‹ Histoire ancienne des peuples de l'Orient classiqueChapitre 231 sur 374 · HÉLIOPOLIS ET LE TEMPLE D'OUSIRTASEN K · texte numérisé non relu

HÉLIOPOLIS ET LE TEMPLE D'OUSIRTASEN K

monde pour faire comme il a fait, pour réaliser ce qu'il a décrété qui se fit ; il m'a donné de mener cette terre, il l'a connue, et il l'a réunie, et il m'a gratifié de ses appuis; j'ai rasséréné l'Œil qui est en lui !, agissant en tout comme il lui plaisait, et j'ai recherché ce qu'il avait résolu qu'on connût. Je suis un roi de naissance, un suzerain qui ne s'est point fait, j'ai gouverné dès l'enfance, j'ai été imploré dans l'œuf, j'ai dominé sur les voies d'Ànubis* et il m'a haussé jusqu'à seigneur des deux moitiés du monde, dès le temps que j'étais nourrisson ; je n'étais pas encore échappé des langes qu'il m'avait déjà intronisé maître des hommes; me créant lui-même à la face des mortels, il m'a fait trouver faveur devant l'Habitant du Palais8, quand j'étais adolescent4.... Je suis donc venu comme Horus l'éloquent8, et j'ai institué les offrandes divines; j'accomplis des travaux dans le château de mon père Àtoumou, j'approvisionne son autel sur terre, je fonde mon château dans son voisinage, pour que la mémoire de mes bontés dure en sa demeure ; car c'est mon nom ce château, c'est mon monument le lac, c'est l'éternité ce que j'ai fait d'illustre et d'utile pour le dieu*. » Les grands approuvent la piété du roi; celui-ci appelle son chancelier, lui ordonne de libeller les actes de donation- et toutes les pièces nécessaires à l'exécution de ses volontés. « Il se leva paré du bandeau royal et de la double plume, tous les nobles derrière lui; le lecteur maître du livre divin tendit le cordeau et planta le pieu en terre7. » Le temple n'existe plus; mais l'un des obélisques en granit qu'Ousirtasen Ier dressa des deux côtés de la porte principale est encore debout. Héliopolis entière a disparu : des mouvements de terrain presque insensibles, des pans de murs croulants, çà et là des blocs épars de calcaire où l'on déchiffre péniblement des lignes mutilées d'inscriptions, marquent à peine le site où elle s'élevait

1. Le dieu d'Héliopolis étant le Soleil (cf. p. 135 sqq. de cette Histoire), VŒU qui est en lui est le disque solaire, considéré comme l'Œil de Râ : le roi, par sa docilité à obéir aux volontés de la divinité, a éclairé l'Œil qui est en elle, en d'autres termes il a avivé la lumière de l'Œil, qu'une désobéissance aurait menacé d'obscurcir et même d'éteindre, à l'égal de la rébellion d'Apopi ou de Sît.

i. Anubis, le chacal, est Ouapouaitou, le Guide des roules du Midi et du Nord, que le soleil suit dans sa course autour du monde : en affirmant qu'il a dominé sur les voies d' Anubis, le roi proclame qu'il est maître des régions que le soleil traverse, c'est-à-dire de la terre entière.

3. L'habitant du Palais est le Pharaon, ici Amenemhâtt 1er : c'est par la faveur de Toumou, le dieu d'Héliopolis, qu'Amencmhàft I*r a choisi Ousirtasen, tout jeune encore, parmi ses autres enfants, pour être roi et pour dominer sur l'Egypte entière de concert avec lui.

4. Stekn, Urkunde ùber den Bau des Sonnentempels zu On, pi. I, 1. 4-12.

5. Horou api nasit, lit. : « Horus qui juge de langue », l'Horus qui plaide et qui fait valoir les mérites de son père auprès du tribunal des dieux. Ousirtasen 1", ayant plaidé la cause du dieu par-devant Amenemhâtt I" (cf. p. 466 de cette Histoire), comme Horus avait fait pour Osiris, a obtenu de son père ce qui était nécessaire pour reconstruire le temple d'Héliopolis et pour l'enrichir.

