LES AGRANDISSEMENTS UE THÊBES. SOT
Mènes'. Seul d'abord, il s'était associé en mariage une déesse vague et ma) définie, qui s'appelait Maout, Moût, la mère, et qui n'adopta jamais un nom plus personnel : le dieu fils qui compléta cette triade fut, dans les premiers temps, Montou, mais plus tard un être secondaire, qu'on alla chercher parmi les génies chargés de veiller sur les jours du mois ou sur les étoiles, Khonsou.
Amenemliàit I" jeta les fondations du temple où le culte d'Anton s'abrita jusqu'aux derniers jours du paganisme1. L'édifice était soutenu de colonnes polygonales à seize pans, dont quelques fragments subsistent. Il avait encore des dimensions médiocres, mais il était construit avec des matériaux de choix, grès et calcaire, et décoré de bas-reliefs exquis. Ousirtasen 1" l'élargit1 et bâtît au grand prêtre une belle maison à l'ouest de l'étang sacré5.
1. lltspKWi, Étude» Egyptienne*, I. Il, p. 13-1", et Et iule* de Mythologie cl d'Archéologie Égyptienne*, l. Il, p. 111-11.
t. Dettin de Boudier, d'apri* mir p/intm/mphir d'intiitgrr.
3. Wiwissoï, Modem Egypt and Ihetnt, l. 11, p. ïiH; ce» débris ont disparu aujourd'hui (Harikiik, Karnak, p. .11). Si le morceau a de Mahikitk, Kamnli, pi. VIII, se rapportait au règne d'Ainencmhall I", l'an XX pourrait être considéré ivw vraisemblance? comme la date probable lie la fondation, lue statue cil granit rose du souverain (JI.tiur.TTE, Karnak, pi. VIII, rf, et p. 41), ainsi qu'une table d'offrandes dédiée par lui (/rf., pi. VIII, r, et p. 11-1*1, ont été di-ronvnrU-s dans le voisinage de ce Fragment, cl contribuent à rendre vraisemblable l'attribution qu'on en fait au régne d'Amcncmhàit I".
4. Son nom est gravé sur plusieurs morceaux de colonnes (JUmktik, Karnak, pi. VIII h-c cl p. 41), ainsi que sur une table d'offrandes conservée aujourd'hui au Musée de Giiéh (Viïkt, Notice de* principaux monument* eipoiés au Mutée de tiiiéh, p. 41, a° 131).
5. HtRtr.iTi, Karnak, pi. XL et p. GÏ-G3; E. de lloiinr. Elude* de* Monument* du Ma»* if de Karnak, dans les Mélange* d'Archéologie Egyptienne et Aagrienne, I. I, p. 38-30.
Louxor1, Zorit8, Edfou', Hiéracônpolis, El-Kab \ Êléphantine B, Dendérah0, se partagèrent la faveur des Pharaons; la ville auguste d'Abydos devint l'objet de leur prédilection spéciale. Sa réputation de sainteté s'était accrue sans arrêt, depuis les Papi : son dieu Khontamentît, identifié avec Osiris, avait conquis par l'Egypte du Sud un rang aussi haut que celui de l'Osiris Mendésien dans l'Egypte du Nord. On adorait en lui le souverain des souverains des morts, celui qui réunissait autour de lui et qui accueillait sur ses domaines le plus de sujets appartenant à des cultes différents. Son sépulcre, ou plutôt la chapelle qui simulait son sépulcre, et où l'on conservait une de ses reliques, était édifié sur le toit comme partout7. On y accédait par un escalier ménagé au flanc gauche du sanctuaire : les théories solennelles des prêtres et des dévots le montaient lentement au chant des hymnes funèbres, les jours de la passion ou de la résurrection d'Osiris, et là, sur la terrasse, à l'écart du monde vivant, sans autres témoins que les astres du ciel, les fidèles célébraient mystérieusement les rites de la mort et de l'embaumement divins. Les féaux (VOsiris accouraient en foule à ces fêtes, et se plaisaient à visiter une fois au moins pendant leur vie la cité où leur âme devait se rendre après la mort, afin de se présenter à la Bouche de la Fente et de s'y embarquer sur la bari de leur maître divin ou sur celle du Soleil. Us laissaient, sous V escalier du dieu grand, une sorte de tombeau fictif auprès de la tombe fictive d'Osiris, une stèle qui éternisait le souvenir de leur piété et qui servait comme d'hôtellerie à leur âme, quand celle-ci revenait par la suite au lieu de ralliement de toutes les .âmes osiriennes8. L'affluence des
1. Virf.y, Police des principaux Monuments exposés au Musée de Gizéh, p. 44, n° 136. Table d'offrandes au nom d'Ousirtasen III, trouvée en 1887 dans les fouilles de Louxor.
