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LA RESTAURATION DES TEMPLES DU DELTA

à l'égard des fellahs, sur la sollicitude paternelle avec laquelle ils ont essayé de leur venir en aide dans les années d'inondations insuffisantes ou de récoltes mauvaises, sur le désintéressement inouï qui les empêcha d'augmenter l'impôt pendant les périodes de crue normale ou de production surabondante1. Les donations aux dieux se multiplièrent d'un bout à l'autre du pays, et les grandes constructions, interrompues depuis la fin de la \T dynastie, recommencèrent sur tous les points à la fois. H y avait beaucoup à faire pour réparer les ruines accumulées au cours des siècles précédents. Non que les souverains les plus batailleurs se fussent permis de toucher aux sanctuaires : ils vidaient les trésors sacrés, et ils en confisquaient les revenus partiellement, mais, leur cupidité satisfaite, ils respectaient les murailles, ils y restauraient au besoin quelques inscriptions ou ils y replaçaient quelques pierres. Ces superbes édifices exigeaient une surveillance minutieuse : on avait beau les bâtir des matériaux les plus durables, grès, calcaire, granit, ou des dimensions les plus fortes, en consolider les fondations par l'interposition d'une couche de sable et par trois ou quatre lits de blocs bien ajustés formant patin', le Nil était toujours là qui les menaçait et qui méditait sourdement leur perte. Ses eaux, s'infiltrant à travers les terres, venaient baigner les assises basses et entretenaient une humidité perpétuelle au pied des murailles ou à la base des colonnes : le salpêtre que leur morsure développait sans cesse sur le calcaire rongeait tout, minait tout, si l'on n'y prenait garde. La crue terminée, les mouvements que les oscillations de la nappe souterraine déterminaient dans le sous-sol disloquaient à la longue les fondations le plus compactes : les murailles, ébranlées par des tassements inégaux, s'inclinaient, se lézardaient, leur jeu déplaçait les architraves qui reliaient les colonnes et les poutres de pierre qui composaient la toiture. Ces désordres, aggravés d'année en année, suffisaient, quand on n'y remédiait point sur-le-champ, à déterminer la chute des parties atteintes; d'ailleurs le Nil, après avoir préparé la ruine en dessous, se chargeait de la consommer par des assauts directs, lorsque le dénouement traînait trop longtemps. Une brèche dans les digues qui protégeaient la ville ou le temple, et ses flots, précipités avec furie, pratiquaient de larges trouées par les murs demi-pourris, achevaient de culbuter les piliers, écrasaient les salles de réception et les chambres mystérieuses sous les débris des plafonds*. Il y avait

1. Inscription du prince de la Gazelle Amoni-Âmcnemhâit (I. 17-41), à Beni-IIassan ; cf. Maspf.ro, la Grande Inscription de lie ni- Hassan, dans le liecueil de Travaux, t. I, p. 173-174.

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