6. Stf.r.n, Urkunde ùber den Bau des Sonnentempels zu On, pi. 1, 1. 14-17.

7. Stern, Urkunde ùber den Bau des Sonnentempels zu On, pi. 1, 1. 13-15. Le prêtre accomplit ici avec le roi les principales des cérémonies nécessaires pour mesurer l'aire du temple, en plantant les pieux aux quatre angles, et en délimitant au cordeau les quatre côtés de l'édifice.

jadis; l'obélisque a survécu même à la destruction des ruines, et à qui veut bien entendre son langage il parle encore du Pharaon qui Térigea1.

Tant de travaux entrepris et terminés heureusement avaient rendu nécessaire une reprise de l'exploitation dans les carrières antiques et l'ouverture de carrières nouvelles. Amenemhâit Ior envoya un très haut personnage, Antouf, chef des prophètes de Minou et prince de Coptos, au Val de Rohanou, à la recherche des fins granits qui servaient à fabriquer les sarcophages royaux *. Amenemhâit 111 avait inauguré à Tourah, en l'an XLH1 de son règne, de beaux filons de calcaire blanc, qu'on exploita probablement dans l'intérêt d'Héliopolis et de Memphis8. Calcaire et granit, Thèbes en eut sa part et Amon, dont le sanctuaire n'avait pas excédé jusqu'alors les proportions modestes qui convenaient à un dieu de province, posséda enfin un temple qui l'égala aux plus nobles divinités féodales. Il avait eu des débuts pénibles : Montou, le maître d'Hermonthis l'Aounou du midi, l'avait compté au nombre de ses dieux-liges et ne lui avait accordé d'abord que la propriété du bourg de Karnak. La fortune imprévue des Antouf l'avait tiré de son obscurité : il n'avait pas détrôné Montou, mais il avait partagé avec lui les hommages de tous les villages voisins, Louxor, Médamout, Bayadiyéh, et, de l'autre côté du Nil, Gournah et Médinét-Habou. L'avènement de la XIIe dynastie assura son triomphe, et fit de lui le personnage le plus puissant de l'Egypte méridionale. C'était un dieu-terre, une forme du Minou qui régnait à Coptos, à Àkhmîm et dans le désert4, mais il s'était promptement allié au Soleil, et il avait dès lors assumé le nom d'Amon-Râ. Le titre de souton noutîrou qu'il y joignait aurait suffi seul à témoigner de l'âge relativement récent où sa notoriété avait percé : le dernier venu des grands dieux, il employait pour exprimer sa souveraineté ce mot de souton, roi, qui désignait les maîtres de la vallée depuis la réunion des deux Égyptes sous le nébuleux

1. Sur l'obélisque de Matariéh, cf. S. dr Sacy, Relation de V Egypte par Ahd-Allatif, p. 180-181, 225-229, où sont cités plusieurs passages d'auteurs arabes, relatifs à l'histoire des ruines; l'autre obélisque, dont on voit encore quelques débris, tomba ou fut renversé en 1160 de J.-C. Les inscriptions sont reproduites dans Bu r ton, Excerpta Hieroglyphica, pi. XXVIII; Roskllini, Monumenti Storici, pi. XXV, 1; Lepsius, Denkm., II, 118 h. Beaucoup de pierres provenant d'Héliopolis et de son temple ont été encastrées, à diverses époques, dans les murs des principaux monuments du Caire, notamment dans la mosquée du Khalife Hakem : l'une d'elles, qui sert de seuil à la mosquée de Shàaban, porte le cartouche d'Ousirtasen ^(Wiedeman.n, jEgyptische Geschichle, p. 243).

2. Lepsils, Denkm., II, 118 d, et Golemscheff, Résultats épigraphiques d'une excursion à VOuady Hammamât (Extrait des Comptes rendus de la Société Russe d* Archéologie), pi. VIII, qui a donné un texte plus complet que celui de Lepsius; cf. Maspero, Sur quelques inscriptions du temps d' Amènenthuit Ier au Ouady Hammamât, p. 1 sqq., où le texte assez difficile à lire et à interpréter de ce document a été traduit et commenté dans le détail.

3. Perrisg-Vyse, Opérations carried on at the Pyramids in 1837, t. 111, planche, et p. 04 ; Lepshs, Denkm., II, 143 t, où la date, inscrite au sommet de la stèle, manque complètement.

4. Cf. p. 90 de cette Histoire et p. 148 une figure de limon thébain, coiffé du mortier à plumes.

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