2. Table d'offrandes au nom d'Ousirtasen Ier, découverte à Zorlt-Taoud en 1881 (Maspkro, Soles sur différents points de Grammaire et d'Histoire, dans la Zeitschrift, 1882, p. 123).
3. Une inscription du grand temple d'Horus mentionne les travaux d'un Amenemhàlt et d'un Ousirtasen à Edfou, sans ajouter aux cartouches-noms les cartouches-prénoms (Brigsch, Drei Feslkalcndev von Apolline polis Magna, pi. IV, I. 23) : il s'agit probablement d'Amencmhàtt I" et d'Ousirtasen I".
\. MtiRRAY-WiLKiNsoN, Handbook of Eyypt, p. 508 : je n'ai pas retrouvé ces fragments. M. G ré haut découvrit à El-Kab, en 1891, un sphinx semblable à celui qui est reproduit p. 503 de cette Histoire (Virky, Notice des principaux Monuments exposés au Musée de Gizéh, p. 45, n° 139).
5. Birch, Tablets of the XlVh Dynasty, dans la Zeitschrift, 1875, p. 50-51.
ti. Dûmichen a signalé, dans la maçonnerie du grand escalier Est du temple actuel d'Hàthor, une pierre qui provient du temple antérieur, et qui porte le nom d'Amencmhàtt (Dauurkunde der Tetnpelantagen von Dendera, p. 19; Mariette, Dendérah, Supplément, pi. II, e); un autre fragment, découvert et publié par Mariette {Dendérah, Supplément, pi. H, f), montre qu'ici encore il s'agit d'Amenemhâît l"r. Les constructions de ce prince à Dendérah devaient être assez considérables, s'il faut en juger par les dimensions de ce dernier morceau, qui est un linteau de porte.
7. C'est ce tombeau qui est cité par Plntarque (De Iside et Osiriile, § 20, édit. Parthey, p. 31), et que Mariette chercha si longtemps en vain, pensant qu'il était construit sur le sol même et non sur la terrasse du temple (Maspkro, dans la lievue Critique, 1881, I. I, p. 83).
8. Les inscriptions constatent en effet pour beaucoup de ces stèles votives qu'elles étaient déposées sous Vesealier du dieu grand, et qu'elles étaient considérées comme représentant le tombeau entier (Maspero, Etudes Égyptiennes, t. I, p. 127-129) : de là, la croyance, courante à l'époque grecque.
LES TEMPLES D'ABYllOS! 50»
pèlerins enrichit la population, le trésor sacerdotal se gonfla, et d'année en année le temple d'autrefois ne suffît plus aux besoins de la religion. Ousirtasenl1'" voulut remédier à cette situation ' : il dépêcha un de ses grands vassaux, Monthotpou, pour surveiller les travaux'. Un distingue les arrasements du portique en calcaire blanc qui bordait la cour d'honneur, et, adossés aux restes des piliers carrés qui le soutenaient, des colosses de granit rose debout, le bonnet osirien au front, les pieds posés sur les XeufArcs, symbole des ennemis vaincus ; le moins endommagé représente le fondateur', mais plusieurs autres figurent ceux de ses successeurs qui s'intéressèrent au temple*. Mont- «hbmim i" t>'mi>M*. hotpou creusa un puits que les infiltrations du Ml alimentaient abondamment. Il élargit et cura
d'après laquelle les plu* riche» des f-K> ptïetis» se seraient fa il nu (errer à AI>yilos . parée qu'il* e~limenl n honneur de reposer aupré* ilu tombeau d'Osirïs • {De Ilide et Osiride. g îll. éd. Paatiiei, p. 31). I.ei Grec* confondaient hit u» hipn^éc réel les stèles repri'-senLilives .le l'hypogée, que les Égyptien déposaient dêiotement pré* île I i-waticr qui raenail au reposoir d'Osïrin.
