Brccsch, Dictionnaire géographique, p
3. La plupart des égyptologues contemporains, Brugsch, Ebcrs, Lauth, Lieblein, se sont ralliés à cette opinion à la suite d'E. de Kougé (Recherches sur les monuments,- p. 1-11) : la note extrême en ce sens a été donnée par l'assyriologuc Ilommcl, qui penche à dériver entièrement la civilisation égyptienne de la babylonienne. Après avoir énoncé sommairement cette thèse dans sa Geschichte Babyloniens und Assyriens, p. 12 sqq., il l'a exposée tout au long dans un traité spécial, Ver li a by Ionise hc Urspntng der âgyplischen Kultur, '1892, où il essaye de démontrer que les mythes héliopolitains, et par suite la religion entière de l'Egypte, sont dérivés des cultes d'Eridou : le nom On ou, Aounou, de la cité égyptienne serait identique à celui de Noun-ki, Noun, que porte la chaldécnnc.
4. E. »E Rougk, Recherches sur les monuments qu'on peut attribuer aux six premières dynasties, p. 4; Bri-gsch, Geschichte /Egyptens, p. 8; Wiedemans, JEgyplische Geschichte, p. 21 sqq.
5. Ebkrs, /Egyplen und die Bûcher Moses, p. 41, l'Egypte (trad. française), t. II, p. 230: DfMicHK.v, Geschichte des Allen /Egyptens, p. 118-119. Brugsch s'est rallié à cette opinion dans ses JEgyplische lie Ur âge zur Vôlkerkunde der al test en XYelt [Deutsche Bévue, 1881, p. 48).
6. C'est la théorie que les naturalistes et les ethnologues admettent de préférence (H. Hartmann, Die S ig rider, t. I, p. 180 sqq. ; Mouton, d'abord hostile à cette opinion, s'y est rallié dans les Transactions ofthe American Elhnological Society, t. III, p. 215; cf. Nott-Gliddos, Types of Mankind, p. 318; Hamy, Aperçu sur les races humaines de la basse vallée du Nil, dans le Bulletin de la Société d'anlhrojHtlogie, 1886, p. 718-743). Un égyptologue de Vienne, M. Reinisch, soutient même, non seulement que les Égyptiens sont des Africains d'origine, mais que « les races humaines de l'Ancien Monde, Europe, Asie et Afrique, descendent d'une seule famille dont le siège originel était au bord des
noire qu'il détruisit ou qu'il refoula1; peut-être y fut-il accru après coup d'éléments asiatiques introduits par l'isthme et par les marais du Delta. D'où qu'on fasse venir ces ancêtres des Égyptiens, à peine établis aux bords du Nil, le pays les conquit et se les assimila comme il n'a cessé de faire les étrangers qui s'y établissent : au moment où l'histoire commence pour nous, tout ce qui habitait l'Egypte n'avait plus qu'une seule langue et ne formait plus qu'un seul peuple depuis longtemps.
La langue parait tenir aux idiomes sémitiques par beaucoup de ses racines1. Elle construit comme eux ses pronoms des personnes, suffixes ou absolus3; l'un des temps de la conjugaison, le plus simple et le plus archaïque, est composé avec des affixes identiques de part et d'autre. Sans insister sur ces rapprochements qui laissent prise au doute, on peut presque affirmer que la plupart des procédés grammaticaux en usage dans les langues sémitiques se retrouvent dans l'égyptien à l'état rudiment aire. On dirait que le parler des habitants de l'Egypte et ceux des peuples sémites, après avoir appartenu à un même groupe, se sont séparés de très bonne heure, dans un temps où leur vocabulaire et leur système grammatical flottaient encore. Soumises à des influences différentes, les deux familles auraient traité de façon diverse les éléments qu'elles possédaient en commun. Tandis que l'égyptien, cultivé plus tôt, s'arrêtait dans sa croissance, les dialectes sémitiques continuaient à se développer pendant des siècles : « S'il y a un rapport de souche évident
grands lacs de l'Afrique équatoriale » (Der einheitliche Ursprung der Sprachender Alten Welt, mchgewiesen durch Vergleichuug der Afrikanischen, Erytrœischen und Indogermanischcn Spraehen, mit Zugrundlegung des Teda, Vienne, 1873, p. X).
