‹ Histoire ancienne des peuples de l'Orient classiqueChapitre 213 sur 374 · AMENEMHÀIT I- : L'AVENEMENT DE LA XII- DYNASTIE · texte numérisé non relu

AMENEMHÀIT I- : L'AVENEMENT DE LA XII- DYNASTIE

dynastie nouvelle, était îhébain de race, mais nous ignorons s'il possédait des droits et comment il s'y prit pour asseoir solidement sa domination1. Qu'il eut usurpé la couronne ou qu'il l'eût héritée légitimement, il se montra digne du rang où la fortune l'avait haussé : la noblesse vit renaitre en lui un type de souverain qu'elle ne connaissait plus guère que par tradition, le Pharaon convaincu de sa divinité et résolu à la faire prévaloir envers et contre tous.

Il inspecta la vallée d'un bout à l'autre, principauté à principauté, nome à nome, * écrasant le crime et se levant comme Toumou lui-même, restaurant ce qu'il trouvait en ruines, délimitant les villes entre elles et fixant à chacune ses propres frontières ». Les guerres civiles avaient tout désorganisé : on ne savait plus quels impôts les cités devaient payer, quelles portions du sol leur appartenaient, ni comment elles pouvaient trancher équitablement les questions relatives à l'irrigation. Amenemhàit redressa leurs stèles de délimitation et restitua à chacune ce qui avait jadis dépendu d'elle : « Il leur répartit les

1. Brugsch (Grtehiehie Mqyptem, p. 117] en Fait un descendant du prince de Thèbes Àroencmhàll qui vivait sous ïlonlliolpou Nibtoouirl, cl qui alla chercher le sarcophage de ce Pharaon à l'Ouadv lia rn marnai. Il y reconnaissait précédemment {lliiloire d'Egypte, î* édil., p. 80. 81) ce prince luimême. L'une ou l'autre de ces hypothèses devient vraisemblable, selon que l'on classe Nibtoouirl avant ou après Nibkhrouuri (ef. Mjjkfio, dans la Revue Critique, 1875, t. 11. p. 390-391).

•i. Dessin de lloudier, it après le croquis de Pitme, Te» Years Dïggintj in F.rjypt, p. H, n" S.

eaux, selon ce qu'il y avait dans les cadastres d'autrefois1 ». Les seigneurs hostiles ou douteux perdirent tout ou partie de leurs fiefs : ceux qui avaient bien accueilli le régime nouveau furent récompensés de leur zèle et de leur fidélité par un accroissement de territoire. Le sire de Coptos fut estimé trop tiède et remplacé promptement*. La baronnie de Siout dévolut à une branche de la famille moins belliqueuse et surtout moins fidèle à la vieille dynastie que celle deKhiti ne l'avait été*. Le prince du Lièvre, Nouhri, s'agrandit d'un morceau de la Gazelle, et son beau-père Khnoumhotpou Ier reçut la moitié orientale du même nome avec Monâit-Khoufoui pour capitale*. Des expéditions contre les Ouaouaiou, les Màzaiou, les Nomades de Libye et d'Arabie délivrèrent le fellah des incursions qui le ruinaient, et assurèrent la sécurité du dehors5. Amenemhâit eut d'ailleurs le bon esprit de comprendre que Thèbes n'était pas la résidence qui convenait au maître de l'Egypte entière : elle était reléguée trop au Sud, mal peuplée, mal bâtie, sans monuments, sans prestige, presque sans histoire. 11 la remit à l'un de ses parents qui la gouverna pour lui*, et il alla s'établir au centre du pays, en mémoire des glorieux Pharaons dont il prétendait descendre. Mais les anciennes cités royales de Khéops et de ses enfants n'existaient plus, et Memphis était encore, ainsi que Thèbes, une ville de province, à laquelle ne se rattachaient guère d'autres souvenirs que ceux de la VIe et de la VIIIe dynastie. Il s'installa, un peu au sud, dans les environs de Dahshour, au château de Titooui7, qu'il élargit et

1. Inscription de Béni-Hassan, 1. 36-46; cf. Maspf.ro, la Grande Inscription de Beni-Hassan, dans le

Recueil de Travaux, t. 1, p. 162; Fr. Krebs, De Chnemothis Xomarchi Inscriptione ,€gyptiacâ, p. 42-S3.

t. D'après une stèle encore inédite de Monthotpou, qui a été découverte par Pétrie à Coptos en 1894.

3. L'inscription funéraire de Hâpi-Zaoufi, datant d'Ousirtasen Ier (Griffith, The Inscriptions of Siû and Dêr-Bifeh, pi. IV, et Babylonian and Oriental Becord, t. III, p. 167-168). Hàpi-Zaouti lui-même a dû commencer à gouverner sous Amenemhâit I*r. Les noms de ses parents diffèrent entièrement de ceux qu'on rencontre dans les tombes de l'époque Iléracléopol Haine et indiquent une autre famille ou Hâpi-Zaoufi, ou son père, étaient des princes nouveaux qui devaient leur élévation aux Thébains.

