‹ Histoire ancienne des peuples de l'Orient classiqueChapitre 225 sur 374 · Lepsius, Denkm., 11, 186 h · texte numérisé non relu

Lepsius, Denkm., 11, 186 h

4. Stèles du Musée de Genève (Maspero, Notes sur différents points de Grammaire et d'Histoire, dans les Mélanges d' Archéologie, t. II, p. 217-219) et du Musée de Berlin (Lepshs, Denkm., II, 135 h)-

5. Les fragments de Manéthon, dans leur état actuel (Mankthon, éd. List.er, p. 118), appliquent le nom de Sésostris à Ousirtasen II. M. de Rougé (Deuxième Lettre à M. Alfred Alaury sur le Sésostris de la XIIe dynastie de Manéthon, dans la Revue Archéologique, ln série, t. IV, p. 485 sqq.) a montré que la notice de Manéthon convenait bien plutôt à Ousirtasen III. Il ne faut pas se dissimuler d'ailleurs que la légende de Sésostris appartient réellement à Ha m ses II, et non pas un prince de la XIIe dynastie.

6. Louvre A 18. Cette statue a été usurpée par Aménôthès III de la XVIIIe dynastie, à qui l'on a attribué et l'on attribue encore la défaite des peuples inscrits sur la base (E. de Rougé, fiotice des Monuments, 1849, p. 4-5; Birch, Historical Monument of Amenophis III in the. Louvre at Paris, dans YArchxologia, t. XXI V, p. 489-491; Brit.sch, Geographischc Inschriflen, t. II, p. 8-9, et Geschichle, JRgyptens, p. 401-402). Dévcria (Lettre à M. Auguste Mariette sur quelques monuments relatifs aux Hyksos ou antérieurs à leur domination, dans la Revue Archéologique, i* série, t. IV, p. 252) reconnut l'usurpation sans se prononcer sur le nom originel du roi représenté. Wiedkmank, /Kgyptische Geschichle, p. 294-295, incline à y voir Apopi II. La ressemblance que la tète colossale A 19 du Louvre, qui appartient à la même statue que la base A 18, présente avec les portraits d'Ousirtasen III me fait croire qu'il faut attribuer à ce Pharaon ce monument, qui provient de Bubaste.

7. Navillb, Bubastis, pi. XXXIV 4, et p. 9-10. Naville pense que l'inscription racontait la campagne de l'an VIII ou celle de l'an XVI, mentionnées dans les décrets de Semnéh; cf. p. 486-487 de cette Histohe.

Tacazzé', harcelaient ses vassaux et, peut-être aussi, les Égyptiens que le commerce attirait au voisinage de leurs repaires. 11 se décida à les aller châtier vertement, et s'embarqua sur sa flotte. Ce fut une promenade presque sans danger : on mettait pied à terre aux endroits favorables, on enlevait les bestiaux et les habitants qu'on rencontrait, une fois 123 bœufs et 11 ânes, d'autres fois moins. De petits partis couraient les deux rives et, poussant des pointes à droite et à gauche, rabattaient le butin devant eux. La tactique des invasions n'a guère changé dans ces contrées : le récit que fait Cailliaud de la première conquête du Fazogl par Ismail-Pacha, en 1822, pourrait servir à compléter les débris de l'inscription d'Ousirtasen 111 et nous restituer, à quelques détails près, le tableau fidèle des campagnes menées dans ces régions par les souverains de la XI I1' dynastie*. Ce sont les mêmes chasses à l'homme et les mêmes ravages, exercés par une poignée de gens bien armés et suffisamment disciplinés sur des peuplades nues et sans cohésion, les jeunes gens massacrés après une courte résistance ou forcés de fuir dans les bois, les femmes emmenées esclaves, les huttes pillées, les villages brûlés, des tribus entières anéanties en quelques heures. Parfois un détachement, lancé imprudemment dans des fourrés épineux à l'assaut d'un bourg perché sur une cime rocheuse, éprouvait le dessous et ne ralliait le gros de l'armée qu'à grand'peine, après avoir perdu les trois quarts de son effectif3. Le plus souvent la résistance ne se prolongeait pas, et les assaillants emportaient la place avec une perte de deux ou trois hommes blessés ou tués. Le butin n'était jamais très considérable dans chaque localité, mais il faisait masse à mesure que la razzia pénétrait plus avant : il devenait bientôt si lourd qu'on devait s'arrêter et rétrograder, afin de l'enfermer dans la forteresse la plus proche. 11 consistait, pour la meilleure part, en troupeaux de bœufs et en monceaux de substances encombrantes, grains ou bois de construction. Mais il comprenait aussi des objets qui valaient beaucoup sous un petit volume, de l'ivoire, des pierres précieuses, de l'or surtout. Les indigènes récoltaient l'or dans les terrains d'alluvion que le Tacazzé, le Nil Bleu et ses affluents arrosent. Leurs femmes

