Maspf.ro. Archéologie Egyptienne, p
3. Le roi Smcndès de la XX1° dynastie, racontant les travaux qu'il exécuta dans le temple deKarnak,
peu de cités qui ne renfermassent un sanctuaire ruiné ou en mauvais état, quand la XIIe dynastie mit la main sur l'Egypte. Amenemhâît Ier, si occupé qu'il fût de réduire la féodalité, les répara autant qu'il put : ses successeurs poussèrent les travaux vigoureusement pendant près de deux siècles.
Le Delta profita grandement de leur activité. Les monuments y ont plus souffert que partout ailleurs : ils ont subi le premier choc des invasions étrangères, et, transformés en forteresses au cours des sièges que les villes durent affronter, ils ont été pris et repris d'assaut, éventrés par les machines, démantelés par tous les conquérants de l'Egypte, des Assyriens aux Arabes et aux Turcs. Les fellahs d'alentour sont venus pendant des siècles s'y pourvoir de calcaire pour leurs fours à chaux, de grès ou de granit pour les portes de leurs maisons ou pour le seuil de leurs mosquées. Non seulement ils ont été ruinés, mais les ruines de leurs ruines se sont comme fondues et ont presque entièrement disparu d'âge en âge. Et pourtant, en quelque endroit qu'on ait fouillé dans ces restes si déplorablement maltraités, on a ramené à la lumière les colosses et les inscriptions commémorât ives des Pharaons de la XIIe dynastie. Amenemhâît Ier fonda un grand temple à Tanis en l'honneur des divinités de Memphis1 : les débris de colonnes épars encore de tous côtés témoignent que le gros œuvre en était en granit rose, et une statue taillée dans la même pierre nous a conservé le portrait du roi. Il est assis et porte sur la tête le haut bonnet d'Osiris. La tête est large, souriante, avec une bouche épaisse, un nez court, de grands yeux bien fendus : elle respire la bienveillance et la douceur plutôt que l'énergie et la dureté qu'on attend d'un fondateur de dynastie*. Les rois qui suivirent tinrent tous à honneur d'embellir le temple et d'y déposer quelque souvenir de leur vénération pour le dieu. Ousirtasen Ier s'y fit représenter en Osiris, comme son père : il siège sur son trône de granit gris, et sa face placide rappelle à n'en pas douter celle d'Amenemhâît I01 s. Amenemhâît II*,
expose qu'un bras d'eau avait miné et détruit de la sorte une partie du sanctuaire (Daressy, les Carrières de Gébéléin et le roi Smendès, dans le Recueil de Travaux, t. X, p. 1 30- 137; Maspero, .4 Stèle of King Smendes, dans les Records ofthe Pasl, 2q' ser., t. V, p. 20, 23).
1. E. de Rougé, Cours du Collège de France, 1869; Petrik, Tanis /, p. 5.
2. Mariette, Deuxième Lettre à M. le Vicomte de Rougé sur les fouilles de Tanis, p. 1, et Notice des principaux Monuments, 1864, p. 260, n° 1 ; Pétrie, Tanis I, p. 4-5 et pi. XIII, 1 ; cf. A. B. Edwards, dans le Harpers New Monthly, 1886, p. 716 sqq. La statue Tut usurpée par Minéphtah.
3. Mariette, Deuxième lettre à M. le Vicomte de Rougé, p. 2-3, et Notice des principaux monuments; Lepsus, Enldeckung eines bilinguen Dekretcs, dans la Zeilschrift, 1866, p. 33; Pktrie, Tanis /, p. 5 et pi. XIII, 2; A. B. Edwards, dans le Harpers New Monthly, 1886, p. 710. Le pendant de cette statue, qui fut apporté en Europe par Drovetti au commencement du siècle, se trouve aujourd'hui au Musée de Berlin (Verzeichniss der JEgyptischen Alterthûmer, p. 75, n° 371): le monument, après avoir été usurpé une première fois par Amenemhâît II, le fut une seconde par Minéphtah (Lepsus, Sur les deux Statues colossales de la Collection Drovetti gui se trouvent actuellement au Musée Royal de Berlin, p. 4 sqq. Extrait du Bulletin de l'Institut Archéologique, 1838).
4. Pétrie, Tanis I, p. 5-6 et pi. XIII, 3, 4. M. G ri dit h (Tanis II, p. 16) pense, après Mariette (Notice
TANIS ET LES SPHINX IlAMENEMH AIT III. 501
Ousirtasen II1 et la femme de ce dernier, Nofrît, avaient consacré aussi leur image dans le sanctuaire. Nofrît est en granit noir : sa tète s'écrase sous la lourde perruque d'Hâthor, deux tresses énormes qui encadrent les joues et qui s'étalent sur la poitrine en se tordant; ses yeux jadis incrustés sont tombés avec leurs paupières de bronze; ses bras sont à moitié brisés. Ce qui reste d'elle n'en donne pas moins l'impression d'un visage jeune et gracieux, d'un corps souple et bien proportionné, dont les formes se modèlent délicatement sous le sarrau collant des Égyptiennes; les deux seins petits et ronds font saillie entre l'extrémité des boucles et l'ourlet brodé du vêtement, un pectoral au nom du mari couvre la naissance du cou et le plat de la poitrine*. Ces œuvres diverses offrent un air de parenté évident avec les belles figures en granit de l'Ancien Empire. Les sculpteurs qui les ont exécutées appartenaient à la même école que ceux qui ont façonné Khéphrèn en plein diorite : c'est ta même habileté de ciseau, la même insouciance
des difficultés que la matière attaquée oppose, le même fini du détail, la même science de la structure humaine. On serait tenté de croire que l'art égyptien n'a point changé pendant ces longs siècles, et pourtant, dès que l'on place une statue des vieux temps à côté de celles de la XII" dynastie, on distingue aussitôt quelque chose dans les unes qui ne se retrouve pas dans l'autre. Le sentiment diffère, si la technique ne s'est point modifiée. C'est l'homme qu'on s'attachait surtout à reproduire dans le Pharaon d'autrefois, et si Hère mine qu'on admire
îles principaux monument*, p. ïfit, n= 3). que celle statue complète dans Biurnn, Encerpta llierogtgphica, pi. XI.. 5, r