LES GUERRES DES PRINCES DE SIOUT CONTRE LES THÊFUINS
biens, je les poussais dans le feu. » Grâce à son énergie et à sa bravoure, il « détruisit la rébellion par le conseil et selon les plans du chacal Ouapouaîtou, le dieu de Siout ». Dès lors, il n'y eut « canton au désert qui fût à l'abri de ses terreurs a, et il « promena la flamme à son gré parmi les nomes du sud s. Dans le temps même qu'il portait la désolation chez ses ennemis, il s'appliquait à guérir les maux que l'invasion avait déchaînés sur ses propres sujets. Il rendit si exacte justice que les malfaiteurs disparurent comme par enchantement. « Quand la nuit arrivait, quiconque couchait sur les routes me bénissait parce qu'il y était en sûreté autant que dans sa propre maison, car
l'effroi que mes soldats répandaient le protégeait, et les bestiaux restaient sans péril aux champs ainsi qu'à 1 etable : le voleur était devenu l'abomination du dieu et ne pressurait plus le serf, si bien que celui-ci ne se plaignait plus jamais, mais payait la redevance exacte de ses terres par amour pour moi* ». Khiti 11, fils de Tefabi, vit les Héracléopolitains maîtres encore dans l'Egypte du nord, mais déjà contestés et menacés par la turbulence de leurs vassaux : Héracléopolis elle-même chassa le Pharaon Mirikarî, et celui-ci dut se réfugier à Siout, auprès de Khiti qu'il appelait son père*. Khiti rassembla une flotte si considérable qu'elle encombrait le Ni) de Shashotpou au Gebel- Àboufédah, d'une extrémité à l'autre de la principauté du Térébinthe. Ce fut
1. Deisin de Houdier, d'aprèt une photographie dliuingrr, priie en tSSÎ; cf. la Detcriplion de rtgypte, Ant.,t. IV, pl.XLVI.3-*. Celle représentation décorait une des parois de la tombe de Khiti III (Griffitb, The Inscription» of Sîut, p. Il el pi. 14).
ï. Gmfprni, The Intcription» of Siùt and Dér-Ilifeh, pi. XI-XII ; cf. E. et ). M Roics, Inscription! recueillit* en Egypte, pi. CCXOCCXC1I ; Drucsck, Theiaurue iiitcriptionum, p. 1507-1511. Cette Inscription, demeurée inachevée, puis surchargée par Tefabi lui-même, a été traduite, ou plutôt interprétée, pour la première fois par Maspero, dans la Revue Critique, 1889, t. Il, p. 415-418.
3. Dans l'une des inscriptions de son tombeau (GnirirtH, The Intcripliont ofSiàt, pi. XIII, I. IG = pi. XX, I. H), le rédacteur, s'adressa lit à khiti, appelle le l'haraon Nirikarl, • ton Aïs >.
en vain que les rebelles se coalisèrent avec les Thébains : Khiti < sema l'épouvante sur le monde et châtia les nomes du sud à lui seul » . Tandis qu'il descendait le courant pour ramener le suzerain dans sa capitale, > le ciel se rassérénait et le pays entier se ralliait à lui ; les commandants du sud et les archontes d'Héracléopolis, leurs jambes vacillent sous eux quand l'uraeus royale, régente du monde, vient pour refouler le crime, la terre tremble, le Midi s'enfuit en barque, tous les hommes se sauvent éperdus, les villes se soumettent, car la crainte envahit leurs membres ». Le retour de Mirikarf fut une promenade triomphale : i quand il atteignit Héracléopolis, la population courut à sa rencontre, en joie de son maître, les femmes pêle-mêle avec les hommes, les vieillards comme les enfants1 j>. La fortune changea bientôt1. Les Thébains, toujours vaincus, revenaient toujours à la charge; ils triomphèrent, après environ deux siècles d'efforts, et rangèrent sous leur sceptre les deux moitiés rivales de l'Egypte *.
Le peu que nous entrevoyons de leurs origines nous donne l'idée d'une race énergique et intelligente. Confinés dans la région la moins peuplée et, somme toute, la moins riche de la vallée, absorbés au nord
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dans des guerres perpétuelles qui épuisaient leurs ressources, ils trouvèrent encore le temps de bâtir, à Thèbes et sur les points les plus divers de leur territoire. Vers le midi, si leur domination ne progressait guère, du moins elle ne reculait pas, et la portion de la Nubie
1. Garni™, The Inscriptions of Siùt, pi. XIII = jil. XX; cf. Deteription de FÉgypte. Atil.. t. IV. |>l. XLIX, 3; J.epsius Dcnkm., Il, 1511 g; Humeitr. Monuments Divers, pi. l.XIX a: K. et J. ne HorsÉ, liiiaipliviir, pi. CCXCIII; Baisse», Thésaurus Inscriplioniim, p. 1503-1.1(10. Ce teite important a été analysé el traduit en partie |>ar Maipero, dans la Itevitc Critique, 1B80, t. Il, p. jl H-AI9.
*. On peut supposer i|tie la surcharge a été ciéculée dans un moment où les Pharaons Thébains avaient reprit l'avantage, et peut-être étaient déjà maîtres île Siout : il n'eut |ias été politique d'achever une inscription où l'on rarontait comment le prince Tcïahi avait malmené les vainqueurs.
.H. J'ai adopté pour la durée de cette seconde dynastie lléracléopolitaine le chiffre de 183 ans indiqué par l.cpsius comme étant le plus vraisemblable de ccui qu'on lit dans Hanéthon (KdiiigsBurh, p. S6-ST).
t. Destin lie Fauchcr-Gudin, d'après l'original conservé au Mutée du Louvre; cf. Misreao, Soin au jour te jour, § 10. dans les Pruceedings de la Société d'Archéologie Biblique, t, XIII, p. .130, l.a [latcltc est en bois, au nom d'un personnage contemporain, les hiéroglyphes sont incrustés en lil d'argent: elle vient probahlemenl de la nécropole de Mélr, un peu au nord de Sioul. La pyramide funéraire du Pharaon Nirikarl est mentionnée sur un cercueil du Musée de Berlin (Hasi-mlo. Soirs au jour U jour, g Ifi, dans les Proceedings de la Société d'Archéologie Biblique, t. XIII, p. 5il-j33).