‹ Histoire ancienne des peuples de l'Orient classiqueChapitre 238 sur 374 · I. Deitin de Boudier, fapri* une plmtagrapliie d'tnnuigcv · texte numérisé non relu

I. Deitin de Boudier, fapri* une plmtagrapliie d'tnnuigcv

m LE PREMIER EMPIRE THÉBAIN.

trer la faveur dont les siens jouissaient auprès de leurs rois1. Amoni et Khiti, qui furent, à ce qu'il paraît, les belliqueux de la race, ont retracé partout les épisodes de leur carrière militaire, les évolutions de leurs soldats, le combat corps à corps, le siège des forteresses*. Ce n'étaient pas des bandes de princes fainéants que ces lignées de la Gazelle ou du Lièvre dont les chefs partageaient avec Pharaon la possession du sol de l'Egypte : elles avaient l'esprit tenace, l'humeur batailleuse, le désir insatiable d'arrondir leurs domaines et l'habileté d'y réussir par intrigues de cour ou par mariages avantageux. On se figure, d'après leur histoire, ce qu'était la féodalité égyptienne, de quels éléments elle était constituée, quelles ressources elle avait à sa disposition, et Ton est saisi de stupeur quand on songe aux qualités de force et de finesse que les rois durent déployer pour tenir tête à de tels vassaux pendant deux siècles.

Àmenemhâit 1er avait abandonné Thèbes pour fixer sa résidence à Héracléopolis et à Memphis; il l'avait remise à un personnage, qui appartenait probablement à la maison royale. Le nome d'Ouisît était retombé à la condition de fief simple, et, si nous ne réussissons pas encore à établir la série des princes qui s'y succédèrent à côté des rois, nous voyons du moins que tous ceux dont le souvenir est parvenu jusqu'à nous jouèrent un rôle considérable dans l'histoire de leur temps. Montounsîsou, dont la stèle fut gravée en l'an XXIV d'Amenemhâît Ier, et qui mourut sous le règne commun de ce Pharaon et de son fils Ousirtasen Ier, avait participé à la plupart des guerres dirigées contre les voisins de l'Egypte, les Ànitiou de Nubie, les Monîtou du Sinai, les Maîtres des Sables : il avait démantelé leurs cités et rasé leurs forteresses3. La principauté conserva sans doute les mêmes limites qu'elle avait acquises sous les premiers Àntouf, mais la ville s'agrandit de jour en jour, et elle gagna en importance, à mesure que les frontières fuyaient vers le sud. Elle était devenue, après les conquêtes d'Ousirtasen 111, comme le nombril du monde égyptien, le centre d'où les Pharaons pouvaient rayonner indifféremment vers la péninsule du Sinai ou vers la Libye, vers les côtes méridionales

i. L'inscription de Khnoumhotpou a été copiée pour la première fois par Burton, Excerpta Ilieroglyphica, pi. XXII1-XXIV. Le tombeau a été décrit par Champollion (Monuments de l'Egypte et delà Nubie, t. Il, p. 385-425) et beaucoup de scènes publiées dans les planches de son grand ouvrage, très fidèlement, ainsi que dans celui de Rosellini. On le trouve dessiné en entier dans Lkpsiis, Denkm., II, 123-130, et dans Newbkrry, Beni-Hasan, t. I, pi. XXII-XXXVI1I.

2. Le tombeau d'Amoni-Amenemhàit a été décrit très minutieusement par Champollion, Monuments de l'Egypte et de la Nubie, t. Il, p. .125-434, et par Newhkrry, Beni-Hasan, t. I, pi. 111-XXI; celui du prince Khîti est public également dans Champollion le Jeune (Monuments de l'Egypte et de la Nubie, t. II, p. 334-358) et dans Newherry (Beni-Hasan, t. II, p. 51-62, pi. IX-XIX).

