‹ Histoire ancienne des peuples de l'Orient classiqueChapitre 235 sur 374 · MEMPHIS ET LES PYRAMIDES DE DAHSIIOUR · texte numérisé non relu

MEMPHIS ET LES PYRAMIDES DE DAHSIIOUR

marais herbeux où les canards, les pélicans, les oies sauvages, vingt espèces d'oiseaux s'ébattent et nichent par milliers. Les Pharaons, las du séjour de leurs villes, trouvaient là des paysages variés et frais, un climat toujours égal, des jardins sans cesse égayés de fleurs, et, dans les fourrés du Kéroun, ces chasses au boumérang ou ces pèches interminables qui faisaient leurs passetemps favoris'.

Ils voulurent reposer où ils avaient vécu. Leurs tombeaux vont d'IIéra-

cléopolis rejoindre les dernières pyramides Memphites : Dahshour en a conservé deux. Celui du nord est une immense bâtisse en briques, placée à proximité de la pyramide à mansarde, mais plus approchée qu'elle à la lisière du plateau, de manière à dominer la vallée3. On dirait qu'en venant s'installer immédiatement au sud du site où l'api II trônait dans sa gloire, les Thébains ont voulu renouer la tradition des dynasties anciennes par-dessus les Héracléopoli tains et affirmer à tous les yeux leur descendance antique. Une de leurs résidences s'élevait non loin de là, vers Miniét Dahshour, la cité de

1. Plusieurs personnages du premier empire théhnin parlent les divers titres appartenant aui mattm de* chaîna royale» du Fayoum ; ainsi le Sovkholpou dont la statue est au Musée de Marseille (E. Nsville, Un Fauclionnaire delà XII' dynastie, dans le Recueil de Travaux, t. I, p. I0M1Ï).

t. Detiin de lloudier, d'après une photographie d'Emile Brugtck-Bey. Les deui pyramides sont

3. Cette pyramide a été décrite sommairement par Perring, dans le troisième volume du grand ouiragc de Vvse, Opérations carried on al Ihe Pyramid* in ISST, t. Il, p. 5T-63.

Rt8 LE PREMIER EMPIRE THEBAIN.

Tttooui, le séjour préféré d'Amenemhàît 1". C'est là que fleurirent à côté d'Amenemhait III ces princesses souveraines, Nofirhonlt, Sonit-Sonbit, Sitliàthor, Monîl, ses sœurs, ses épouses, ses filles, dont les sépultures bordent le front nord de la pyramide. Elles y dormaient côte à côte, comme jadis au harem, et leurs momies ont gardé, en dépit des voleurs, les parures dont la piété de leurs maîtres les avait revêtues la veille des funérailles. L'art des vieux orfèvres, dont nous ne connaissions que des images dessinées sur les murs des tombes ou sur les ais des cercueils, s'y déploie dans toute sa finesse. C'est une profusion de gorgerins en or, de colliers en perles d'agate ou en fleurs de lotus émail- Iées, de scarabées en cornaline, en améthyste, en onyx. Des pectoraux aux cloisons d'or, inscrustées de lamelles en pâtes vitreuses ou en ( pierres découpées, portent les car-

touches d'Ousirtasen 111 et d'Amenemhait 11, et tout dans ce trésor trahit une sûreté de goût et une légèreté d'outil prodigieuse. A les voir si délicats, et pourtant si neufs dans leur antiquité, on perd la notion des cinquante siècles qui se sont écoulés depuis lors. II semble que les femmes royales auxquelles ils appartinrent se tiennent quelque part, à portée de la voix, prêtes à répondre dès qu'on daignera les appeler; on imagine par avance la joie qu'elles ressentiront lorsqu'on leur rendra ces parures somptueuses, et il faut l'aspect des cercueils vermoulus où leur momie sommeille raide et défigurée, pour ramener le curieux au sentiment de la réalité*. Deux autres pyramides, mais cette fois en pierre, subsistent plus au sud, sur la gauche du village de Lisht' : le revêtement, arraché par les fellahs, a disparu tout entier, et l'on dirait de loin deux tertres qui rompent la ligne du désert, plutôt que deux édifices façonnés de main d'homme. Les chambres funéraires ménagées fort bas dans le sable se sont remplies d'eau

1. Destin de Fauchcr-iSudin, d'âpre* une photographie d'Emile. llnigseh-Bey.

t. C.p sont les bijoix ilémuveris (.nr M. de Morgan en ISU4 dans ses fouille» autour de la pyramide de Tlahsliour (cT. les Complet Itelidnt de l'Aeadtmir des Interiplioiu, I8t>4).