1. Le pays de Houà est mentionné encore sous Itamsès III (Lki»shs, Denkm., 111, 209), à côté du Pouanit : c'était un pays montagneux auquel on arrivait par eau. Peut-être faut-il le placer sur les bords du Ml même : le voisinage du Pouanlt indique pourtant les contrées riveraines de la Mer Kouge, ou celles que l'Atbara arrose, plutôt que les régions du Fleuve Bleu.

2. Je renvoie surtout aux chapitres où Cailliaud raconte les razzias exécutées par Ismail-Pacha ou par ses lieutenants au Fazogl {Voyage à Méroé, t. II, ch. XXXVII-XXXIX, p, 354-398) et au Qamâmyl {Voyage à MéroS, ch. XXX1X-XLII, t." Il, p. 398 sqq., et t. III, p. l-.*i<>).

H. Voir dans Cailliaud {Voyage à Sléroé, t. II, p. 37H-378) l'attaque du camp d'ismail par les Nègres du mont Tàby et la punique qui en résulta. On sait qu'Ismaîl-Pacha lui-même fut surpris et brûlé dans sa maison, h Chendy, en 1822 (/</., t. III, p. 336-337), par le melck N'imr et par une bande de révoltés.

LES EXPÉDITIONS COMMERCIALES AU POUANlT. 493

s'occupaient à recueillir les pépites, qui sont souvent assez grosses : elles les serraient dans de petits sachets en cuir, les échangeaient aux marchands contre les produits de l'industrie égyptienne, ou les livraient aux orfèvres pour en façonner des boucles d'oreille, des anneaux de nez, des bagues, des bracelets d'une facture assez fine. L'or se trouve associé à plusieurs autres métaux, dont on ne savait pas le séparer : le plus pur avait une teinte jaune clair qu'on estimait par-dessus tout, mais l'or allié à l'argent, dans la proportion de 80 pour 100, l'électrum, était encore recherché, et les ors grisâtres mêlés de platine servaient à fabriquer des bijoux communs1. Ces expéditions ne produisaient point de résultats durables, et les Pharaons n'implantaient point de colons dans ces contrées. Leurs Égyptiens n'y auraient pu vivre longtemps sans s'abâtardir par le métissage et par l'effet du climat; ils y auraient dégénéré en espèces indécises, ayant tous les vices des races originelles, mais aucune de leurs qualités. Aussi menaient-ils la guerre sans ménagement, et ne songeaient-ils qu'à tirer le plus possible de leurs succès. Il leur importait peu que rien ne subsistât plus où ils avaient passé, et qu'on pût noter aux ruines l'itinéraire de leurs armées. Us ramassaient ce qu'ils rencontraient sur leur route, pour l'emporter en Egypte, hommes, choses ou bêtes; ils dévastaient à plaisir tout ce qui ne leur convenait point, et créaient le désert où, la veille encore, des cantons fertiles s'étendaient, couverts de champs, parsemés de bourgs populeux. Les voisins, se sentant incapables de résister aux troupes régulières, essayaient de se racheter en livrant avant le combat ce qu'ils possédaient d'esclaves, de troupeaux, de bois ou de métaux précieux. Cependant les généraux calculaient à quel moment précis la baisse des eaux leur imposait la retraite : ils faisaient halte quand elle commençait à s'accuser, et ils s'en retournaient « en paix », sans autre souci que de perdre au retour le moins d'hommes ou d'animaux prisonniers.

