L'OBSERVATOIRE FLUVIAL HE SEMNÊH
de guerre el douane fluviale, Semnéh était le boulevard nécessaire à l'Egypte nouvelle, et Ousirtasen 111 le proclamait hautement, dans deux décrets qu'il y afficha pour l'édification de la postérité. « C'est ici, dit le premier d'entre eux, la limite méridionale réglée en l'an VIII, sous la Sainteté de Khàkerî Ousirtasen, qui donne la vie à toujours et à jamais, afin que nul des peuples
Noirs ne la franchisse en amont, si ce n'est pour le transport des bestiaux, bœufs, chèvres, moutons, qui leur appartiennent*. » L'édit de l'an XVI réitère la prohibition de l'an V11I, el ajoute que « Sa Majesté fit ériger sa propre statue aux bornes qu'elle-même elle avait imposées1 ». Le seuil de la première et celui de la seconde cataracte étaient moins usés alors qu'ils ne sont aujourd'hui : ils retenaient plus efficacement les eaux de l'inondation et les forçaient
I. ItcproduHton par Fauehcr-Gudin du rmquii lithographie publié par CuLi.ru d. Voyage à IHéroé, Allât, t. II, pi. XXX.
t. l.iMir», Daikm., Il, I3fl i; cl. Chaias, Éluda «i<r V Antiquité Hiitmique. »• éd., |>. 133: Bnicsnt. Gtnhichte JCgyptent, p. 133.
8. LEtsiiiS. Denkm., Il, I3H. h. L'inscription. Rravée sur une slélc en granit rose, avait ('té brisée il j a cinquante ans cimron. pour êlr« transportée plus facilement en Europe. Elle se trouve, partie au Musée de Berlin (Emis, Veneichnist der .f.gyptiir.hen Attrrlhiimer, \i. Ï3, n" R.l), partie au Musée de Boulaq-f.iiéh, où la moitié supérieure a été déposée en 1HH.I, p;ir les soin? du nioridir d'Esuéli: la traduction complète en a été donnée par Ciiadas, Sur l'Antiquité Itittorigiic, i- éd., p. 1 Sa sqq., et ensuite par BwssfH, tlctthichte Mgyptcns, p. 773-780.
à s'élever plus haut1. Ils agissaient sur elles à la façon de véritables régulateurs, et pourvu qu'on en étudiât les mouvements journaliers, on pouvait annoncer aux riverains d'aval les progrès et la qualité probables de la crue. Tant que la domination des Pharaons s'était arrêtée à Philœ, on avait observé le jeu de la première cataracte ; c'était d'Ëléphantine qu'on signalait à l'Egypte l'arrivée, le passage, le renforcement du flot. Amenemhâit 111 installa un nilomètre nouveau sur la frontière nouvelle, et ordonna à ses officiers d'y noter la marche du phénomène*. Ils lui obéirent scrupuleusement, et chaque fois que l'inondation leur sembla dépasser la moyenne des Nils ordinaires, ils en enregistrèrent la hauteur sur les rochers de Semnéh et de Koumméh, gravant à côté du chiffre le nom du roi et la date de l'année. L'usage se perpétua d'abord sous la XIIIe dynastie, puis, la frontière reculant encore, le nilomètre se déplaça comme elle et l'accompagna vers le Sud3.
Le pays d'au delà Semnéh était une terre vierge, que les guerres antérieures avaient effleurée à peine sans jamais l'entamer, et dont le nom paraît alors pour la première fois sur les monuments, celui de Kaoushou, — Koush l'humiliée1. 11 comprenait les cantons situés au Midi, dans le coude immense que le fleuve décrit entre Dongolah et Khartoum, les vastes plaines où le Nil Blanc et le Nil Bleu promènent leur lit, les régions du Kordofan et du Darfour : il confinait aux monts d'Abyssinie, aux marais du lac Nou, à toutes les contrées demi fabuleuses, où l'on reléguait les Iles des Mânes et les Terres des Esprits*.
1. 11 résulte des marques inscrites sur les rochers par les fonctionnaires égyptiens, que le Nil s'élevait à six ou huit mètres plus haut qu'il ne monte aujourd'hui dans les mêmes parages de Semnéh, pendant les derniers règnes de la XIIe dynastie et pendant les premiers de la X1I1" (Lepsus, lirief an Ehrenberg, dans les Monalëberichte de l'Académie des Sciences de Berlin, 1845).