1. Lkpsks, (Jeber die Annahme eines sogenannten prâhistorischen Steinaltera in JEgyptcn, dans la Zeitschrift, 1870, p. 92 sqq. ; Lef£bi;rf., le Cham et l'Adam égyptiens, dans les Transactions, de la Société d'Archéologie biblique, t. X, p. 172-173.
2. C'est l'opinion la plus accréditée parmi les égyptologues, depuis les recherches de Benkky, Ueber dos Yerhâltniss der JEqyptischcn Sprache zum Semitischen Sprachslamm, 1844; cf. Schwartzf., Dos Aile Mgyptcn, t. 1, 21** Th., p. 2003 sqq.; E. dk Koigê, Recherches sur les monuments, p. 2-4; Lkpsiis, Veber die Annahme, dans la ZeiUchrifl, 1870, p. 91-92; Brigsch, Geschichte JSgyptens, p. 8-9; Ed. Meykr, Geschichte des alten JEgyptens, p. 23. Erman (JEgyptcn, p. oi-55) est tenté d'expliquer la parenté qu'on découvre entre l'égyptien et les idiomes du nord de l'Afrique par l'action d'une série d'immigrations qui auraient eu lieu à des époques différentes, probablement assez éloignées l'une de l'autre : un premier Ilot de peuples blancs aurait recouvert l'Egypte très anciennement, un autre la Syrie et l'Arabie, un troisième enfin l'Afrique orientale. M. Erman a publié d'ailleurs un mémoire fort substantiel, où il expose avec beaucoup de réserve les points de contact qu'on peut observer entre les langues sémitiques et l'égyptien (A. Erman, bas Verhaltniss des JEgyptischen zu den semitischen Spraehen, dans la Zeitschrift der Morgenlândischen Gesellscha/ft, t. XLVI, p. 85-129). Il faut éviter d'employer comme termes de comparaison les mots sémitiques fort nombreux qui ont été introduits dans l'égyptien classique à partir de la XVIII* dynastie : on en trouvera une liste à peu près complète dans Roniii, Dem Hehràisch- Phônizischen Sjrrachiweigc angehbrige Lehnwôrter in hicroglyphischen und hieratischen Texten, Leipzig, 1880.
3. Maspkro, Des Pronoms personnels en égyptien et dans les langues sémitiques, dans les Mémoires de la Société de linguistique, t. 11, p. 1 sqq. On trouvera des conclusions différentes exposées très fortement dans le mémoire de Lkfakk-Rkxocf, Pronominal Forma in Egyplian (Vroceedinga de la Société d'Archéologie biblique, 1888-1889, p. 247-264).
Ï.ES TYPES EGYPTIENS. tf
entre la langue de l'Egypte et celle de l'Asie, ce rapport est cependant assez éloigné pour laisser au peuple égyptien une physionomie distincte1 b. Nous la connaissons et par les portraits sculptés ou peints, et par les milliers de cadavres momifiés qui sont sortis des hypogées*. L'Égyptien du type le plus noble était grand, élancé, avec quelque < de fier et d'impérieux dans le port de la tête et dans le maintien. 11 avait les épaules larges et pleines, les pectoraux saillants et vigoureux, les bras nerveux, la main fine et longue, les hanches peu développées, les jambes sèches : le détail du genou et les muscles du mollet s'accusent assez fortement sous la peau, les pieds allongés, minces, cambrés faiblement, s'aplatissent à l'extrémité par l'habitude d'aller sans chaussure. La tête est plutôt courte, le visage ovale, le front fuit modérément en arrière; les yeux s'ouvrent bien et grandement, les pommettes ne présentent pas un relief trop accentué, le nez est assez fort, droit ou de courbe aquiline; la bouche est longue, la lèvre charnue et légèrement bordée, les dentssont petites, égales, bien plantées et remarquablement saines; les oreilles s'attachent haut à la tempe. La peau, blanche à la naissance, brunit plus ou moins vite, selon qu'elle est plus ou moins attaquée du soleil'. Les hommes sont généralement enluminés de rouge dans les tableaux : en fait, on aurait observé parmi eux toutes les nuances
qu'on remarque chez la population actuelle, depuis le rose le plus délicat jusqu'au ton du bronze enfumé. Les femmes, qui s'exposaient moins au grand jour, sont d'ordinaire peintes en jaune : leur teint se maintenait d'autant plus doux qu'elles appartenaient à une classe plus élevée. Les cheveux tendaient à onduler, même à friser en petits anneaux, mais sans jamais tourner à la laine des nègres; la barbe était clairsemée et ne poussait dru qu'au menton.