3. Stèle C I du Louvre (Gayet, Stèles de la XII' dynastie, pi. I ; Pikrret, Hecueil d'Inscriptions, t. II, p. 27-28), interprétée par Maspkro, Un Gouverneur de Thèbes au début de la XII* dynastie (extrait des Mémoires du premier Congrès International des Orientalistes tenu à Paris, t. II, p. 48-01).

LES SIRES t)E THÊItES SOUS 1.A XII* DYNASTIE. .127

de la mer Rouge on vers Koush l'humiliée. L'influence de ses seigneurs s'en accrut d'autant : ils étaient, sous Amenemhàit III et sous Amenemhàit IV, les plus puissants peut-être des grands vassaux, et, quand la XII' dynastie laissa échapper la couronne, .l'un d'eus la releva. On ne sait comment la transition s'acheva entre les Pharaons qui descendaient d'Amenemhàit Ier et la branche

cadette de leur famille. Lorsqu'Amenemhâit IV mourut, on ne lui trouva d'autre héritier qu'une femme, sa sœur Sovkounofnourî : celle-ci garda l'autorité suprême un peu moins de quatre ans1, puis elle céda ta place à un Sovkhotpou 1. Y eut-il révolution de palais, émeute populaire, guerre civile? La reine choisit-elle le nouveau souverain comme époux et le changement s' accomplit-il sans lutte? Sovkhotpou était probablement sire d'Ouisît, et la

t. Dessin de Boudier, d'après la chromolithographie de LmiN, Denkm., I, pi. Ut. Le premier tombeau a gauche, dont on • perçoit le portique, est celui de Khnoumhotpou It.

j. Elle régna exactement trois ans. dix mois, dix-huit jours, d'après les fragments du Canon royal de Turin (Lefsics, Auttoaht dtr irirhtigiten Urkunden, pi. V. col. Vil, I. £).

3. Sovkhotpou Khoutoouirl d'après les éditions actuelles du Papyrus de Turin (Lepsiiï. Auttrahl. pi. V, col. Vil, I. B). ce qui avait décidé Lïeblein (llecherclies sur ta Chronologie Égyptienne, p. lOiin:i) H Wicdemann [.Egyptische Getchichte. p. ■iBG-itST] à écarter l'identification de ce premier roi de la XIII* dynastie avec Sovkhotpou Sakhem khoutoouirl. admise généralement (E. de Hocrct, Inscription des rochers de Semnth, dans la Revue ArelUotogique, V scr., I. V, p. 313-314; I.aiitk, Manelho und der Tttriner Kiinigtpapyna. p. Ï3C). Cependant la façon dont les monuments de Snvkliotpon Sakhcnikhoutoouirl et ses papyrus (KiirriTi, dans I'etme, lllahun, Knkun and lluroti, p. 50) sont mêlés aux monuments d'Amenemhàit III a Semnéh et au r'avouni, montre qu'on ne saurait beaucoup h' séparer de ce roi. De plus, quand on examine le Papyrus de. Turin, on s'aperçoit qu'il y a, en avant du groupe Khautooui du premier cartouche, une déchirure qui n'est point indiquée sur le fac-similé, mais qui s endommagé légèrement le disque solaire initial et enlevé presque entièrement un signe. On est donc porté à croire qu'il y avait là m Sni/iriiiklinuliiiniiri au lieu d'un Khoutoouiri, si bien qu'en fin de compte tous les savants auraient raison chacun à leur manière, et que le fondateur de la XIII* dynastie serait un Sakhemkhouloouiri I", tandis que le Sovkhotpou Sakhemkhoutoouirl qui occupe le quinzième rang dans la dynastie sera il un Saklicinklioiilooiiirt 11.

dynastie qu'il fonda est enregistrée comme originaire de Thèbes par les historiens indigènes. Son avènement ne changea rien à la constitution de l'Egypte : il consolida seulement la suprématie thébaine et la consacra définitivement. Thèbes fut désormais la tète du pays entier : sans doute ses rois n'abandonnèrent pas du premier coup Héracléopolis et le Fayoum, mais ils ne visitèrent ces résidences qu'en passant, à de longs intervalles, et finirent par ne plus s'y arrêter au bout de quelques générations1. La plupart séjournèrent à Thèbes, y concentrèrent l'administration du royaume, y bâtirent leurs pyramides*. La capitale effective d'un souverain, c'était moins encore l'endroit où il siégeait vivant, que celui où il reposait mort : Thèbes fut la capitale effective de l'Egypte, du jour où ses maîtres y eurent leurs tombeaux.

