PROBABILITÉ D'UNE ORIGINE AFRICAINE
après que les Égyptiens eurent rompu ce cercle étroit, le nom des localités qui avaient comme jalonné leurs frontières resta lié dans leur esprit à l'idée des quatre points cardinaux. Bâkhou et Manou leur fournirent l'expression la plus fréquente de l'est et de l'ouest lointains1 : Nekhabît et Bouto, les plus peuplées des villes qui avoisinaient le Gebel Silsiléh et les étangs du Delta, s'opposèrent l'une à l'autre pour désigner le midi et le nord*. C'est dans cet espace restreint que la civilisation égyptienne germa et mûrit, comme en vase clos. Ce qu'étaient les peuples qui la développèrent, le pays d'où ils sortaient, les races auxquelles ils appartenaient, nul ne le sait aujourd'hui. Le plus grand nombre leur attribue l'Asie pour berceau3, mais sans pouvoir se mettre d'accord, lorsqu'il s'agit de déterminer la route qu'ils ont suivie pour émigrer en Afrique. Les uns pensent qu'ils prirent la voie la plus courte à travers l'isthme de Suez4, d'autres les obligent à des pérégrinations plus longues et à un itinéraire plus compliqué. Ils auraient franchi le détroit de Bab-el-Mandeb, puis les montagnes abyssines; à force de remonter vers le nord en longeant le Nil, ils seraient descendus enfin dans ce qui est notre Egypte d'à présent5. A examiner les choses d'un peu près, il faut bien reconnaître que l'hypothèse d'une origine asiatique, si séduisante qu'elle paraisse, est assez malaisée à défendre. Le gros de la population égyptienne présente les caractères des races blanches qu'on trouve installées de toute antiquité dans les parties du continent libyen qui bordent la Méditerranée : il est originaire de l'Afrique même et se transporta en Egypte par l'ouest ou par le sud-ouest *. Peut-être rencontra-t-il dans la vallée quelque peuplade
1. Bri:gkr, Ueber den Ost-und Westpunkt des Sonnenlaufes nachden altâgyplischen Vorstellungen , dans la Zeitschrift, 1864, p. 73-76.