I. La fondation e.i altnhui ■■■ a <i i.;ri..-. n I" par Amonisonbou qui restaura le temple sous le Pharaon Poiirrl de la XIII* dynastie [Slele C IS du Louvre, I. U-10; cf. 1'. HR lluimn:t. Sur deux ttèle» de F Ancien Empire, dan. Caini'. .Wtaoyet Kgyplologiquet, 3- série, I. 11. p. *IS, ill7, 411).
t. La slêlc de Sonlhot|Hiu (Vi»n, fîulire tlrt principaux Monument' amierrr'i au Mutée de Gîirh, p. 38, n- lin) a Clé publiée par Wan-llr [Abydot. 1. Il, pi. XXIII), par K. cl J. de llougé. {Inscription* liiérogli/plnqnet. |il iXiJII-O.CH ). |.ar liarrssj {Remarque* et .Yofri, dan* le Heriieii de Travaux, t. IX, v Ml-ll:i): la face anleri*ure dan. Brue.sch [Kmchickle .Vgypteiu. p. \M ! 33 j et dans Lu «hindou {The Slete of Meatahotrp. nui Jramathoutof the Society <if Hiblicat Arrlirotngy. L\l\l. p 3ï3-:W!ij.
3. Il a elo transporté .-n IRM a Moula.) (W.biktte, Sotice det principaux Monument*. 1804, p. Ï8K, ri" 3, Abydm. t II. |<l \XI»->. el Catalogne Géuérot, p. f.\, n° 31".; Ilwui.k liuii.i:, Album photographique de la .Vix-ion uV M J- It.moe. »■■ 1 1 l-l lï).
4. Colosse d'Oviirta*™ III (H.hinii. Abydat, t. Il, pi. XXI d, et Catalogne Général.'?. *'.i. n- 34<i).
5. Iletfi de ruo-hcrtladiu. d'api*» I" photographie de M. de Banville (er. B.ixviLLK-llorirt, Album photographique de la ffioinn de .11 de llmigr, n" 111-112).
Mil LE PREMIER EMPIRE TUERAIS.
le lac sacré sur lequel les prêtres lançaient l'arche sainte, la nuit des grands mystères1. Les alluvions de cinquante siècles ne l'ont pas comblé entièrement : c'est aujourd'hui un étang aux contours irréguliers, qui se dessèche en hiver, mais se remplit promptement dès que l'inondation gagne le village d'EI- Kharbéh. Quelques pierres rongées de salpêtre tracent vaguement la ligne des quais, un bois épais de palmiers encadre les berges au nord et au sud, vers l'ouest la vue est libre et porte jusqu'à l'entrée de la gorge par laquelle les âmes partaient à la recherche du paradis ou de ta barque solaire.
Les buffles viennent boire et se baigner à midi où flottait la hari dorée d'Usiris, et le bourdonnement des abeilles échappées aux vergers voisins trouble seul le silence, dans ces lieux, où les lamentations rythmées des pèlerins résonnaient jadis.
La ville où les premiers Pharaons théhains résidaient de préférence en temps de paix, Héracléopolis la Grande, dut être une de celles qu'ils s'appliquèrent à décorer avec amour de monuments somptueux. Elle a malheureusement souffert plus que toute autre, et elle n'offre plus à nos regards, outre les débris misérables de quelques édifices d'époque romaine, qu'un bout de colonnade barbare sur le site d'une basilique byzantine presque contemporaine de la conquête arabe, l'eut-ètre les buttes énormes qui recouvrent son emplacement recèlent-elles encore les restes de ses temples antiques. Nous ne possédons pour juger de ses splendeurs que des mentions éparses dans les inscriptions. Nous savons par exemple qu'Ousir-
1. lutcription de MonthotpOU, rcclo, I. ai, au Musée de fii/oli.
t. Demi» île Boudier, d'âpre* vue photographie d'Emile llrugtdl-liey, prise eu lëKi.