t. E. KRoceï, Reeherchet lur lei monument t qu'on peut attribuer aux tîx première» dynattiei, p. 3.
1. Tous lus trails des deux portraits qui suivent oui été empruntas unit aui statues, suit au* liasreliefs, soit mil trie nombreuses iniimins <\nr j'ai eu l'occasion do voir et d'étudier pondant mon séjour en Egypte. Ils concordent presque avec r.cui qu'a tracés ll.iar. Aperçu ttir let rare» humaine* de la haut ealUe du Nil, p. i sqq. (cf. Bulletin de la Société d'Anthropologie, 1886, p. 7*1 iqq.).
3. Statue de Hânofir{V' dynaitiej au mutée de Ghêh.d'apret une -photographie d'Emile Itrugicfi-lleg.
1. Sur celle question, cf. en dernier lieu II. Vincanw, Anthropologie .fcqyptent. dans ta Corretpondeiotltatt der Dfuttrhm Anthropatajitrhen Oesrthchaft, IRAS, il* II), p. 10" sqq.
Voilà le type le plus haut; le plus commun était trapu, courtaud et lourd. La poitrine et les épaules semblent s'y élargir, au détriment du bassin et L -'les, si bien que la disproportion entre le haut et j corps devient choquant" ieuse. Le crâne est allonn peu refoulé, un peu laissé du sommet; les I ils sont grossiers et rime taillés dans la chair grands coups d'éhauc tits yeux bridés, nez bi-el é de narines étalées large îesrondes, menton carré, Tes épaisses mais non
q versées; cette physionomie ingrate et risible paris s'anime d'une expression sée qui rappelle la mine a toi se de nos vieux paysans, souvent s'éclaire d'un reflet de douceur et de bonté triste Les caractères extérieur ÉGïptie» du iv« coMusi'. de ces deux types prin-
cipaux, dont les variétés infinies se rencontrent sur les monuments anciens, se perçoivent encore de nos jours sur le ™& »'«« m.u* or. n vivant'. Le profil d'une momie thébaine, ramassée
au hasard dans la nécropole de la xvm" dynastie, et placée en regard du portrait d'un paysan de Louxor, pourrait presque passer pour un portrait de famille", des aventuriers bisharis ont hérité la face d'un grand seigneur con-