2. La plus ancienne de ces marques porte la date de Tan III d'Amenemhàit III (Lf.psus, Devkm., II, 139 a). On en possède des ans V, VII, IX, XIV, XV, XXII, XXIII, XXIV, XXX, XXXII, XXXVII, XL, XLI. XLIII de ce prince (Lkpsius, Denkm., II, 139 a-p)\ on ne connaît en revanche pour le règne de son successeur Amenemhâit IV qu'une seule marque, qui est de l'an V (Lkpshs, Denkin., II, 152/).
3. Les seules de ces marques de niveaux qu'on rencontre sous la XIII" dynastie appartiennent au règne de Sakhemkhoutoouirt Sovkhotpou, le premier de la lignée (E. de Roigk, Inscription» tirs rochers de Semnéh, dans la Revue Archéologique, 1M série, t. V, p. 311-314; Lepsii*s, Dcnkm., II. lfil a-d)\ l'usage en cessa donc probablement lorsque les officiers d'Amenemhàit III eurent disparu.
A. Khaisft, l'humiliée, la prosternée, est l'épithète oflicielle de l'Ethiopie dans les inscriptions. Les différentes orthographes que les monuments égyptiens donnent de ce mot lui assurent la prononciation Kaoushou, qui devint plus tard Koushou, Koush. Lepsius, qui rattachait les Koush i tes du Nil aux peuples de l'Élam, pensait (Nubische Grammalik, FÀnleitung, p. xc sqq.) qu'ils étaient arrivés d'Asie par le détroit de Bab el-Mandeb, durant le long intervalle qui sépare Papi II d'Amenemhàit I*r, et qu'ils avaient refoulé sur le Haut-Nil des tribus nègres qui occupaient la Nubie sous la VI* dynastie. La comparaison des noms consignés dans l'inscription d'Ouni avec ceux qu'on rencontre sur les monuments d'époque postérieure montre que la population du désert nubien ne changea point pendant ce laps de temps (Bmr.sc h, Die Negerstâmme der Una-lnschrift, dans la Zeitschrift, 1882, p. 30 sqq.). Je crois que l'absence du nom de Kaoushou-Koush dans les textes antérieurs à la XII* dynastie vient de ce que l'Egypte, arrêtée alors entre Korosko et Ouady-Halfah, était séparée des tribus qui habitaient l'Ethiopie par un triple rempart de nations nubiennes. Le pays de Kaoushou commence au delà de Semnéh : il ne put donc entrer en contact continuel avec les Égyptiens, qu'après que les Pharaons eurent soumis les territoires et les peuplades intermédiaires entre Assouàn et Semnéh.
5. Voir ce qui a été déjà dit de ces régions fabuleuses, aux p. 19-20 de cette Histoire.
KuUSH L'HUMILIÉE ET SES PEUPLES.
Le Pouanit le séparait de la Mer Rouge, les Timihou s'interposaient, à l'Ouest, entre lui et les limites du monde. Cent tribus aux noms étranges, blanches, cuivrées, noires, se disputaient cet espace mal défini, les unes encore barbares ou policées à peine, les autres parvenues à un certain degré de civilisation matérielle presque comparable à celui de l'Egypte. Elles présentaient dès lors la même diversité de types qu'on rencontre de nos jours parmi les masses confuses qui hantent la haute vallée du Nil, et aussi la même instabilité, la même stérilité d'intelligence. Elles menaient la même vie bestiale, instinctive, troublée, sans raison que le caprice de leurs petits chefs, par des guerres sanglantes souvent suivies d'esclavage ou d'émigration lointaine. Les empires grandissent difficilement et ne durent guère dans ce milieu inconstant prismmehs nierai™* Aient* m tvrm'.