HÊBACLEOPOI.IS LA (IRA NUE, ni I
tasen 111 remania le sanctuaire de Ilarshàfitou, et qu'il envoya des expéditions à l'Ouady Hammamàt pour extraire des blocs de granit dignes de son dieu' : mais l'œuvre de ce roi et de ses successeurs a sombré dans la ruine complète de la ville antique. Du moins quelque chose a-t-il subsisté de ce qu'ils firent au Fayoum, cette dépendance traditionnelle d'Héracléopolis1 : le temple qu'ils rebâtirent au dieu Sobkou dans Shodit demeura
célèbre jusque sous les Césars romains, inoins peut-être par la beauté de l'architecture que par la singularité des scènes religieuses qui s'y passaient journellement. Le lac sacré contenait une famille de crocodiles apprivoisés, image et incarnation de la divinité, que les dévots nourrissaient de leurs offrandes, gâteaux, poissons grillés, liqueurs édulcoréos avec du miel. On profitait du moment où l'une des bètes, vautrée sur ia rive, se chauffait délicieusement au soleil : deux prêtres lui ouvraient la gueule, un troisième y jetait les gâteaux, puis la friture, enfin la boisson. Le crocodile se laissait faire sans sourciller, engloutissait sa provende, puis plongeait et gagnait
I. Expédition en Tan XIV d'Ousii-tascn III (Unucs, Denkm., Il, p. 130 a). Les fouille* de «avilie ont fourni de» débris su nom d'Ousirtasen II (Ahnot-rl-Medweh, p. ï, IU-U, pi. I, é-e).
ï. Groupe deslatuos représentant Amcnembalt I", découvert à Shodit (I.eixiis, Deukm., Il, HRe-/-). et mention de dons faits au temple de Sobkou par ce prince (I>n»ll, Itlahuu, Kahuu and Curât., [i l'j-iïu). K\|)ùiiition au Val de llainmamàt en l'an XIX d'Amenemliâll III : le roi lui-même va chercher la pierre nécessaire aux monuments de Sobkou, ma lire de Shodit (Lmiis, Ilenkm., 11. 138 a; cf. 138 b). (L'uni probablement k ce» travaux que ne rapporte le lambeau d'inscription conservé sur un fragment de colonne (Lfpsui*. Deukm., II. 118 g), et d'après lequel un roi, non nommé, niais <|iii app:iriii-rit certainement a la XII- dynastie, éleva une sa Mo llypostylc dans le temple do sou père Sobkou.
3. lirttiu de llouilier, itaprèt une photographie île lloliriiîtc/ir/f.
paresseusement l'autre berge, dans l'espoir toujours trompé d'échapper un moment à la libéralité de ses fidèles. Dès que l'un de ceux-ci survenait, on allait le relancer à son poste nouveau et on l'empâtait de la même manière*.
Ces animaux étaient d'ailleurs fort élégants en leur genre : on leur pendait
aux oreilles des anneaux d'or ou de terre entaillée et on leur rivait des
bracelets aux pattes de devant'. Les monuments de Shodîl, s'il en existe
encore, sont ensevelis sous les
buttes de Médinét el-Fayoum, mais
on rencontre dans le voisinage plus
d'un souvenir authentique de la
XII" dynastie. Ousirtasen 1" érigea
ce curieux obélisque en granit,
plus long que large et arrondi au
sommet, dont les pièces gisent
oubliées à terre près du village de
Bégig : une sorte de cuvette s'est
creusée autour de lui, qui se remplit au temps de l'inondation, et il baigne
dans une mare d'eau trouble la meilleure partie de l'année. 11 a perdu la
plupart de ses inscriptions à ce régime; on y aperçoit pourtant cinq étages
de tableaux où le roi tend l'offrande à diverses divinités1. Il y avait près