‹ Histoire ancienne des peuples de l'Orient classiqueChapitre 214 sur 374 · Papyrus Sallier «° 2, pi. I, I. 7-9, pi. II · texte numérisé non relu

Papyrus Sallier «° 2, pi. I, I. 7-9, pi. II

t. Papyrus Sallier n° 2, pi. I, 1. 9, — pi. Il, 1. 3; cf. le petit mémoire de DCmichen, Bcricht ùber eine Harem verse h wôrung un 1er A mené m ha /, dans la Zeitschrift, 1874, p. 30-35.

3. C'est ainsi que je comprends le passage du Papyrus Sallier n° 9, pi. 111, I. 5, où Amenemhàtt dit qu'on abusa de la jeunesse d'Ousirtascn pour conspirer contre lui, et compare les malheurs occasionnés par ces complots aux dégâts produits par les sauterelles ou par le Nil.

l'héritier présomptif et à l'associer par anticipation au pouvoir souverain. L'an XX, Àmenemhàît conféra solennellement à son fils Ousirtasen les titres et les privilèges de la royauté : « De sujet que tu étais je t'élevai, — je te concédai le libre usage de tes bras, pour qu'on te craignît à cause de cela. — Quant à moi, je me parai des fines étoffes de mon palais jusqu'à paraître aux yeux comme les fleurs de mon jardin, — et je me parfumai d'essences aussi libéralement que si je versais l'eau de mes citernes1. » Ousirtasen assuma naturellement à son compte les devoirs actifs de l'emploi. « Ce fut un brave qui agit par l'épée, un vaillant qui n'eut point d'égal : il voit les barbares, s'élance, fond sur leurs hordes pillardes. C'est un lanceur de javelines, qui rend débiles les mains de l'ennemi; ceux qu'il touche ne lèvent plus la lance. C'est un redoutable, qui brise les fronts à coups de masse, et à qui Ton n'a point résisté en son temps. C'est un coureur rapide qui fiert de l'épée le fuyard, mais qu'on ne joint pas à courir après lui. C'est un cœur debout en son heure. C'est un lion qui frappe de la griffe et ne lâche jamais son arme. C'est un cœur cuirassé à la vue des multitudes et qui ne laisse rien subsister derrière lui. C'est un brave qui se rue en avant quand il voit la lutte. C'est un soldat joyeux de foncer sur les barbares : il saisit son bouclier, il bondit, et sans redoubler son coup, il tue. Personne ne peut éviter sa flèche; aussi, sans qu'il ait besoin de tendre son arc, les barbares fuient ses bras comme des lévriers, car la Grande Déesse* lui a donné de combattre qui ignore son nom, et, quand il atteint, il n'épargne rien, il ne laisse rien subsister*. » Le vieux Pharaon « restait au palais » attendant que son fils vint lui annoncer le succès de ses entreprises4, et contribuait par ses avis à la prospérité de l'empire commun. La réputation de sagesse qu'il s'acquit de la sorte devint telle qu'un écrivain, à peu près son contemporain, composa sous son nom un pamphlet où il était censé adresser à son fils ses instructions posthumes sur l'art de gouverner. Il lui apparaissait en rêve et, l'apostrophant : * Écoute mes paroles. — Tu es roi sur les deux mondes, prince sur les trois régions.

1. Papyrus Sallicr u'i, pi. I, ). 5-7. On a discuté assez longtemps sur la date à laquelle il convient de fixer l'association d'Ousirtascn I" à la couronne. Celle de l'an XX est prouvée par une stèle d'Abydos (Mariette, Notice des Principaux Monuments, 18G4, p. 85-80, n° 72, Abydos, t. Il, pi. XXII, Catalogue Général, p. 104-105, n° 558; Banville-Hoigk, Album photographique, nJ 14G, Inscriptions recueillies en Egypte, pi. VIII) qui date des ans XXX d'Amenemhàit Ier et X d'Ousirtascn l*r.

2. Sokhît, la grande déesse à la tête de lionne, qui avait détruit les hommes sur Tordre de Rà et qui s'était enivrée de leur sang (cf. p. 1G5-1GG du présent volume); elle était demeurée, à la suite de cet exploit, la maîtresse des champs de bataille et du carnage.

3. Papyrus de Berlin nJ /, 1. 51-65; cf. Maspkro, le Papyrus de Berlin n° 1, dans les Mélanges d' Archéologie Égyptienne et Assyrienne, t. III, p. 77-82, et les Contes populaires, 2* édit., p. 103-103.

4. Papyrus de Berlin ?«° /, I. 50-51; cf. Maspero, les Contes populaires, 2« éd., p. 101-102.

LE PRINCIPE DE L'ASSOCIATION AU TRONE PRÉVAUT DANS LA XII* DYNASTIE. 467

— Agis mieux encore que n'ont fait tes prédécesseurs. — Entretiens la bonne harmonie entre tes sujets et toi, — de peur qu'ils s'abandonnent à la peur;

— ne t'isole pas au milieu d'eux ; — n'emplis pas ton cœur, ne fais pas ton frère, uniquement du riche et du noble, — mais n'admets pas non plus auprès de toi les premiers venus dont on ignore la place1. » Il appuyait ses conseils d'exemples empruntés à sa propre vie et qui nous ont enseigné quelques-uns des faits de son histoire. Ce petit ouvrage se répandit et devint rapidement classique ; on le copiait encore dans les écoles de la XIXe dynastie et les jeunes scribes l'étudiaient comme exercice de style*. L'association d'Ousirtasen à la couronne avait tellement accoutumé les Égyptiens à considérer ce prince comme roi de fait, qu'ils en arrivèrent insensiblement à ne plus écrire que son nom sur les monuments8. Il se trouvait engagé dans une guerre contre les Libyens quand Amenemhâit mourut, après un règne de trente ans. Les hauts fonctionnaires de la couronne, redoutant l'émotion populaire ou peut-être une tentative d'usurpation de la part de l'un des princes du sang, tinrent la nouvelle secrète, et expédièrent un courrier au camp pour rappeler le jeune roi. Celui-ci quitta sa tente pendant la nuit, sans que les troupes s'en aperçussent, rentra dans la capitale avant que le peuple eût rien appris, et la transition du fondateur à son successeur immédiat, si délicate pour une dynastie de fraîche origine, s'opéra comme naturellement1. La tradition établie, la plupart des souverains qui vinrent ensuite l'observèrent exactement. Après avoir régné seul pendant trente-deux ans, Ousirtasen 1er

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