LES GUERRES CONTRE L'ETHIOPIE ET LEURS RÉSULTATS
Ousirtasen III ne se firent pas faute de « frapper Koush l'humiliée », chaque fois que l'occasion s'en présenta. Le dernier surtout lui porta des coups redoublés en l'an VIII1, en l'an XII8, en l'an XVI3, en Tan XIX*, et ses victoires le rendirent si populaire que les Égyptiens de l'époque grecque, prétendant voir en lui le Sésostris d'Hérodote, lui attribuaient la possession de l'univers5. La base d'une statue colossale en granit rose qu'il s'érigea dans le temple de Tanis nous a conservé une liste des peuplades qu'il vainquit : les noms en ont une forme bizarre, Alaka, Matakaraou, Tourasou, Pamaîka, Ouarakî, Paramaka, et l'on ne sait guère où les placer sur la carte6. On voit seulement qu'ils vivaient dans le désert, des deux côtés du Nil, à la hauteur de Berber ou à peu près. Les expéditions continuèrent du même train après Ousirtasen, et Amenemhàit III considérait déjà les rives du Nil, entre Semnéh et Dongolah, comme étant une partie du territoire proprement égyptien. La grande Egypte se faisait peu à peu, par la force des choses; elle cheminait d'un mouvement continu vers le terme que la nature lui avait prédestiné, vers le point où le Nil rappelle à lui ses derniers affluents et où sa vallée unique commence à se diviser en plusieurs vallées.
La conquête était d'ailleurs facile, et les guerres rapportaient tant de profits que les troupes et les généraux s'y engageaient sans la moindre répugnance. Un seul fragment nous est resté qui contenait le récit détaillé de l'une d'entre elles, probablement celle qu'Ousirtasen III dirigea en l'an XVI de son règne7. Le Pharaon avait appris que les tribus du canton de Houâ, sur le
1. A la campagne de l'an VIII se rattachent plusieurs stèles d'fîléphantine (Birch, Tablets of the Xllfk Dynasty, dans la Zeitschrift, 1875, p. 50-51), de la cataracte (Wilboir, Canalizing the Cataract dans le Recueil de Travaux, t. XIII, p. 202-204), et de Semnéh (Lkpsius, Denkm., II, 136 i).
2. La campagne de l'an XII parait avoir été assez longuement décrite dans un proscynème assez mutilé, qui est gravé sur la route d'Assouan à Philo? (Pétrie, .4 Season in Egypt, pi. XIII, n° 340).