L'incertitude reparaît dans son histoire avec Sovkhotpou Ier : non que les monuments nous manquent ou les noms de rois, mais au milieu de tant de Sovkhotpou et de Nofirhotpou qui sortent de terre pêle-mêle sur vingt points de la vallée, nous ne savons pas encore de manière certaine l'ordre qu'il convient d'adopter pour les classer. La treizième dynastie compta, dit-on, soixante rois qui durèrent quatre cent cinquante-trois ans8. La succession ne s'opéra pas toujours en ligne directe de père en fils : plusieurs fois interrompue par le défaut d'héritiers mâles, elle se renoua toujours sans secousse, grâce aux droits que les princesses possédaient et qu'elles transmettaient à leurs enfants, quand même leurs maris n'appartenaient pas à la famille royale. Sovkhotpou III avait pour père un simple prêtre, Monthotpou, dont il cite souvent le nom; mais le sang solaire coulait dans les veines de sa mère et lui valut la couronne*. Le père de son successeur, Nofirhotpou II, ou ne tenait pas ou ne tenait que de loin à la branche régnante, mais sa mère Kamâit était fille

1 . M. Pctrie a trouvé des Papyrus de Sovkhotpou Ier à Hawara (Pétrie, lllahun,Kahun and Gurob, p. 50).

2. On connaît à Thèbes la pyramide de Sovkoumsaouf et de sa femme la reine Noubkhâs, par le témoignage du Papyrus Abbott (pi. 111, I. 1-7, pi. VI, 1. 2-3; Birch-Chabas, Élude sur le Papyrus Abbott, dans la Revue Archéologique, 1M série, t. XVI, p. 269-271 ; Chabas, Mélanges Égyptologiques, 3* série, t. I, p. 63-64, 68, 104; Maspero, Une enquête judiciaire à Thèbes, p. 18-19, 41, 73) et du Papyrus Sait (Chabas, Mélanges Égyptologiques, 3* série, t. II, p. 1 sqq.). Les fouilles de M. Morgan ont montré qu'Aoutouabrl Ier Horou se fit enterrer sur le plateau de Dahshour près de Memphis.

3. C'est le chiffre de l'une des listes de Manéthon, dans MCller-Didot, Fragmenta Historicorunt Grxcorum, t. II, p. 565. La théorie de Lepsius, d'après laquelle les Pasteurs auraient envahi l'Egypte dès la fin de la XII* dynastie, et auraient laissé subsister deux dynasties vassales, la XIIIe et la XIVe (Bunsen, /Egyptens Stelte in der Weltgeschichte, t. III, p. 3 sqq.), a été combattue et renversée dès son apparition par £. de Rougk, Examen critique de V ouvrage de M. le Chevalier de Bunsen, 11, p. 52 sqq. : on la retrouve chez quelques égyptologues contemporains, mais la plupart de ceux qui la maintenaient encore y ont renoncé, ainsi Naville, Rubastis, p. 15 sqq.

4. La généalogie de Sovkhotpou III Sakhmouaztoouirî a été établie par Brdgsch, Geschichle AZgyptens, p. 180, et complétée par Wiedemann, jEgyptische Gcschichte, suppl., p. 29-30, d'après plusieurs scarabées réunis aujourd'hui dans Pétrie, Hislorical Scarabs, nM 290-292, et d'après plusieurs inscriptions du Louvre, notamment l'inscription C 8, reproduite dans Prisse d'Avf.nsfs, Monuments Égyptiens, pi. VIII, et dans Pierret, Recueil d'inscriptions inédites, t. II, p. 107.