ï. l'.e* pyramides, signalées par Jonian, lieteription det Antiquité! de V Ileptannmide (dans la Drtrripliuu de l'Egypte, t. IV, p. 4Ï9-430), et par Pfmhm-Vïse, Opération* earried on. t. III, p. 77-78, ont été ouvertes île 18Sîà mil. Les ehambres n'ont pu élre e\ploréei (Mamem, Ktudet de Mythologie et d'Archéologie Égyptienne: t. I, p, 1 48-149}. Les objets qui y ont été recueillis sont conservés aujourd'hui au Musée de Gizéh (Masnsro, Guide du Vitileur, p. HitfA, n» 1034-1051).

LES PYRAMIDES IflLI.AHOUN ET DE HAWARA. 519

par infiltration, et l'on n'a pas réussi encore à les vider assez pour y pénétrer : est-ce Amenemhàît I" qu'elles renferment, Ousirtasen 1" ', Àmenemhàit II? On sait du moins qu'Ousirtasen 11 se bâtit la pyramide d'Illahoun, et Amenemhàît III celle d'Hawarà. Holpoit, la tombe d'Ousirtasen II, s'étalait sur une colline rocheuse à sept cents mètres environ des terres cultivées. Un temple la bornait à l'est, et contre le temple une ville, Hàit-Ousirtasen-llotpou, « le Château du Repos d'Ousirtasen » : les ouvriers employés aux travaux y habitaient ainsi que leur famille. Il ne reste plus guère du temple qu'une enceinte en

briques, dont les parois étaient habillées de calcaire fin, écrit et sculpté. Le mur de la ville s'y appuyait, et les quartiers avoisinants sont encore intacts, ou peu s'en faut : les rues couraient droites, coupées à angle droit, flanquées de maisons et si régulièrement distribuées, qu'un seul agent de police pouvait surveiller chacune d'elles d'un bout à l'autre. La maçonnerie est grossière, hâtive, et contient des débris de constructions antérieures, des stèles, des morceaux de statues. La ville se dépeupla dès que le Pharaon eut pris possession de son sépulcre : elle fut abandonnée à la XUI" dynastie, s'engrava sous les décombres et sous"" le sable que le vent apporte'. Au contraire, la cité qu'A mènent hait III annexa à son tombeau se prolongea à travers les

1. La construction de la pyramide d'Ousirtasen I" avait été confiée à Merrî, qui la décrit sur une Blèlc conservée au Louvre {C 3, I. 1-7, PieRbkt, Htcueil d'inscriptions inédite), l. Il, |>. IOi-101; G«vet, Stèles de ta XII' dynastie, pi. IV-V; cf. Misreno, Noirs sur différent» points de Grammaire et d'Histoire, dans les Hélanges d'Archéologie, t. Il, p. Ml-Mi, Ëtudei de Mythologie, t. I, p. 3, note i).

ï. Dessin de r'anchrr-tiudin, d'après une photographie de Goténischeff.

S. La pyramide d'Illalioun a été ouverte et sou identité avec la pyramide d 'Ousirtasen II démontrée par Pétrie, Kahun, f.urob and llaurnra, p. 1 1-14, *I-SS, et lllahun, Kahaii and llurob, p. 1-15.