1. Slnlur tt'Quiiri mu m tuer Je Gi:fh [V l' dyntiitir), d'nprfi une photographie il' Emile Brugich-llry .
t. Selon Vircliow {Anthropologie jEgyptent. I. I), cette impression ne «trait pas justifiée par le? rail*, Diver* oricntnlinU-*, surtout Bircli {Egypl front Ihr eartiett Titan lo U.C.. 3119-310) cl Sayre (TAr Aiirinil Empira of the Etui, p. -llW-.'iW]. avaient relevé des différences consul érables dans le ly|ie do» iKTaonnagos représentes sur les monuments des différentes époques. Virrhow (Die Mumieii lier Ktmige in Muttum van tttilaq. p. 1". cf. SU mngiberichle de l'Académie de Berlin, I88S. p. 181-783, et Anthropologie Algypleiis. I. I) s'est efforcé de montrer que la différence élail plu» grande encore qu'on ne l'avait dit avant lui : l'égyptien ancien aurait été brachycéphalo, tandis que le moderne esl décidément dolichocéphale
S lirteription de l'Egypte. Anl.. t. Il, pi, XI.IX, tig. I, el le texte de Jomard (t. Il, p. 78-Tn). . J'»i
LA PREMlÊltE HEPKESENTATION. 49
temporain de Khéops, une fellahine prise au hasard dans un coin du Delta porte sur les épaules la tète d'un roi antérieur aux Hyksos, et tel bourgeois du Caire contemple avec étonnement, au musée de Roulaq, la statue do Kliéphrên ou de Séti V qui reproduit trait pour trait, à cinquante siècles de distance, la ressemblance de ces vieux Pharaons.
Rien ou presque rien ne nous reste des générations primitives : la plu-
part des armes et des outils en silex taillés qu'on a découverts en différents lieux ne sauraient jusqu'à présent leur être attribués de façon authentique'. Les habitants de l'Egypte ont continué d'employer la pierre, où d'autres peuples usaient déjà des métaux. Ils fabriquaient des pointes de flèches, des marteaux, des couteaux, des grattoirs en pierre sous les Pharaons, sous les
essayé une fois, ajoute ret auteur, de deviner une rainure à la turque sur une tète copier d'aprè» une momie. Ayant demandé à quelqu'un qui connaissait parfaitement tous les grands personnages du Caire, auquel de* rhevfclis ressemblai! celte ligure, il inr nomma sans hésiter un rheykh tlu divan, auquel on elTet plie ressemblait beaucoup. • llamy a institué une comparaison analogue rt des plus frappantes entre la télé signalée |>ar Jo marri et lu portrait d'un fellah de la Haiilc-figypte peint par Lefcburc pour les collection* du Muséum d'Histoire naturelle (Aprrçu des rarri humaine» de la ûatte vallée du Xil. p. IfMi: cf. Bulletin de la Soriété d Anthropologie, IR86, p. 7S7-7Ï9) : ce sont les Jeux types reproduits par Fauclicr-Gudm à la page tH. l'un au-dessus de l'autre.
1 . Le portrait, prit originairement à part, a été reparte tutr une photographie de Nanitte, reprétenlanl une fellahine accroupie au prêt d'une ttlc colmiale; le nez de cette dernière a été restauré.
i. La question, soulevée pour la première fois par Hnmv el Fr. I.euonnant (Dérourertetdc rate* de l'âge de pierre eu Egypte, dans les Complet rendus de t' Académie dci Srienccs. iinov. Idlilt), a donné lieu à une longue polémique à laquelle la jilupnrl des saianls de l'Kumpc ont pris part. I.a bibliographie en est donnée presque complète par Siuiii" Hkimch, Description raisonner du mutée de Saint-Germain, 1. I, p. 87-811. L'examen des lieux me porte à croire, comme Mariette, que nul des atelier» signalé» jusqu'à présent n'est antérieur à l'époque historique.