et tumultueux. De temps
à autre un roitelet plus hardi que le reste, plus rusé, plus tenace, plus habile à entraîner les hommes et à manier les choses, étend sa domination sur ce qui l'environne, et, gagnant de proche en proche, réunit de vastes régions sous une même tyrannie. A mesure que son royaume s'élargit, il ne travaille pas à l'organiser de façon régulière, à y introduire une administration uniforme, à s'en attacher les éléments disparates par des lois équitables et profitables à tous : cessés les massacres de la première conquête, quand il a versé dans son armée ce qui subsistait des bandes vaincues, qu'il a emmené leurs enfants en servitude, empli ses caisses de leurs trésors et son harem de leurs femmes, il n'imagine rien au delà. Il essaierait d'agir autrement que
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cela ne lui servirait probablement de rien. Ses sujets anciens et nouveaux sont trop divers de langue et d'origine, trop opposés de mœurs, trop ennemis et depuis trop longtemps, pour s'approcher et pour se fondre aisément en un corps de nation unique. Dès que la main qui les assemblait momentanément se relâche, la discorde se glisse partout, parmi les hommes comme sur le territoire, et l'empire né d'hier se résout en ses éléments plus vite encore qu'il ne s'était formé. Le bruit d'armes qui avait signalé sa courte vie s'éteint et meurt promptement, le souvenir de sa grandeur éphémère s'efface au bout de quelques générations sous les horreurs d'une conquête nouvelle : son nom s'évanouit sans laisser aucune trace. L'occupation de la Nubie mit l'Egypte en contact avec ce ramassis de peuples incohérents, et le contact engendra soudain la lutte. Cest en vain que les États policés prétendent demeurer en paix avec les nations barbares auxquelles elles touchent. Sitôt qu'ils ont décidé d'enrayer leur progrès et de s'imposer des bornes qu'ils ne dépasseront plus, leur modération prend couleur de faiblesse ou d'impuissance; les vaincus reviennent à l'assaut et ramènent la civilisation en arrière ou l'obligent à marcher outre. Les Pharaons n'échappèrent pas à cette fatalité de la conquête : leur frontière méridionale monta toujours plus haut le long du Nil, sans jamais se fixer dans une assiette tellement forte qu'elle défiât l'attaque des Barbares. Ou sirtasen Ier avait assujetti le pays de Hahou1, celui de khonthanounofir*, celui de Shaad5, et battu les Shemîk, les Khasa, les Sous, les Àqîn, les Anou, les Sabiri, les gens d'Akiti et de Makisa4. Àmenemhàit 11 5, Ousirtasen II6,
i. Le pays do Hahou, qui produit de l'or (DCmiciikn, Geographische Ittschnftt'H, t. II, pi. LXIII, 3, pi. LXXIII, 2, LXXVI, 5, etc.), appartient par conséquent à la partie du désort nubien qui s'étend vers la Mer Bouge. Il est mis en rapport avec Sa mi né par les textes géographiques de l'époque ptolémaïque (DPmichkn, Geog. Ins., t. Il, pl. LXXI, 2), ce qui nous permet d'en préciser le site entre le Nil et l'Ouady Galgabba, au voisinage des mines d'or de l'Ktbaye. L'inscription de l'an VIII et celle de l'an XVI, d'Ousirtasen III, où le nom est écrit de façon différente, indiquent également la même situation (Bkh.sch, Geographische Inschriften, t. I, p. 46—17, t. III, p. 61, 65).
2. Le territoire du khonthanounotir, silué entre koush et l'Egypte (Bai t.st.h, Geographische Imchriften, t. I, p. 52-53, 1. II, p. 5-6), parait s'être étendu sur la rive droite du MI, depuis la chaîne de montagnes qui borde le fleuve jusqu'au pays d'Akiti. Cf. Bri x*;h, Die Altàgyplische Vofkerfafel, dans les Verhandlungen des V"n Oricnlalisten Congresses, t. Il, Afrikauische Se kl ion, p. 57-50.
3. Shaad avait des carrières de calcaire blanc, où Amenôthcs II de la XVIIh dynastie puisa pour bâtir le temple de khnournou à Semnéh (Lkpsk s, Dcn/cm., III, 67). Le pays devait donc être près de celle ville (Bnn;scH, Geographische Inschriften, t. I, p. 45, note 2, et p. 160), sur la rive gauche du Nil.
4. Le site de ces tribus nous est inconnu : le nom d'Akiti, le seul que nous sachions à peu près placer sur la carte, nous montre que la campagne à propos de laquelle Ousirtasen 1" avait élevé le monument triomphal d'Ouady-Halfah (cf. p. 484-485 de cette Histoire), avait été dirigée à l'est du Nil. vers le pays des mines d'or, c'est-à-dire vers l'Elbaye. La date de l'an XLII, qu'on lui a attribuée (Wikdeshsn, .Egyptische G"schichte, p. 242), repose sur une combinaison des données de cette stèle avec un passage de l'inscription d'Amoni-Ainenemhàit à Béni-Hassan.
5. Expédition de Sihàthor au pays de Hall, plus tard Ahit entre korosko et les mines d'or de» l'Ktbaye (Bwcit, Tablets of the A7/'A bynasty, dans la Zeilsehrift, 1874, p. 1 12; Bmcsui, Die Hibliachen sieben Jahre der llunyersnot/t, p. 106-107).
6. Stèle de Monthotpou à Assouàn (Lei»siis, Denkm., II, 123 d), où il est question d'abattre des ennemis qui ne peuvent ici être que des peuples Nubiens.