530 LE PREMIER EMPIRE THËBAttï.

de Pharaon, et cela suffit pour qu'on lui donnât la royauté1. Peut-être découvrirait-on, en cherchant bien, la trace de plusieurs révolutions qui changèrent l'ordre d'hérédité légitime, sans entraîner pourtant la substitution d'une dynastie à une autre. Les Nofirhotpou et les Sovkhotpou continuèrent au dedans comme au dehors l'œuvre que les Amenemhâit et les Ousirtasen avaient si bien commencée. Ils mirent tous leurs soins à l'embellissement des principales villes de l'Egypte, et firent exécuter des travaux considérables dans la plupart d'entre elles, à Karnak* dans le grand temple d'Amon, à Louqsor3, à Bubaste4, à Tanis5, à Tell-Mokhdam6, au sanctuaire d'Abydos. Khâsoshoushrî Nofirhotpou y rendit au dieu Khontamentît les biens considérables qu'il avait perdus7; Nozirrî8 envoya l'un de ses officiers restaurer l'édifice qu'Ousirtasen Ier avait bâti ; Sovkoumsaouf II y consacra sa statue9, et les particuliers, suivant l'exemple que les souverains leur donnaient, y entassèrent à l'envi leurs stèles votives"*. Les pyramides étaient de dimensions médiocres, et tel d'entre eux renonçant à s'en construire se fit, comme Aoutouabri Ier Horou, enterrer dans une tombe modeste, auprès des pyramides gigantesques de ses ancêtres11. Le style des statues de cette époque

1. La généalogie de Nofirhotpou II s'établit comme celle de Sovkhotpou par des scarabées réunis aujourd'hui dans Pétrie, Historié al Scarabs, nM 293-298, et par des inscriptions de Konosso (Lkpsiis, Denkm., Il, 151 /*), de Sehel (Mariette, Monuments divers, pi. LXX, 3) et d'Assouàn (Lepsics, Denkm., II, 151 e). Ses successeurs immédiats Sihâthorri et Sovkhotpou IV, puis Sovkhotpou V, sont mentionnés comme princes royaux dans ces inscriptions (Brugsch, Geschichte Àlgyptens, p. 180).

2. Table d'offrandes de Sonkhabri Àmoni-Àntouf-Àmenèmhàît provenant de Karnak (Mariette, Karnak, pi. 1X-X, et p. 45-46), aujourd'hui à Gizéh (Virry, Police des principaux Monuments, 1893, p. 39, n° 123); statues de divers Sovkhotpou (Mariette, Karnak, pi. VIII, k-m, et p. 44-45); bloc aux cartouches de Nofirhotpou II et de Sovkhotpou Khànofirri (Mariette, Karnak, pi. VIII n-of et p. 45).

3. Architrave au nom de Sovkhotpou II (Gr£bu:t, Fouilles de Louqsor, dans le Bulletin de /' Institut Égyptien, 2" série, t. X, p. 335-336; cf. Virey, Notice des principaux Monuments, p. 44, n* 136).

4. Architrave au nom de Sakhemkhoutoouiri Sovkhotpou Ier (Naville, Bubastis, t. I, pi. XXXIII, G-l), montrant que ce prince avait dû construire dans le temple de Bubastis une salle de grandes dimensions (Naville, liubastis, t. I, p. 15). Naville pense qu'une statue de Bubastis, au Musée de Genève, appartenait à un roi de la XIIIe dynastie avant d'avoir été usurpée par Ram ses II (Bubastis, t. I, pi. XIV).