Romains, pendant toute la durée du moyen âge, et la mode n'en a pas cessé entièrement1 : ces objets et les ateliers où on les façonnait peuvent donc être moins anciens que la plupart des monuments hiéroglyphiques. Mais, à défaut d'oeuvres qui remontent aux premiers âges, on rencontre à l'époque historique nombre de pratiques et d'usages qui contrastent avec l'état général des mœurs : si on les rapproche des coutumes analogues des nations barbares, la comparaison les éclaire, les complète, et nous y montre les survivances des moments successifs par lesquels le peuple égyptien a dû passer avant de parvenir à sa constitution définitive. Nous savons par exemple que, même sous les Césars, on choisissait la plus jolie fille qu'il y eût parmi les familles nobles de Thèbes, pour la consacrer dans le temple d'Amon : une fois vouée au dieu, non seulement elle avait le droit de se livrer selon son caprice à qui bon lui semblait, mais elle gagnait honneur et profit en son métier, et trouvait toujours à se marier richement, quand l'âge l'obligeait à prendre sa retraite*. Les Thébaines ne sont pas les seules au monde à qui pareille licence fut accordée ou imposée par les lois; mais partout où l'on voit une pratique de ce genre en pays civilisé, on ne tarde pas à j *econnaître une coutume d'autrefois dégénérée par la suite des siècles en fonction religieuse8. L'institution des courtisanes d'Amon est le legs d'un temps où le mariage n'existait pas encore, et où toutes les femmes d'une même tribu ou d'un même groupe se devaient indifféremment à tous les hommes*. L'âge et la maternité les dispensaient de cette obligation, et leur évitaient ces incestes entre mère et fils dont on a la preuve chez d'autres peuples5, mais l'union du père et de la fille n'était peut-être pas entièrement prohibée6, et l'on réputait celle du frère et de la
1. Toute une collection d'outils en pierre, la plupart emmanchés de bois, haches, hcrmineUcs, couteaux, faucilles, a été retrouvée par M. Pétrie dans les ruines de kahoun à l'entrée du Fayoum (Illahun, Kahun and Gurob, p. 12, 51-55) : elle remonte au temps de la XIIe dynastie, à plus de trois mille ans avant notre ère. Mariette avait signalé à la curiosité du monde savant (Bulletin de l'Institut égyptien, 1869-1871, lr" série, L XI, p. 58; cf. De l'âge de la pierre en Egypte, dans le Itecueil de Tramux, t. VII, p. 129) un des réis de l'administration des fouilles, le copte Salin d'Abulos, qui se rasait la tête avec un couteau en silex, comme c'était, disait-il, la coutume générale dans sa jeunesse, entre 1820 et 1835. J'ai connu ce personnage, qui est mort en 1887, à l'âge de quatre-vingts ans passés: il était encore fidèle à son outil de pierre, mais ses fils et toute la population d'EI-kharbéh ne se servaient plus que de rasoirs en métal. Comme, après l'opération, son crâne était raclé presque à vif, il se couvrait la tête de feuilles dont la fraîcheur calmait l'inflammation de la peau.
2. Strabo*, liv. XVII, §46, p. 817: Diodorc (I, 47) ne parle que des tombeaux de ces Pal/acides d'Amon, dout son garant, Ilécalée d'Abdère, ne parait pas avoir connu le genre de vie.
3. Lippkrt, Kulturgeschichte der Menschheit in ihrem organischen Aufbau, t. Il, p. 15.
4. Voir le développement complet et les preuves de la théorie sur laquelle repose cette appréciation du fait dans Lippkrt, Kulturgeschichte der Menschheit, t. II, p. 6 sqq.
5. Ainsi, chez les Mèdcs, la classe des Mages au témoignage de Xanthos de Lydie (fragm. 28, dans MPu.kr-Didot, Frag. hist. grsec, t. 1, p. 43) et de Clésias (fragm. 30, éd. MCller-Didot, p. 60).
6. K. de Ilougé pensait que Ramsès II avait épousé deux au moins de ses filles, Bint-Anati et Honîttooui; Wiedeiuann (.Ëgyptisc/ic Geschichte, p. 622) admet que Psamitik Ier avait pris de même pour femme Nitocris, qu'il avait eue de la princesse thébaine Shapenouapit. Les rois achéménides en agissaient de même: Artaxerxès épousa deux de ses propres tilles (Putarqik, Artajrerxex, g 27).