4. Maspero, la Grande Inscription de Béni-Hassan, dans le Becueil de Travaux, t. I, p. 177-178; Newberry, Beni-Hasan, t. Il, p. 14, où l'on trouvera le tableau généalogique de cette famille.

5. Papyrus Sa Hier n° i, pi. II, 1. 10, — pi. III, 1.1. Montounsisou, prince de Thèbes, se vante, en l'an XXIV, d'avoir battu les Maîtres des Sables, les Bédouins du Sinai et les Nomades qui habitaient le désert entre le XSil et la Mer Rouge; il avait ravagé leurs champs, pris leurs villes, pénétré dans leurs ports (Maspero, Un Gouverneur de Thèbes au début de la XIIm dynastie, dans les Mémoires du premier Congrès international de Paris, t. II, p. 60-61). Ces événements avaient dû s'accomplir avant l'an XX d'Amenemhâtt, c'est-à-dire pendant le règne d'Amenemh&tt I*r seul.

6. Montounsisou, dont il vient d'être question, a tout à fait les allures d'un grand baron, faisant la guerre et administrant le fief de Thèbes pour son souverain (Stèle C 1 du Louvre, dans Gayet, Stèles de la XII* dynastie, pi. 1; cf. Maspero, Un Gouverneur de Thèbes, dans le Congrès International de Paris, t. II, p. 48-61).

7. Ce château de Titooui lui est attribué comme résidence royale sur la stèle de l'an XXX, découverte dans la nécropole d'Abydos (Mariette, Abydos, t. Il, pi. 22; cf. Banville-Kougk, Album photographique de la mission de M. de Bougé, n° 146); son établissement en cet endroit paraît avoir été enregistré au Canou de Turin comme marquant un événement de l'histoire d'Egypte, probablement le commencement de la XII* dynastie (Lepsiis, Auswahl, pi. IV, fragm. 64). Sur l'identification de Titooui avec un site voisin de Dahshour, voir B fut, se h, Dictionnaire Géographique, p. 983-985; un passage de la stèle de Piànkhi montre qu'en tout cas cette place était située entre Memphis et Méidoum.

L'ASSOCIATION D'OUSIUTASEN î" À LA COURONNE. m

dont il fit le siège de son administration. L'Egypte, se sentant dans une main ferme, respira librement après des siècles d'angoisse, et son souverain put se féliciter en toute sincérité de lui avoir ramené la paix. « J'ai fait que l'endeuillé ne fût plus en deuil et sa plainte n'a plus été entendue, — les batailles perpétuelles, on n'en a plus vu, — tandis qu'avant moi l'on s'était battu comme un taureau oublieux de hier — et que le bien-être de personne, ignorant ou savant, n'était stable. » — « J'ai labouré le pays jusqu'à Éléphantine, — j'y ai répandu la joie jusqu'aux marais du Delta. — Le Nil a concédé l'inondation des champs à mes prières : — point d'affamé sous moi, point d'altéré sous moi, — car on agissait partout selon mes ordres — et tout ce que je disais était un nouveau sujet d'amour1. »

11 y avait sans doute auprès de lui, comme auprès de tous les souverains orientaux, plus d'un homme de cour dont la résurrection du pouvoir royal lésait la vanité ou les intérêts, gens qui trouvaient leur compte à s'entremettre entre Pharaon et son peuple, et que la présence d'un prince déterminé à tout mener par lui-même gênait dans leurs intrigues ou dans leurs exactions. Us ourdirent contre Àmenemhâît des complots auxquels il échappa à grand' peine. « Ce fut après le repas du soir, quand vint la nuit, — je me livrai une heure à la joie, — puis je me couchai sur les couvertures moelleuses de mon palais, je m'abandonnai au repos, — et mon cœur commença de se laisser aller au sommeil; quand, voici, on assembla des armes pour se révolter contre moi, — et je devins aussi faible que le serpent des champs. — Alors je m'éveillai pour combattre moi-même, de mes propres membres, — et je trouvai qu'il n'y avait qu'à frapper qui ne résistait pas. — Si je prenais un assaillant les armes à la main, je faisais tourner dos à cet infâme; — il n'avait plus de force même dans la nuit; nul ne lutta, — et rien de fâcheux ne se produisit contre moi*. » La promptitude avec laquelle Amenemhâît se jeta sur les conjurés les déconcerta, et la rébellion fut étouffée, ce semble, la nuit même où elle éclata. Cependant il vieillissait, son fils Ousirtasen était fort jeune, et les grands s'agitaient en prévision d'une succession qu'ils supposaient être prochaine3. Le meilleur moyen de couper court à leurs mauvais desseins et de garantir l'avenir de la dynastie consistait à désigner soi-même

Page 1