Taoud (Brugsch, Dictionnaire Géographique, p. 494-495).

4. Zorit, aujourd'hui le petit village d'ed-Dour (DCmichen, Geschichte des Allen Mgyptens, p. 65).

5. C'est à lui, je crois, qu'appartient la stèle de l'Ancien Musée de Boulaq (Mariette-Maspkro, Monuments divers, \>\. 50 b et p. 1 6 ; Maspero, Guide du Visiteur, p. 34 et planche), reproduite à la page 115 de cette Histoire. Il est en tous cas l'Antouf qui, dans la Salle des Ancêtres de Karnak, n'a que le titre de prince, râpât tou, sans les cartouches (Prisse d'Avkxnes, Notice sur la Salle des Ancêtres, dans la Revue Archéologique, lr# série, t. I, pi. XXIII, et Lepsu's, Auswahl der wichtigsten Vrkunden, pi. 1).

6. Le titre d'Horus est attribué dans la Salle des Ancêtres à plusieurs Antouf et Monthotpou qui ont le cartouche. C'est probablement une façon ingénieuse qu'a employée le rédacteur de marquer la position subordonnée de ces personnages à côté des Pharaons Héracléopolilains, les seuls qui, même au temps des grandes dynasties Thébaines, eussent le droit de figurer sur les listes officielles. La place dans la XI* dynastie des princes intitulés Horusa été déterminée pour la première fois par E. de Bougé, Lettre à M. Leemans, dans la Revue Archéologique, V* s., t. VI, p. 561 sqq.

7. Ousirlascn l*r consacrait une statue à son père Ouairnirî Anou, de la \* dynastie (Lepsiks, Auswahl der wichtigsten Urhunden, pi. IXfl-r); ce pharaon, Sahouri et Snofroui figuraient, dans la Salle des Ancêtres, parmi les ascendants de nos princes et des Pharaons Thébains de la XVI 11° dynastie.

8. L'histoire de la famille Thébaine a été reconstituée parallèlement à celle des dynasties Héracléopolitaines par Maspero, dans la Revue Critique, 1889, t. II, p. 220. La difficulté que présentait le nombre des rois qu'elle compte dans Manéthon, comparé aux quarante-trois ans qu'elle aurait duré,

LA PRINCIPAUTÉ IlE SÎOUT.

féodalité du centre et du nord, surtout par les sires du Térébinthe qui voyaient de fort mauvais œil la fortune subite des Thébains1. La famille qui détenait alors le fief de Siout y commandait depuis trois générations", lorsque

la guerre éclata. Ses débuts avaient coïncidé avec l'avènement d'Akhthocs, et son élévation fut probablement la récompense des services rendus par son chef au chef des Héracléopolitains3. Elle possédait depuis lors un titre

a été écartée par B.imvcin, Ditcorei rriliti raura la Cronologia Eghia, p. 131-134. Ce» u,uaranlc-troiB années représentent le temps que la dynastie thébaine a régné seule et pour lequel elle avait éle inscrite au Canon; le nombre des rois comprend, cil plus des personnages reconnus comme Pharaons, les princes contemporain» des llcracléopolilain» qui constituaient officiellement la X* dynastie.

1. Les tombeaux de Sionl ont èlé classés longtemps dans la Mil- dynastie (ainsi encore par Wie- ■eii», ,Egypiiiclic Geëchirhle, p. fil-tli, et par En. Meykk, Oetchkkte dei Allen jEgt/plent, p. 199, note t). L'attribution que j'eu avais faite au* dynasties Héradcopolitaincs (Quatre Annie* de fouillet, dans les Mémoire» de la Million du Caire, t. I, p. 133) a été confirmée pour trois d'entre eux, Ici n- III, IV et V, par les travaux de M. Gairnrn, The. Inirriptiom of Siûl and Dtr-llifeh, et ISabyloinan and Oriental Record, t. III, p. 111-139, 164-168. 174-184. L'histoire de la famille qui gouverna le nome du Térébinthe, telle qu'elle est eiposée ici, a été déterminée pour la première fois dans la Renie Critique, I88!>. 1. II. p. 410-431. ù propos de l'ouvrage de H. GrilSth.

1. C'est ce qu'on doit conclure d'un passage de la Grande Inscription de Khlti II (GatrriTH, The Inscription! of Siûl, pi. XIII, 1. 8 = pi. XX, I. 3), très ingénieusement interprété par Griffith [Babylon<an and Orientât Record, t. III, p. 161) : ce prince se vantait d'élra descendu de cinq princes, hiqou, ce qui nous oblige à admettre une série de trois princes à Siout avant son grand-père Khlti I".

