‹ Histoire ancienne des peuples de l'Orient classiqueChapitre 245 sur 374 · OANHÊS ET LES PREMIERS HOMMES. M · texte numérisé non relu

OANHÊS ET LES PREMIERS HOMMES. M

villes, le nom des démiurges et les procédés qu'ils employaient; elle entassa, pendant des siècles, un amas de traditions vagues, confuses, contradictoires, dont aucune ne la satisfaisait du tout, mais dont chacune ralliait des partisans. De même qu'en Egypte, les théologiens des sacerdoces locaux essayèrent de les classer et de les réduire à une sorte d'unité : ils en rejetèrent plusieurs, ils en dénaturèrent d'autres pour les mieux marier, ils les assemblèrent en systèmes où ils prétendaient dérouler, sous l'inspiration d'en haut, l'histoire authentique de l'univers. Celui que j'ai tenté d'exposer est fort ancien, si, comme on l'affirme, il existait déjà deux ou même trois mille ans avant notre ère ; mais les versions que nous en possédons ont été rédigées beaucoup plus tard, peut-être vers le septième siècle seulement1. Il avait prévalu chez les habitants de Babylone, parce qu'il flattait leur vanité religieuse, en reportant le mérite d'avoir débrouillé le chaos sur Mardouk, le protecteur de leur cité'. C'est celui que les scribes assyriens avaient mis en honneur à la cour des derniers rois de

Ninive*; c'est lui que Bérose choisit pour l'inscrire en tète de son livre, quand il voulut raconter aux Grecs les origines du monde selon les Chaldéens et les débuts de la civilisation babylonienne.

Elle était née, ainsi que l'hgyp tienne, entre mer et terre ferme, sur un sol

1. On a distillé la question de savoir si le texte avait été écrit primitivement en sumérien ou en lingue sémitique (voir la bibliographie dans Buoun, Kursgefattter lleberblick ùber die Babyloniëeh- Attyritchf. Literatur, p. l'.ï); la forme actuelle n'en est pas fort ancienne et ni1 remonte pas beaucoup au delà du règne d'Assourhanaba! (Sayce, The Religion of the Anriei\l Itabyloniam, p. 38(i, 393), si même elle n'est pas contemporaine de ce prince (Bkiolii, Kurzgefauter Ucbevblick, p. i7!>). Li rédaction première remonterait, d'après Sayce (The Religion af the Anrirnt llahgloniant, p. 373-37*, 377-378), au delà du vingtième siècle, au règne de llammourabi, selon Jeu son {Die Konnologie der Babytonier, p. 319-340), au delà du trentième siècle avant notre ère.

t. Sayce [The Religion of the Ancienl Uahyloniant, p. 378-391-393) pense que le mythe s'est développé à firidou, sur les bords du golfe Persîquc, puisqu'il a reçu sa forme actuelle à Babylonc, où les écoles de théologie locale l'ont adapté au dieu Mardouk.

î. Deuin de Faurhcr-Ciiitiin, d'aprè» un bas-relief assyrien qui provient de Ximrond (Laïuih, the ilonumeuli ofNineveh, i" Ser., pi. (I, n- I).

1. Los tablettes qui nous l'ont conservé proviennent en partie de la bibliothèque d'Assourbanabal à ninive, en partie de celle du temple-dc Sébo à Borsippa : ces dernières sont plus récentes que les autres el paraissent avoir été écrites h l'époque de la domination persane (Sayce, Ihr Attyrian Stery of the Création, dans les Itecordi of the Patl, t" Scr., t. I. p. 111, noie 3).

548 LA CHALDEE PRIMITIVE.

d'alluvions bas et marécageux, inondé chaque année par les cours d'eau qui le traversent, dévasté à de longs intervalles par des raz de marée d'une violence extraordinaire1. L'Euphrate et le Tigre ne se donnent pas, comme le Nil, pour des fleuves mystérieux dont la source se dérobe si bien aux explorations, qu'on est tenté de la placer hors des régions habitées par les hommes*. Ils naissent en Arménie, sur les flancs du Niphatès, l'une des chaînes de montagnes qui se dressent entre la mer Noire et la Mésopotamie, la seule qui atteigne par endroits la limite des neiges éternelles. Ils courent d'abord parallèlement l'un à l'autre, l'Euphrate de l'est à l'ouest jusqu'à Malatîyéh, le Tigre de l'ouest « vers l'est dans la direction de l'Assyrie *. Au delà de Malatiyéh, l'Euphrate tourne brusquement au sud-ouest, et se fraye une route à travers le Taurus, comme s'il voulait gagner la Méditerranée au plus vite3, mais il se ravise bientôt et il incline vers le sud-est, à la recherche du golfe Persique. Le Tigre oblique vers le sud au débouché des montagnes et se rapproche graduellement de l'Euphrate : à la hauteur de Bagdad, les deux fleuves ne sont plus séparés que par quelques lieues de terrain. Toutefois ils ne se rejoignent pas encore : après avoir cheminé de compagnie l'espace de vingt à trente milles, ils s'écartent de nouveau pour ne se réunir enfin qu'à près de quatre-vingts lieues plus bas. Au commencement de notre période géologique, leur cours n'était pas si long. La mer pénétrait jusque vers le 33e degré, et ne s'arrêtait qu'aux dernières ondulations du grand plateau de formation secondaire, qui descend du massif d'Arménie : ils s'y jetaient, à vingt lieues environ l'un de l'autre, dans un golfe délimité à l'est par les derniers contreforts des monts de l'Iran, à l'ouest par les hauteurs sablonneuses qui bordent la lisière du désert Arabique*. Ils le comblèrent de leurs alluvions, aidés de l'Adhéra, du Diyâléh, de la Kerkha, du Karoun et d'autres rivières qui, après s'être maintenues longtemps indépendantes, sont devenues les tributaires du Tigre. Leurs lits, reliés par de nombreux canaux,

t. Une légende locale rapportée par Ainsworth dans ses ï\csc arches in Assyria, Babylonia and Ghaldœa, attribue la destruction du vieux Bassorah à une série d'inondations et de tempêtes.

2. Pour la description détaillée du cours du Tigre et de l'Euphrate, voir Elisée Reçus, Géographie universelle, t. IX, p. 377 sqq. L'Euphrate s'appelait en Assyrien Pourattou, Bourattou, le fleuve par excellence, le grand fleuve, par adaptation de Poura-nounou; le Tigre était Diglat ou Idiglat (Fr. Delitzsch, Wo lag das Parodies? p. 169-173). L'étymologie classique qui attribuait à ce dernier nom le sens de flèche, soi-disant à cause de la rapidité prodigieuse du courant (Strabon, XI, 14, 8; Pline, H. Nat., VI, 127; Qiimte-Citrce, IV, 9, 6), est d'origine persane.

3. C'est l'expression même qu'emploie Pomponus Mêla, de Situ Qrbis, 1)1, 8 : « Occidentem petit, ni Taurus obstet, in nostra maria venturus ».

4. La constatation de ce fait a été opérée par Ross et Lynch dans deux articles du Journal of the Geographical Society, t. IX, p. 446, 472. Les Chaldéens et les Assyriens donnaient au golfe dans lequel les deux rivières se jetaient le nom de Nârmarrâtoum, fleuve salé, qu'ils étendaient à la Merde Chaldée, c'est-à-dire au Golfe Persique tout entier (Fr. Delitzsch, Wo lag das Parodies? p. 180-182).

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