âges. Le roi reposait dans un grand sarcophage de grès quartzeux, et à côté de lui, dans un petit cercueil, son épouse favorite, Nofriouphtah1. La chapelle funéraire était fort vaste et aménagée de façon assez compliquée. On y voyait un nombre considérable de pièces, les unes assez larges, les autres médiocres, toutes difficiles d'accès et plongées dans une obscurité perpétuelle : c'est le Labyrinthe d'Egypte, auquel les Grecs ont fait par méprise une renommée universelle'. Amenemhâit III ou ses architectes ne songeaient pas à construire l'édifice assez puérilement combiné auquel la tradition classique a cru tout entière. Il avait richement doté son clergé et assuré à son double des revenus considérables : les chambres étaient autant de magasins où Ton conservait le trésor du mort ou ses provisions, et dont la répartition n'offrait rien de plus mystérieux que celle des entrepôts ordinaires. Comme le culte dura longtemps, le temple fut longtemps entretenu en bon état : il n'était peut-être pas abandonné encore au moment où les Grecs le visitèrent pour la première fois3. Les autres souverains de la XH° dynastie doivent être enterrés non loin d'Amenemhàit III et d'Ousirtasen II : ils possédaient, eux aussi, leurs pyramides, dont il faudra bien un jour retrouver le site4. La silhouette de ces monuments est à peu près celle des pyramides memphites, mais les dispositions intérieures ont changé. A Hawarà comme à Illahoun, comme à Dahshour, le gros œuvre est en briques sèches, de forte taille, entre lesquelles on a coulé du sable fin pour donner de la consistance à la masse, et qui disparaissaient entièrement sous un revêtement de calcaire poli8. Les couloirs et les chambres ne s'agencent pas non plus sur le plan assez simple qu'on rencontre dans les pyramides de l 'âge antérieur*.

1. Comme la pyramide d'IUahoun, celle de Hawarà a été ouverte, et le sarcophage du Pharaon découvert, par Pétrie, Hawarà, Biahmu and Arsinoe, p. 3-8, Kahun, Gurob and Hawarà, p. 5-8, 1*2-17.

2. Le mot Labyrinthe, XaoupivOoç, est une adaptation grecque du nom égyptien rapou-rahounit, temple de Hahounit >, prononcé selon le dialecte local lapou-rahounît (Mariette, les Papyrus Egyptiens du Musée de Boulaq, t. I, p. 8, note 2 ; Br rr.se h, Das Mgyptische Sec l and, dans la Zcilschrift, 1872, p. 91, Dictionnaire géographique, p. 501). Brugsch a contesté depuis cette étymologie, qu'il avait été pourtant l'un des premiers à préconiser (l)er Môris-See, dans la Zeitschrift, t. XXX, p. 70).

3. Sur le Labyrinthe d'Egypte et sur les hypothèses auxquelles il a donné naissance, voir Jomard- Caristir, Description des ruines situées près de la pyramide d'Haouârah, considérées comme les restes du Labyrinthe, et comparaison de ces ruines avec les récits des anciens, dans la Description de VÈgypte, t. IV, p. 478-521. L'identité des ruines d'IIawarà avec les restes du Labyrinthe, admise par Jomard-Caristie et par Lepsius (Rriefe aus ,figypten, p. 74 sqq.), contestée par Vassalli (Rapport sur les fouilles du Fayoum adressé à M. Auguste Mariette, dans le Recueil de Travaux, t. VI, p. 37-41), a été démontrée définitivement par Pétrie (Hawarà, Biahmu and Arsinoe, p. 4 sqq.), qui a retrouvé les restes des constructions d'Amencmhâit III sous les débris d'un village et de tombes gréco-romaines.

4. On possède les noms de la plupart de ces pyramides : ainsi, celle d'Amenemhàit Ier s'appelait Ka-nofir (Louvre G i, 1. 1 ; cf. Gayet, Stèle de la XIP dynastie, pi. II).

5. La construction particulière de ces pyramides, indiquée par Jomard-Caristie, Pyramide (VHaouArah et Description de la Pyramide d'IUahoun (dans la Description de VÈgypte, t. IV, p. 482-482, 514- 510), a été étudiée de plus près par Vyse-Perriniî, Opérations carriedon at the Pyramids in M\?7, t. III, p. 80-83; cf. Perrot-Cuipikz, Histoire de l'Art dans l'Antiquité, t. 1, p. 210-211.

6. Voir les plans de la pyramide d'IIawarà dans Pétrie, Kahun, Gurob and Hawarà, pi. II— IV, et ceux de la pyramide d'IUahoun dans Pétrie, Ulahun, Gurob and Arsinoe, pi. II.

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