5. Statues de Mirmàshàou (Biîrton, Excerpta Hieroglyphica, pi. XXX, 1, 7; Mariette, Lettre à M. le Vicomte de Bougé sur les fouilles de Tanis, p. 5-7, et Deuxième Lettre, p. 4-5, Fragments et Documents relatifs aux fouilles de Tanis, dans le Recueil de Travaux, t. IX. p. 14; Bvnvili.e-Rocgé, Album photographique de la Mission de M. de Bougé, n° 114, et Inscriptions recueillies en Egypte, pi. LXXV1; Pétrie, Tanis /, pi. 111, 17 B, et p. 8-9); statues de Sov khôl pou Khànofirri au Louvre {A 16, 17; cf. E. de Rouge, Notice sommaire des Monuments, 1880, p. 16; Pétrie, Tanis I, p. 8) et à Tanis (E. et J. de Roi'cti, Inscriptions recueillies en Egypte, pi. LXXVI; Pétrie, Tanis 1, pi. III, 16 A-B); statues de Sovkhotpou Khàkhopirri (Mariette, Deuxième Lettre, p. 4) et de Montholpou, fils de Sovkhotpou Sakhmouaztoouirt (Brigsch, Geschichte jEgyptens, p. 182), obélisque de Nahsi (Pétrie, Tanis /, pi. III, 19, A-D, et p. 8; Naville, le Boi Ne/iasit dans le Ile eue il de Travaux, t. XV, p. 99).

6. Statue du roi Nahsirl (Naville, le Boi Nehasi, dans le Recueil de Travaux, t. XV, p. 97-101).

7. Mariette, Abydos, t. Il, pi. XXVIII-XXX, et Catalogue Général des monuments, ri- 766, p. 233-334.

8. Louvre C 11-12, stèles publiées par J. de Horrack, Sur deux stèles de C Ancien Empire, Chabas, Mélanges Égyptologiques, 3e sér., t. Il, p. 203-217 ; le prénom du roi est Rà-ni-màit-ànou (Maspf.ro, Notes sur différents points de Grammaire et d'Histoire, § 12, dans les Mélanges d'Archéologie, t. I, p. 140).

9. Mariette, Abydos, t. II, pi. XXVI, et Catalogue Général, n° 347, p. 30.

10. Il y en a des milliers dans les musées : celles que Mariette avait découvertes remplissent cent cinquante pages de son Catalogue Général des Monuments d'Abydos, n°* 766-1046, p. 231-373.

11. Tombeau d'Aoutouabrl lar Horou, découvert à Dahshour par M. de Morgan, en avril 1894.

LA Xlll- DYNASTIE : LES SOVKHOTl'OU ET LES NOFIBHOTPOL. 83*

est déjà inférieur à celui des belles œuvres de la XII" dynastie : les proportions de la figure humaine s'y altèrent légèrement, le modelé des membres perd de sa vigueur, le rendu du visage manque de caractère individuel, on dirait que les sculpteurs tendaient, plus encore qu'au temps des Ousîrtasen, ù ramener tous leurs modèles au même type banal et souriant. H y a pourtant quelques morceaux d'assez noble allure, parmi ce qui nous est parvenu des rois et des particuliers. Le colosse de Sovkhotpo" lv m" se trouve au Louvre, à côté d'une figure de dimensions or du même Pharaon, devait faire bonne figure à l'entrée di de Tanis1 : il redresse rondement le buste, porte haut la et l'on sent en lui quelque chose de la dignité suprême les sculpteurs memphites ont su imprimer au corps et traits du Khéphrèn en diorite qui trône à Gizéh. Le Min shaou assis de Tanis n'est dénué ni d'énergie, ni de maje et le Sovkoumsaouf d'Abydos, malgré la rudesse du fai tient fièrement sa place parmi les autres Pharaons. ) statuettes provenant des tombeaux et les menus ohj qu'on découvre dans les ruines ne sont ni moins soign ni moins bien réussis. Le petit scribe en marche de Gi; est un chef-d'œuvre de finesse et de grâce, qu'on ati huerait au meilleur atelier de la XII" dynastie, si les il criptions ne nous obligeaient à le restituer à l'art thébain de la Xlll". Le personnage vulgaire et lourd que représente la figurine du Musée de Vienne est traité avec un réalisme un peu brutal, mais avec une grande ,Mne M utuiovi