LE MARIAGE. oi
sœur la plus juste et la plus naturelle1 : les mots frère et sœur prennent dans les chants d'amour égyptiens la même signification que chez nous ceux d'aman/ ou de maîtresse1, La paternité demeurait nécessairement douteuse dans une communauté de ce genre, et, par suite, le lien entre pères et enfants assez léger : il n'y avait famille, au sens où nous entendons ce terme, qu'autour de la femme devenue mère. La parenté par les femmes était donc la seule qu'on admît ouvertement, et les enfants indiquaient leur filiation par le nom de la mère seule5. Quand la femme cessa d'appartenir à tous et se réserva pour un seul mari, l'homme conserva le privilège de s'attacher autant d'épouses qu'il voulait ou pouvait en nourrir, à commencer par ses propres sœurs; mais toutes ne jouirent point de droits identiques. Les unes, nées des mêmes parents que lui ou issues d'un sang égal au sien, conservaient leur indépendance : si la loi le proclamait le maître, nîbou, auquel elles devaient obéissance et fidélité*, elles étaient maîtresses de maison, nîbît pirou ^ en même temps qu'épouses, hîmîtou, et ce titre exprime en deux mots leur condition5. Chacune d'elles occupait en effet sa maison, pirou, qu'elle tenait de ses parents ou de son mari, et dont elle était maîtresse, nîbît, absolue. Elle y vivait et s'y livrait sans contrainte à tous les devoirs des femmes, alimentant le feu, broyant le grain, vaquant à la cuisine et au tissage, préparant les vêtements et les parfums, allaitant et instruisant ses enfants8 : quand le mari lui rendait visite, c'était un hôte qu'elle accueillait sur pied d'égalité. Il semble qu'au début on plaçât ces épouses multiples sous l'autorité d'une femme plus âgée qu'elles, qu'elles considéraient comme leur
1. Le fait avait été relevé dès les tcmju anciens, entre autres par Diodore , I, 27, qui le justifie en citant le mariage d'Os iris avec sa sœur Isis : le témoignage des historiens de l'époque classique est confirmé chaque jour par celui des monuments originaux.
2. Maspkro, Etude» égyptiennes, t. I, p. 221, 228, 232-233, 237, 239-240, etc.
3. Le même usage existait chez les Lyciens (Hérodote, I, clxxii; Nicolas de Damas, fragra. 129, .dans M(llkr-Didot, Fragm. hist. gr., t. 111, p. 461, etc.) et chez beaucoup de peuples à demi civilisés des temps anciens ou modernes (J. Llbbock, lus Origine* de la civilisation, p. 139 sqq.). Le premier qui l'ait signalé en Egypte est, à ma connaissance, Schow, Charta Papyracca grsece scripta Musci Bor- (jiani Velitris, p. XXXIV-XXXV.
4. Sur les plus anciens monuments que nous possédions, la femme dit d'elle-même qu'elle est • la dévouée à son maître — qui fait ce que son ma lire aimey chaque jour, et que son maître aime à cause de cela » (Lepsics, De n km.. II. 10 h) : c'est de même qu'un serviteur ou le favori d'un roi dit « qu'il aime son maître et que son maître l'aime » (Lkpsiis, Denkm.. II, 20).
5. Le titre nîbît pirou est interprété d'ordinaire comme si la femme qui le porte était maîtresse de la maison de son mari. M. Pétrie (A Se a sou in Egypt, p. 8-9) a reconnu que cette traduction n'est pas exacte et a proposé de voir des veuves dans les femmes qu'on dit nîbît pirou. Cette explication ne tient pas devant les passages où une femme, mariée ou non, dit à son amant : « Mon bel ami, mon désir est de partager tes biens comme ta maîtresse de maison » (Maspkro, Etudes égyptiennes, t. I, p. 247); évidemment elle ne demande pas encore à devenir la veuve de son bien-aimé. L'interprétation proposée ici m'a été suggérée par un genre de mariage que pratiquent encore plusieurs tribus de l'Afrique et de l'Amérique (Lippert, Kulturgeschichte der Menschheit, t. II, p. 27 sqq.).