Où les soldats ne pénétraient point, les marchands s'aventuraient comme autrefois, et préparaient le terrain pour la conquête. Les princes d'Eléphantine n'avaient pas renoncé aux caravanes lointaines, et celui d'entre eux qui vivait sous Ousirtasen Ier et sous Amenemhàît II, Siranpîtou, avait raconté ses explorations dans son tombeau, à l'exemple de ses ancêtres1 : le roi l'avait

1. Cailliaud a décrit brièvement les sables aurifères du Qamàmvl et leur mode d'exploitation (Voyage à Méroé, t. III, p. 16-19) : c'est à son récit que j'ai emprunté les détails donnés dans le texte. Des analyses de bijoux égyptiens de la XVIIIe dynastie, brisés et sans valeur archéologique ou artistique, que j'ai fait exécuter au Musée de Boulaq, ont constaté la présence du platine et de l'argent que Cailliaud indique dans les pépites provenant du Nil Bleu.

2. D'après l'inscription du tombeau qu'il se creusa dans la montagne, en face d'Êléphantinc.

expédié au Soudan à plusieurs reprises, mais l'inscription où il consigna son histoire est tellement mutilée que nous ne savons pas au juste quels peuples il visita. Nous apprenons seulement qu'il y gagna des peaux, de l'ivoire, des plumes d'autruche, tout ce que le centre de l'Afrique fournit au commerce depuis les temps les plus reculés1. Et ce n'est point seulement par terre que les marchands de l'Egypte tentaient d'aller chercher fortune à l'étranger : la Mer Rouge les attirait et leur prêtait la voie la plus courte pour atteindre ce pays de Pouanit, dont les traditions antiques et les récits des matelots leur vantaient la richesse en parfums et en raretés de toute sorte*. Les relations s'étaient ralenties ou avaient cessé entièrement pendant les guerres de la période héracléopolitaine : quand on les renoua, il fallut découvrir de nouveau les routes oubliées depuis des siècles. Le trafic se concentra presque entier sur deux ou trois d'entre elles, l'une qui allait d'Éléphantine ou de Nekhabit à la Tête de Nekhabit, la Bérénice des Grecs3, les autres qui partaient de Thèbes ou de Coptos pour aboutir au même point de la côte ou bien à Saou, le Qoçéîr actuel4. Cette dernière, la plus courte, traversait ce val de Hammamât où les Pharaons s'approvisionnaient de blocs de granit pour leurs sarcophages : aussi la suivait-on de préférence. Les officiers qu'on envoyait tailler la pierre profitaient souvent de l'occasion pour descendre à la mer, et pour pousser jusqu'aux régions des Aromates. Déjà en l'an VIII de Sônkhkeri; prédécesseur d'Amenemhàit lPr, Y Ami unique Hounou avait été mandé par ce chemin « afin de diriger une escadre au Pouanît, et de récolter l'encens frais en tribut des princes du désert ». Il réunit trois mille hommes, leur distribua à chacun une outre, un crochet pour la porter, dix pains, et quitta Coptos avec cette petite armée. Le chemin manquait d'eau : il fora dans le roc plusieurs citernes et plusieurs puits, l'un à la station du Baît, deux dans le canton d'Àdahaît, un enfin dans les vallées d'Adabehait. Arrivé au bord de la mer, il y construisit rapidement un gros chaland, le chargea d'une pacotille et de provisions, de bœufs, de vaches, de chèvres, et fila en course le long des

1. L'ivoire y est appelé ouapirou, ouapourou, qui semble être la forme originelle d'où le mot latin ebur dérive, par l'intermédiaire d'abourou.

t. Voir, sur ces voyages de la Mer Bouge, à la VI« dynastie, les p. 396-397, 43-1 de cette Histoire.

3. Tap-Nekhabit, la Tête, le Cap de Nekhabit, a été identifiée par Brugsch (Die jEgyptische Yôlkertafel, dans les Yerhandlungen des .5"» Orientalisten-Congresucs, t. II, Afrikanische Seklion, p. Ci) avec un cap situé près de Bérénice : c'est le nom de la bourgade que les Grecs appelèrent Bérénice. Les routes de Coptos à Bérénice et de Bérénice à Éléphantine ont été explorées en dernier lieu par GoUnischeff, Une Excursion à Bérénice, dans le Recueil de Travaux, t. XIII, p. 75-96.

-i. Brugsch, le premier qui ait vu clair dans toute cette partie de la géographie égyptienne, place Saou, Saouou,au voisinage de Myos-Hormos (Die Mgyplische Volkertafel, p. 35, 59, 64), vers l'Ouady Gasoils : le site de cette localité me parait répondre à celui du vieux Ûoçcir.

Page 1