souplesse de ciseau. Et ce n'est pas seulement à Thèbes, Al ""**' " v'*!™* ou à Tanis, ou dans quelque autre des grandes cités de l'Egypte, que l'on rencontre des œuvres habiles, ou que l'on constate l'existence à cette époque d'écoles de sculpture florissantes : il n'est si petite ville qui ne fournisse aujourd'hui quelque monument ou quelque objet digne de figurer dans un musée, pourvu qu'on l'explore convenablement. La XIII° dynastie fut, pour l'art égyptien comme pour tout en Egypte, un temps de prospérité moyenne : rien ne s'y élève bien haut, mais rien n'y descend au-dessous d'un certain

I. B. m ROUÉ, Holiec de* Monument* Égyptiens, 1810, p. 3-i ; cf. la vignette p. 5Ï9 de Celte ttittuirc. t. NauFeKO, Voyage ifintpertion en 4S84. dans le Bulletin de l'Institut Egyptien, i'sér., t. I, p. «4. Ce joli morceau est malheureusement demeure presque inconnu, à cause de sa petitesse même. 3. Dettin de Doudîer, dapivt une photographie de M. Krneit de Itergmatw.

degré d'honnête médiocrité. Le riche finit cependant par l'y emporter sur le beau, et c'est en ébéne lamé d'or qu'Aoutouabri l" Horou voulut avoir sa statut; funéraire' : Khéops et Khépbrèn préféraient l'albâtre et le dioritc.

Rien à l'est, dans le Sinai, rien à l'ouest chez les Libyens: c'est au sud, en Ethiopie, que les Pharaons dépensent le surplus de leur activité. Leur chef Sovkhotpou 1''' avait encore enregistré la hauteur du Nil sur les rochers de Semnéti, mais après lui on ne sait ni où le nilomètre fut reporté, nî qui le déplaça. Le bassin moyen du fleuve jusque vers le Gebel-Barkal s'annexa rapidement à l'Egypte et s'assimila d'une manière définitive. La colonisation s'opéra plus prompte dans les grandes îles, Say, Argo, que leur isolement mettait à l'abri des irruptions soudaines : certains princes de la XIIIe dynastie y édifièrent des temples et y érigèrent leurs statues, comme ils auraient fait dans un des cantons les plus tranquilles du Saîd ou du Delta. Argo est encore aujourd'hui la plus vaste de ces îles nubiennes* : on lui prête vingt kilomètres de long sur quatre environ de large en son milieu. Elle est boisée en partie, et la végétation s'y développe avec une furie toute mini de nrawTNu m a. tropicale : de grandes lianes s'enlacent aux

troncs des arbres et y font des fourrés d'accès difficile, où le gibier pullule à l'abri du chasseur Une vingtaine de villages semés dans les clairières s'entourent de champs cultivés soigneusement où la dourah domine. Un Pharaon inconnu de la XIIIe dynastie avait bâti près du bourg principal un temple de dimensions assez considérables : l'aire qu'il couvrait, et dont on distingue encore facilement les limites, mesurait cinquante-trois mètres de largeur sur quatre-vingt-quatre de longueur, de l'est à l'ouest. Le gros œuvre était en grès, et provenait probable-

i, A Cixéli ; clic provient des fouille* faites par M. de Morgan à Pahthour, en avril 18HI. i. I.a description d'Argo et de ses ruines est empruntée a Caiili.iij, Voyage à lléroé, t. II, p. 1-7, 8. Dénia de Boudier, d'après le croquis île Lepsiits [Ùtukm., II. 1211 h-i, cf. l 'inscription ibid.. loi, i) : la telc était . toute mutilée cl séparée du buste . (Caillim-d, Voyage il lUdroé. t. II. p. 5).

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