6. Voir le tahleau touchant que l'auteur du Papy ru* moral de Uoulaq trace de la bonne mère, à la fin de l'époque thebaine (Chabas, VÈgyptologic, t. Il, p. 42-o4).
mère et qui défendait leurs droits et leurs intérêts contre le maître, mais l'usage en disparut des familles humaines et ne subsistait plus à Fépoque historique que chez les divines : les chanteuses consacrées à Amon et à d'autres dieux obéissaient à plusieurs supérieures, dont la principale, ordinairement veuve d'un roi ou d'un grand prêtre, s'intitulait supérieure en chef des dames du harem d'Amon*. A côté des épouses il y avait les concubines, esclaves achetées ou nées dans la maison, prisonnières de guerre, égyptiennes de classe inférieure, qui étaient la chose de l'homme et dont il pouvait faire ce que bon lui semblait1. Tous les enfants d'un même père comptaient légitimes, que la mère fût épouse ou comme concubine, mais sans obtenir entièrement les mêmes avantages : ceux d'entre eux qui naissaient d'un frère ou d'une sœur unis en légitime mariage prenaient le pas sur ceux dont la mère était une épouse de sang différent ou une esclave5. Dans un système de famille constitué de la sorte, la femme a tout l'air de jouer le premier rôle. Les enfants se réclamaient de leur mère. Le mari semblait entrer dans la maison de ses épouses plutôt que ses épouses entrer dans la sienne, et il en retirait une apparence d'infériorité si sensible que les Grecs s'y laissèrent tromper. Ils affirmèrent que la femme était reine en Egypte; au moment du mariage, l'homme lui promettait obéissance et s'engageait par contrat à n'élever aucune objection contre ce qu'elle pourrait lui commander*.
Il faut donc avouer que les premiers Égyptiens étaient de demi-sauvages, analogues à ceux qui vivent encore en Afrique ou en Amérique, organisés comme eux, outillés comme eux8. Un petit nombre demeurèrent au désert, dans les oasis de la Libye à l'est, ou dans les vallées profondes de la Terre
1. La plupart des princesses de la famille des grands prêtres d'Amon Thébain avaient ce titre (Masprro, les Momies royales de Déîr-el-Bahari , dans les Mémoires de la Mission française du Caire, I. I, p. 575-580). Dans le genre de mariage africain moderne, auquel je compare le plus ancien mariage égyptien, les épouses d'un même homme sont réunies sous l'autorité d'une vieille femme à laquelle elles donnent le titre de mère : le harem du dieu formerait dans cette hypothèse une communauté de ce genre où les plus vieilles sont les supérieures des plus jeunes. Ici encore la famille divine aurait conservé une institution qui n'existait plus de longue date dans la famille humaine.
2. Une des concubines de Khnoumhotpou à Beni-Hassan, après avoir donné un (ils à son maître, avait été mariée par lui à un officier inférieur, dont elle avait d'autres enfants (Ghampoi.uon, Monuments de l'Egypte, t. II, p. 390, 392, 415; Lepsiis, Denkm., t. II, 128, 130, 132).
3. Cela ressort, comme nous aurons occasion de le voir dans le second volume, de l'histoire des enfants de Thoutmosis Ior et des autres princes de la famille des Ahmessides.
4. Diodokk de Sicile, I, 80. Ici, comme dans tout ce qu'il dit de l'Egypte, Diodore de Sicile a puisé largement au roman historique et philosophique d'Hécatée d'Abdère.
5. Il n'y a eu jusqu'à présent que peu d'efTorts tentés pour reconstituer ces premiers temps de l'Egypte: M. Erman (JCgypten, p. 59-60) et M. Ed. Meyer (Geschichtc .Egyptens, p. 24-30) leur onl consacré quelques pages à peine. L'examen des signes de l'écriture m'a fourni plusieurs renseignements heureux : ils nous ont conservé parfois l'image d'objets et, par suite, le sou\enir d'usages en vigueur au temps où on les traça pour la première fois (Masperq, Notes au jour le jour, g 5, dans les Proceedingsde\a. Société d'Archéologie biblique, 1890-1891, t. XIII, p. 310-311 ; Pétrie, Epigrophy in Egypï.Mt Research, dans YAsiatic and Quarlcrly lieview, 1891, p. 315-320, Medum, p. 29-34).