3. En accordant aui princes de Siout une moyenne de règne égale à celle des Pharaons, et en admettant que la IX" dynastie se compose de quatre ou cinq rois, comme l.epsius l'admet (Ktinigëliuch, p. 56-51), l'avènement du premier de ces princes coïncide très suftisamment avec le règne d'A ththoès. l.e nom de Khlti, que porte»! deu\ des nu-mlire» de cotte petite dynastie locale, serait peut-être un souvenir de celui du Pharaon Khlti Miribrl ; il v a d'ailleurs, dans la série des souverains Héracléopolitains, un second Khlti. dont l'un des Khlti de Siout a pu être le contemporain. La famille prétendait avoir une origine 1res reculée et disait d'elle-même qu'elle était unr rentrée antique (CwrnTi, The Inscription» of Siût. pi. XIII, I. 8 = pi. XX, I. 31 : ce qu'elle devait à Khlti I" ou aui autres rois d'Iléracléopolis, c'était le titre plus relevé et le pouvoir de prince — hiqou.

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de régent — hiqou — que les Pharaons ne dédaignaient pas à l'occasion et la faveur dont elle jouissait avait crû d'année en année. Khîti Ier, le quatrième en date de ses princes, avait été nourri dans le palais d'Héracléopolis et il avait appris à nager avec les enfants royaux1. De retour chez lui, il demeura l'ami personnel du souverain, et gouverna sagement ses États, nettoyant les canaux, encourageant la culture, allégeant les impôts, sans négliger les milices : c'était par milliers qu'il comptait les soldats de sa grosse infanterie recrutée parmi l'élite des gens du nord, de son infanterie légère

recrutée parmi l'élite des gens du sud'. Il s'opposa de tout son pouvoir aux prétentions thébainess, et son fils Tefabi marcha sur ses traces. « La première fois, dit-il, que mes fantassins combattirent les nomes du sud qui étaient venus réunis ensemble, depuis Éléphantine au midi, jusqu'à Gaou vers le nord*, je vainquis ces nomes, je les repoussai vers la frontière méridionale, je parcourus en tout sens la rive gauche du Nil. Quand j'arrivais à une ville, je renversais ses murs, je m'emparais de son chef, je l'emprisonnais sur le port, jusqu'à ce qu'il me payât rançon. Dès que j'en avais fini avec la rive gauche et que personne ne s'y trouvait plus qui eût le courage de résister, je passais sur la rive droite, et je faisais force de voiles vers un autre chef, ainsi qu'un lévrier à la course rapide.... Je naviguais par le vent du nord comme par celui de Test, par celui du sud comme par celui de l'ouest, et quiconque j'abordais, je triomphais de lui complètement; il était précipité à l'eau, ses bateaux se jetaient à la rive, ses soldats semblaient des taureaux sur qui le lion se rue; je cernais sa ville d'un bout à l'autre, je saisissais ses

1. C.Rim™, The Inscriptions of Siût and Dér-Rifeh, pi. XV, 1. 22; cf. Mariette, Monuments divers, pi. LXV1II d\ E. et J. de Roitgk, Inscriptions recueillies en Egypte, pi. CCLXXXVIII; Brcgsch, Thesaurus lnscript ionum Jïgyptiacarum. p. 1501, 1. 6. Cf. p. 300 de cette Histoire.

2. Griffith, The Inscriptions of Siût, pi. XV, 1. l-î5; cf. Mariette, Monuments divers, pi. LXVIU d, p. 11-22; E. et J. de Rolt.k, Inscriptions, [A. CCLXXXVIII; Brixsch, Thésaurus, p. 1499-1502.

3. C'est ce qui semble résulter de ce qu'on peut lire encore dans les débris d'une longue inscription de son tombeau, publiée par Griffith (The Inscriptions of Siût and Dêr-Hifch, pi. XV, 1. 25-40).

4. Il n'est pas sûr que le groupe inusité inscrit en cet endroit (Griffith, The Inscriptions of Siût and ftêr-liifeh, pi. XI, I. 16), soit le nom de Gaou-el-Kéblr ou du nome Antiropolitc dont Gaou était la capitale : en tout cas, la localité ainsi désignée marquait la limite du royaume thébain vers le nord.

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