‹ Histoire ancienne des peuples de l'Orient classiqueChapitre 240 sur 374 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

v temps où rien n'existait en haut qui s'appelât ciel, où

\ en bas rien n'avait reçu le nom de terre", Apsou, l'Océan

qui le premier fut leur père, et le Chaos-Tiâmat qui les

enfanta tous, mêlaient leurs eaux en un, roseaux qui ne

s'unissaient point, joncières qui ne fructifiaient point3. »

La vie fut lente à germer dans cette masse inerte où les

éléments de notre monde gisaient confondus ; quand elle

y pointa, ce fut languissamment et à de rares intervalles,

par l'éclosion de couples divins sans personnalité et

presque sans forme. « Au temps où les dieux n'étaient pas

;réés, nul encore, où ils n'avaient été ni appelés de leur

nom, ni assignés fatalement à leur destinée, des dieux se manifestèrent.

1. Destin de Faucher-Gudin, d'apret J, HiEiinroï, la Perte, la Chald/'e et ta Simone, p. Gir>. La lettrine, qui est de Faucher-Cudin, reproduit une iutaille du Cabinet dos Médailles (L»ji»d, Introduction à l étude du culte public et des Mystère* de Hilhra en Orient et en Occident, pi. XVI, n> 7),

ï. En Coaldcp, comme en Egypte, une personne ou une rliose n'existait vraiment qu'après avoir reçu son nom : la phrase citée dans le texte revient à dire qu'en ce temps-là il n'y avait ni terre, ni ciel (Hun, Die Suiueritchen Familiengcsetie, p. 31-34; Suc*, Religion of tkc Aiuïeut Ùuhylonians, p. 385).

3. Apsoù a élé transcrit 'Airani^v en grec, par l'auteur dont Damascius nous a conservé un entrait (Damascii Succestoris Solutionet, édit. Ruent, p. 34I-3ÎÎ). Il rapportait une tradition différente d'après laquelle la déesse amorplic Moummou-Tîflmut se partageait en deui personne* : la première, Taiithé, était la femme d'Apason; la seronde, Noymis, MuXjp.it, était le fils d'AuaMhi et de

538 LA CHALDËE PRIMITIVE.

Loukhmou et Lakhamou parurent les premiers et grandirent durant des âges, puis Anshar et Kishar se produisirent après eux. Les jours s'accumulèrent, les années s'entassèrent : Anou, Inlil, Éa naquirent à leur tour, car Anshar et Kishar les avaient enfantés1. » A mesure que les générations émanaient Tune de l'autre, leur vitalité augmentait et leur personne s'accusait plus distincte; la dernière ne comprenait que des êtres d'un caractère original et d'une individualité bien tranchée, Anou le ciel ensoleillé pendant le jour et semé d'étoiles pendant la nuit, lnlil-Bel, le roi de la terre, Éa, le souverain des eaux et le sage par excellence*. Chacun d'eux se dédoubla, Anou en Anat, Bel en Bélit, Éa en Damkina, et s'unit à l'épouse qu'il avait déduite de lui-même. D'autres divinités sortirent de ces couples féconds, et, le branle une fois donné, le monde se peupla rapidement de leur descendance. Sin qui préside à la lune, Shamash le soleil, Ramman l'atmosphère, se montrèrent sur le même rang, puis les seigneurs des planètes, Ninib, Mardouk, Nergal, la guerrière Ishtar, Nébo, puis une véritable armée de dieux moindres qui se rangèrent autour d'Anou comme autour du maître suprême. Tiàmat, dont leur activité restreignait de plus en plus le domaine, voulut susciter bataillon contre bataillon et se mit à créer sans relâche; mais ses enfants modelés à son image semblaient ces fantômes incohérents que les hommes aperçoivent en rêve, et qui sont composés de membres empruntés à vingt

Tauthé. Le dernier membre de phrase est très obscur dans le texte assyrien et a été traduit de façon fort diverse. Il paraît renfermer une comparaison entre Apsoù et Moummou-Tiàmat d'une part, les roseaux et les fourrés de jonc si communs en Chaldée de l'autre : les deux divinités demeurent inertes et infécondes, comme des plantes d'eau qui n'ont point produit encore leur végétation exubérante.

i. Tablette I, l. 7-/5. La fin de presque toutes ces lignes est mutilée; le texte en a été établi de façon certaine dans ses parties principales par Fr. Lenormant (les Origines de C Histoire, t. I, p. 496) d'après le passage connu de Damascius (édit. Ruelle, p. 322) : Elra a-j TptTT)v èx t<5v aurai v, Kiaaapr, xaù 'Aauwpbv il wv yevédOat rpeî;, "Avbv xai "IXXivov xai 'Abv. L'identification de vlX),tvo; avec Inlil, prononcé chez les Assyriens lllil, est due à Jensen {de Incantamentorum Sumerico-Assyriorum , seriei quie dicitur Shurbu Tabula VI, dans la Zeitschrift fur Keilforschuiig , t. I, p. 311, note l,et Die Kosmologie der Babylonier, p. 271).

2. Les premiers fragments du récit chaldéen de la Création furent découverts par G. Smith, qui les décrivit dans le Daily Telegraph (n° du 4 mars 1875), les publia dans les Transactions de la Société d'Archéologie Biblique (On somr fragments of Ihe Chaldstan Account of the Création, t. IV, p. 363-361, et six planches), et traduisit tous les morceaux qu'il connaissait dans son Chaldxan Account ofGcne&is 1" édit., p. 61-100); d'autres débris ont été recueillis depuis lors, qui n'ont point permis malheureusement de reconstituer la légende entièrement. Elle couvrait six tablettes et plus peut-être. Des parties en ont été traduites après Smith, par Talbot (The Revolt in Heaven, dans les Transactions de la Société d'Archéologie Biblique, t. IV, p. 349-362, The Fight belween Bel and the Dragon, et The Chaldiean Account of the Création, dans les Transactions, t. V, p. 1-21,426-440; cf. Records of the Past, !•* Ser., t. VII, 123 sqq., t. IX, p. 135, sqq.), par Oppert (Fragments cosmogo triques, dans Ledraik, Histoire d'Israël, t. I, p. 411-422), par Lenormant (Origines de l'Histoire, t. I, p. 494-505,507-517), par Schrader (Die Keilinschriften und das Alte Testament, 2* éd., p. 1-17), par Sayce (Religion of the Ancien t Babylonians, p. 377-390, et Records of the Past, 2"4 Ser., t. I, p. 122-146), par Jensen (Die Kosmologie der Dabylonicr, p. 261-364) et enfin par Wincklcr (Keilinschriftliche Textbuch, p. 88-97). J*ai suivi presque partout la traduction de Jensen. Vn fragment d'une version différente passe, depuis G. Smith (The Chald.van Account of Gcnesis, p. 101-107), mais sans preuve bien certaine, pour appartenir au dogme de la Création, tel qu'on le professait dans le sanctuaire de Kouta.

Page 1